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Habib Beye, un choix plus politique que sportif

Habib Beye (Photo by Loic Cousin/Icon Sport)

En optant pour Habib Beye, l’Olympique de Marseille ne mise pas sur la garantie sportive, mais sur la symbolique d’un retour.

L’ancien capitaine, érigé en figure morale du club, incarne davantage la fidélité et la proximité que l’innovation tactique ou la continuité du projet laissé par Roberto De Zerbi. Un pari identitaire, presque sentimental, dans un contexte de crise où l’émotion prime sur le long terme.

Le séisme institutionnel orchestré par Frank McCourt a rebattu les cartes au sommet de l’OM. Medhi Benatia, que l’on disait partant, a finalement été maintenu avec plus de pouvoir, tandis que Pablo Longoria a été écarté de l’organigramme exécutif. Cette recomposition interne a ouvert la voie à une nomination dictée par des impératifs de stabilité et d’image plutôt que par une logique sportive claire.

Habib Beye, libre depuis son départ de Rennes, a profité de cette conjoncture. Sa relation privilégiée avec Benatia a pesé lourd, tout comme son ancien statut de capitaine exemplaire à Marseille. Mais au sein même du club, certains s’interrogent : pourquoi confier la mission du Top 3 à un entraîneur qui n’a jamais dirigé de vestiaire taillé pour la Ligue des Champions ?

L’émotion comme plan de relance

Pour Marseille, l’arrivée de Beye coche une case essentielle : redonner une identité à un groupe en perte de repères. Ancien taulier du vestiaire phocéen, voix respectée dans les médias, le Sénégalais a conservé un capital sympathie intact auprès du public. Sa nomination apaise — du moins temporairement — un environnement explosif.

Mais derrière cette façade rassurante se cachent toutes les incertitudes du pari made in OM : un coach sans référence majeure, un effectif fragile mentalement, et une mission à haut risque — combler cinq points de retard sur Lyon en seulement douze matchs. L’OM ne lui a pas fixé d’objectifs de jeu ou de style, seulement une ligne à atteindre : finir sur le podium, coûte que coûte.

Une fidélité à double tranchant

En choisissant Beye, le club assume une forme de repli sur soi. Le romantisme du retour d’un ancien masque mal la réalité : Marseille n’a ni le temps ni les moyens d’un grand projet. Le message envoyé est clair : mieux vaut un entraîneur “maison”, chargé d’éteindre le feu, qu’un technicien étranger au contexte et coûteux.

Reste à savoir si cette fidélité paiera. Car le dernier à avoir incarné cette “marseillitude” sur le banc, Jacques Abardonado, n’a pas résisté à la pression. Beye, lui, arrive avec un discours de redresseur et une détermination indéniable. Mais à l’OM, la ferveur ne suffit jamais très longtemps : elle exige des résultats.

Le pari du cœur est posé. Reste à voir s’il tiendra la distance face à l’implacable réalité du classement.

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