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Infantino veut sévir contre le racisme : expulsion pour les joueurs qui couvrent leur bouche !

Gianni Infantino (Photo by Icon sport)

Face à la recrudescence des insultes racistes sur les terrains, la FIFA promet des mesures fortes. Après l’affaire Vinicius à Lisbonne, Gianni Infantino a dévoilé une idée pour le moins radicale : sanctionner toute parole cachée derrière une main. Mais cette proposition pose bien des questions.

Deux semaines après les insultes proférées par Gianluca Prestianni à l’encontre de Vinicius Junior lors du barrage aller de Ligue des Champions entre Benfica et le Real Madrid (0-1), la FIFA est de nouveau sous pression. Le scandale a relancé un débat qui empoisonne le football depuis trop longtemps : comment éradiquer le racisme des stades ? Le président de l’instance mondiale, Gianni Infantino, a cru bon de proposer une solution choc. Pour lui, plus question de tolérer des comportements suspects. « Si un joueur se couvre la bouche et dit quelque chose qui a des conséquences racistes, alors il doit être expulsé, évidemment », a déclaré le dirigeant à Sky News. Avant d’ajouter : « Il faut présumer qu’il a dit quelque chose qu’il n’aurait pas dû dire, sinon il n’aurait pas eu besoin de se couvrir la bouche. »

Une idée symbolique, mais aux contours flous

En apparence, la ligne semble claire : tout joueur pris à dissimuler ses propos pourrait être sanctionné sur-le-champ. Une manière d’envoyer un message fort et de briser l’impunité. Mais comment prouver une intention raciste sans preuve audio ni témoin direct ? Depuis plusieurs années, les footballeurs ont pris l’habitude de masquer leur bouche pour éviter une lecture labiale ou protéger leurs échanges stratégiques des caméras. Interdire ce geste reviendrait à ouvrir une zone grise où le soupçon pourrait remplacer le fait.

Les syndicats de joueurs, eux, redoutent un effet pervers. « On risque de pénaliser des comportements ordinaires ou de créer des abus d’interprétation », estime un représentant d’un syndicat européen. Dans un sport où chaque expression est scrutée, la frontière entre la prévention et la présomption de culpabilité serait ténue.

La lutte contre le racisme cherche toujours son efficacité

Infantino ne cesse pourtant d’afficher sa volonté d’en finir avec ces incidents. Ces dernières années, la FIFA a multiplié les campagnes de sensibilisation et les protocoles en cas d’insultes racistes, comme l’interruption des matchs ou la possibilité de les arrêter définitivement. Mais sur le terrain, les résultats restent décevants. En Espagne, en Italie ou au Brésil, les victimes comme Vinicius Junior, Mike Maignan ou Romelu Lukaku continuent de dénoncer un racisme quotidien, trop souvent minimisé.

La proposition d’Infantino pourrait donc s’inscrire davantage dans la communication que dans la véritable réforme. Sans cadre clair ni moyens d’application concrets, le risque est grand de transformer une bonne intention en symbole creux. Reste à savoir si cette nouvelle idée suscitera une prise de conscience réelle ou si elle s’ajoutera simplement à la longue liste des mesures restées lettre morte.

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