À contre-courant du discours officiel, le président de l’OGC Nice, Jean-Pierre Rivère, dénonce frontalement la création de la chaîne Ligue 1+. Selon lui, la Ligue de Football Professionnel a pris une mauvaise direction en refusant les offres d’acteurs établis comme Amazon ou Canal+. Son constat, implacable, sonne comme un avertissement pour l’avenir du football français.
Le débat sur l’avenir économique de la Ligue 1 refait surface. Alors que la plateforme Ligue 1+, lancée pour centraliser la diffusion du championnat, peine à convaincre tant sur le plan financier que médiatique, Jean-Pierre Rivère sort du silence. Le patron de l’OGC Nice, connu pour ses positions franches, estime que la LFP s’est engagée dans une impasse stratégique.
“Une erreur stratégique”, selon le boss niçois
Interrogé dans l’émission Gym Tonic, Rivère ne mâche pas ses mots : “Ligue 1+, bien sûr qu’on est solidaires, mais je pense que c’est une erreur stratégique.” Pour lui, la Ligue a refusé de voir la réalité du marché des droits TV. “On avait 400 millions d’Amazon. On a considéré que ce n’était pas assez, c’est absurde. Si on avait poursuivi avec Amazon, on serait à près de 700 millions aujourd’hui”, lâche-t-il, amer.
Au-delà des chiffres, Rivère reproche à la LFP d’avoir sous-estimé l’importance de la stabilité et de la visibilité offertes par un diffuseur mondialement implanté. Le dirigeant niçois évoque même un gâchis : “Amazon était prêt à s’engager sur le long terme. Demander des garanties personnelles au propriétaire, ils l’ont fait en une journée. Pourtant, on a choisi une solution sans base solide.”
Canal+, le rendez-vous manqué
Rivère révèle également avoir activement œuvré pour un retour du championnat sur Canal+. “J’avais engagé des discussions très précises, Canal voulait revenir dans le jeu. Mais Nicolas de Tavernost a estimé que ce n’était pas la bonne solution. Il a fait confiance à un modèle interne, celui de Ligue 1+”, détaille-t-il.
Le président des Aiglons regrette aujourd’hui une logique d’entre-soi qui, selon lui, fragilise l’ensemble du championnat. “On soutient la chaîne, évidemment, mais les résultats ne sont pas là. On le savait d’avance : ce modèle ne rapporte pas.” Derrière ces mots transparait une inquiétude plus large — celle d’un football français privé des ressources nécessaires pour rivaliser avec ses voisins européens.
Réajuster avant qu’il ne soit trop tard
L’entrée de Ligue 1+ comme diffuseur unique, prévue pour la saison prochaine, inquiète plus d’un acteur du milieu. Rivère, lui, appelle à un retour à la raison : “Certains présidents voulaient absolument cette chaîne, pensant que c’était la solution miracle. Aujourd’hui, on doit regarder la réalité en face. Ligue 1+ n’est pas condamnée, mais on s’est trompés. Il faut revenir à quelque chose de sain.”
À travers cette sortie cash, Rivère relance un débat brûlant : celui de la gouvernance du football professionnel français et de sa dépendance à des paris économiques incertains. À l’heure où les clubs peinent à boucler leurs budgets et où les droits TV restent la principale source de revenus, les prochaines décisions de la LFP pèseront lourd. Le Gym, lui, a choisi son camp : celui du réalisme.
