Il y a des aveux qui font l’effet d’un coup de tonnerre. Alexander Ceferin, président de l’UEFA depuis 2016 et homme fort du football européen, a publiquement reconnu lors d’une conférence organisée à Madrid ne plus saisir la logique des décisions arbitrales.
Une sortie fracassante, aussi rare qu’inattendue, qui résonne comme un cri d’alarme au sommet de l’institution.
Quand le patron du foot européen dit tout haut ce que tout le monde pense tout bas
Les quarts de finale de la Ligue des Champions ont une nouvelle fois cristallisé les tensions autour de l’arbitrage. Le FC Barcelone n’a toujours pas digéré l’expulsion de Pau Cubarsi face à l’Atlético Madrid lors du match aller, une décision jugée sévère par une large partie des observateurs. Dans le même temps, le Real Madrid fulminait contre le deuxième carton jaune reçu par Eduardo Camavinga, une sanction qui a considérablement facilité la qualification du Bayern Munich. Deux cas parmi tant d’autres qui alimentent, semaine après semaine, un procès en légitimité contre les hommes en noir.
Mais entendre le dirigeant slovène lui-même confesser sa perplexité, c’est une tout autre dimension. « Parfois, les supporters ne peuvent pas comprendre les différentes interprétations des règles d’un match à l’autre, et je les comprends : moi non plus, je n’y comprends plus rien », a-t-il déclaré sans détour. Une phrase qui, dans la bouche du patron de l’UEFA, prend une résonance particulière — et embarrassante.
La règle de la main, symbole d’un football devenu illisible
Ceferin a choisi un exemple précis pour illustrer l’absurdité ambiante : la règle du jeu de main dans la surface de réparation. Depuis plusieurs saisons, cette disposition sème le chaos dans les stades et dans les salons. Penalty ou pas ? Intentionnel ou involontaire ? Les interprétations varient d’un arbitre à l’autre, d’une compétition à l’autre, parfois d’un match à l’autre pour le même arbitre. « Personne n’y comprend rien. Si c’est penalty ou pas, si c’est intentionnel ou non… Comment le savoir ? Vous n’êtes pas psychiatre ! », a-t-il ironisé, soulevant des rires dans la salle mais pointant une réalité profondément problématique.
La VAR, solution miracle devenue source de frustration
Introduite pour mettre fin aux erreurs grossières et apaiser les controverses, la vidéo assistance à l’arbitrage a largement manqué sa cible. Si elle corrige indéniablement certaines injustices flagrantes, son utilisation chaotique génère désormais autant de frustration qu’elle n’en résout. Des interruptions interminables, des décisions incompréhensibles, une opacité totale dans le processus de révision : le remède est parfois aussi douloureux que le mal.
Ceferin a tenu à rappeler la philosophie initiale de l’outil : « Ce que nous essayons d’expliquer aux arbitres, c’est que c’est l’arbitre sur le terrain qui décide. La VAR ne doit intervenir qu’en cas d’erreur claire et manifeste. » Une doctrine qui, dans les faits, peine à s’imposer. Le Slovène a également fustigé les interruptions à rallonge observées en Liga ou en Premier League : « Les interventions doivent être courtes, pas comme certaines fois avec 10 ou 15 minutes d’arrêt pour vérifier une action. »
Un signal fort à destination des arbitres
Cette prise de parole publique n’est pas anodine. Ceferin a lui-même concédé que les clubs européens le contactent « surtout pour se plaindre et rarement pour saluer une décision favorable ». En choisissant de s’exprimer ainsi, le président de l’UEFA envoie un message clair à la communauté arbitrale : le statu quo n’est plus tenable. La crédibilité sportive des compétitions européennes en dépend.
Il reste désormais à savoir si ces mots seront suivis d’actes concrets — ou s’ils ne constitueront qu’un épisode de plus dans une longue série de polémiques sans lendemain.

