Hugo Ekitike, saison terminée et Coupe du monde en pointillés…

Sorti sur civière à la 28e minute du quart de finale retour face au PSG à Anfield, l’attaquant français de Liverpool a peut-être dit adieu à sa première Coupe du monde en une fraction de seconde. À moins de deux mois du coup d’envoi, le scénario est cauchemardesque.

À 23 ans, Hugo Ekitike incarnait l’une des rares certitudes offensives de Didier Deschamps pour le Mondial 2026. Recruté 95 millions d’euros l’été dernier en provenance de l’Eintracht Francfort, l’ancien Rémois avait su s’imposer dans l’une des ligues les plus compétitives d’Europe, compilant 12 matchs et 3 buts en Ligue des Champions cette saison. Mardi soir à Anfield, tout s’est arrêté à la 28e minute, sur un appui anodin, sans aucun contact adverse. Ekitike s’est écroulé, les mains crispées sur l’arrière de la cheville droite, et n’a pas pu se relever. La civière, les larmes, l’ovation du public… Les images ont fait le tour du monde avant même le coup de sifflet final.

Les premières informations, relayées par Canal+, évoquaient une rupture du tendon d’Achille. Mais Hervé Mathoux a nuancé en fin de soirée, citant l’entourage du joueur : le tendon ne serait peut-être pas rompu. Une distinction médicale capitale. En cas de rupture totale, la rééducation s’étend généralement entre six et neuf mois — soit un retour sur les terrains au plus tôt en décembre 2026. En cas de lésion partielle, le délai peut être réduit à dix ou douze semaines, ce qui maintiendrait théoriquement un infime espoir de Mondial. Mais dans les deux cas, la famille d’Ekitike a tranché : la saison en club est d’ores et déjà terminée. Et les examens attendus dans les prochaines heures diront si l’espoir tricolore l’est aussi.

Le vide béant qu’Ekitike laisse derrière lui

Ce qui rend cette blessure particulièrement cruelle, c’est le vide qu’elle crée dans un secteur offensif français déjà fragilisé. Ibrahima Konaté, son propre coéquipier à Liverpool, n’a pas cherché à minimiser après le match : « Je pense que c’est une blessure très grave. Je ne souhaite pas m’exprimer davantage, surtout en cette période marquée par la Coupe du monde. » David Ginola, en consultant sur Canal+, a lui évoqué l’urgence diagnostique : « Il faudra voir si c’est une rupture totale ou partielle. » Sidney Govou, autre consultant présent ce soir-là, était visiblement ébranlé — lui qui s’est lui-même rompu le tendon d’Achille gauche en 2009 sous le maillot de l’OL, sait mieux que quiconque ce que cette blessure représente mentalement et physiquement. Deschamps, lui, perd en Ekitike l’un de ses rares avant-centres naturels capables de peser dans un système à une pointe, à l’heure où les options au poste sont comptées.

La cruelle ironie de la situation tient aussi au contexte dans lequel cette blessure survient. Liverpool, déjà privé d’Alexander Isak pendant quatre mois suite à une fracture de la jambe, venait tout juste de retrouver son attaquant. Perdre Ekitike dans la foulée prive Arne Slot de ses deux références offensives simultanément, dans un sprint final de saison où chaque match compte. Pour le joueur lui-même, la cicatrice est double : sportivement d’abord, puisque la Coupe du monde 2026 (11 juin – 19 juillet) représentait une vitrine planétaire pour confirmer son explosion sur la scène européenne ; symboliquement ensuite, parce qu’à 95 millions d’euros, les attentes autour de lui sont immenses, et chaque absence prolongée nourrit les doutes. Les prochaines 48 heures seront décisives. Mais pour l’heure, le rêve américain d’Hugo Ekitike tient à un fil — un tendon, précisément.