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L’Italie touche le fond

Photo by Icon Sport

L’Italie, quadruple championne du monde, s’est encore une fois effondrée au bord du gouffre. Éliminée hier soir par la Bosnie-Herzégovine en finale des barrages (1-1, 4-1 tab), la Nazionale manquera sa troisième Coupe du monde consécutive.

Une humiliation qui interroge les racines profondes d’une crise structurelle, bien au-delà des simples faux pas tactiques.

Une soirée de cauchemar à Zenica

Le 30 mars 2026, sous les yeux de 25 000 Bosniens en furie au stade Bilino Polje, l’Italie a craqué. Moises Kean, entré en jeu, a ouvert le score dès la 15e minute sur une grossière erreur du gardien Sehic. L’euphorie italienne n’aura duré que 26 minutes. À la 41e, Alessandro Bastoni, pilier de la défense interiste, écope d’un rouge stupide pour un tacle mal calculé. Réduits à dix, les Azzurri plient logiquement en seconde période : Tabakovic égalise à la 79e d’une frappe clinique, et aux tirs au but, Esposito et Cristante trébuchent. La Bosnie explose de joie, qualifiée pour son premier Mondial élargi. Pour l’Italie, c’est le troisième échec en barrages en huit ans. Une malédiction qui n’épargne plus personne.

De l’or de 2006 au néant prolongé

Rien ne prédestinait la Squadra à un tel naufrage. Le but légendaire de Fabio Grosso en demi-finale contre l’Allemagne, en 2006, avait propulsé l’Italie au sommet. Zidane expulsé, la France battue en finale : un conte de fées. Mais la descente aux enfers commence immédiatement. En 2010, championne en titre, elle sombre en Afrique du Sud : deux nuls et une défaite face à la Slovaquie, avec un Buffon blessé dès le coup d’envoi. 2014 au Brésil ? Une victoire inaugurale contre l’Angleterre, puis l’effondrement face au Costa Rica et à l’Uruguay de Suárez, réduit à dix.

Puis viennent les absences totales, inédites depuis 1958. 2018 : la Suède, modeste, élimine les Italiens en barrages. Buffon, 40 ans, fond en larmes. 2022 : championne d’Europe un an plus tôt, l’Italie trébuche à Palerme contre la Macédoine du Nord sur un but à la 92e. Et maintenant 2026. Cinq campagnes mondiales, zéro participation pleine. Un enfant italien de dix ans n’a connu que l’Euro 2021 pour vibrer.

Pourquoi cette spirale infernale ?

L’article original de Youcef Touaitia parle d’un « puits sans fond ». Mais creusons autrement : c’est une faillite générationnelle et stratégique. Les fédéraux italiens ont misé sur des cycles courts, recyclant des légendes vieillissantes sans bâtir de relève. Lippi en 2010, Ventura en 2018, Mancini en 2022 : des choix hasardeux. La Serie A, championne en titres de talents sud-américains, peine à exporter sa patrie. Seuls Bastoni et quelques autres percent à l’étranger. Les jeunes ? Calafiori, Udogie, mais pas assez mûrs.

Le format élargi du Mondial 2026 – 48 équipes – devait aider. Quasi un quart des nations qualifiées ! Pourtant, l’Italie bute sur des outsiders : Suède, Macédoine, Bosnie. Ces nations, galvanisées chez elles, exploitent les failles italiennes : manque de créativité, défense friable sans profondeur. Spalletti, héros de la Nations League, n’a pas su imposer sa patte. L’absence de buteur prolifique – après Immobile et Belotti – pèse lourd. Kean, 26 ans, reste intermittent.

Comparaison impitoyable avec les rivales

Aucune grande nation n’a vécu pareille disette. La France a raté 1990-1994 après Platini, mais rebondit en 1998. Les Pays-Bas manquent 2002 et 2018, isolés. Le Portugal ? 1998 seulement. L’Allemagne, jointe à quatre étoiles en 2014, n’a pas enchaîné trois zéros. Depuis 2006, l’Italie a plus regardé les Mondiaux à la TV que joué. Si 2030 suit, ce seront 24 ans d’attente – comme entre 1982 et 2006. Mais là, pas de sacre en vue, juste l’oubli.

Vers une renaissance ou l’agonie ?

L’urgence est criante. La FIGC doit repenser sa formation : academies sous-financées, sélectionneurs à mandats longs. L’Euro 2028 approche ; un échec là-bas serait fatal. Des voix s’élèvent pour un reset : naturaliser des binationaux italiens d’Afrique ou d’Amérique ? Risqué. Mais la Nazionale, fierté nationale, ne peut plus se contenter de pizzas devant l’écran. Le foot italien mérite mieux qu’un puits. Il lui faut une échelle.

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