Le directeur sportif blaugrana, qui n’est pas certain de conserver son poste après les élections au Barça, dresse un bilan serein de la saison en cours, défend ses choix au mercato et évoque sans détour les blessures, le vestiaire et les élections à venir. Dans une interview fleuve accordée à SPORT, Anderson Luis de Souza incarne un Barça en pleine consolidation, à un point du Real Madrid en Liga.
Anderson Luis de Souza, dit Deco, savoure une troisième saison au cœur du FC Barcelone. À 48 ans, le Brésilien observe une équipe métamorphosée, sortie des turbulences d’un début de saison marqué par les blessures. « Le Barça va beaucoup mieux qu’au début », lance-t-il d’entrée, lucide face à une Liga toujours indécise, à un seul point du Real Madrid. Dix-sept victoires en dix-huit matchs depuis Stamford Bridge : une dynamique qui force le respect, même si Deco tempère. « C’est une course longue, celle du plus résilient. Il reste tant de matchs compliqués, Girona lundi après la Coupe… Il faut y aller pas à pas. »
Cette progression collective masque des ajustements parfois chaotiques. Défense décimée au cœur de l’automne – avec les pépins de Rafa, Lamine Yamal ou Ferran Torres –, l’équipe de Hansi Flick a dû se réinventer. Ronald Araujo absent, Iñigo Martínez en roue libre, Éric García repositionné : « On a dû trouver l’équilibre, entre nouveaux venus comme Rashford et Roony, et absences comme Pedri ou Raphinha. Aujourd’hui, les joueurs se connaissent, le bloc défensif tient, l’attaque mord. C’est notre meilleure version. »
Un bémol persistant taraude Deco : le VAR. « Je ne le comprends toujours pas », assène-t-il, amer après l’épisode du Mallorca où une faute sur Lamine Yamal n’a pas été sifflée. « Pourquoi intervient-il parfois et pas d’autres ? Les décisions doivent être plus claires, plus uniformes. Le VAR devait aider, il sème la confusion. » Un cri du cœur partagé par le vestuario, où l’arbitrage devient un casse-tête quotidien.
Hansi Flick, lui, reçoit les louanges d’un Deco conquis. Le choix allemand, après le psychodrame Xavi, répondait à un besoin vital : stabiliser un vestiaire bigarré, entre pépites de 18 ans et cadres trentenaires comme Raphinha, Frenkie de Jong ou Jules Koundé. « On voulait un homme expérimenté, calme, qui gère les âges. Lors de notre voyage à Londres, il a impressionné : grand connaisseur de foot, idées alignées sur les nôtres, sans exiger de recrues. Il connaît nos jeunes, accepte notre réalité économique. Compétitivité avant tout : avec deux-trois ajustements, on y est. »
La cage blaugrana illustre cette philosophie pragmatique. Marc-André ter Stegen, touché par des blessures récurrentes au dos, file en prêt à Gérone pour grappiller du temps avant son Mondial. « C’est dur pour lui, une alerte rouge après ses rechutes. On a tout facilité pour ses minutes. » Deco défend Joan García, sa trouvaille : « Solution présent et futur, validée par notre scouting et De la Fuente, notre coach des gardiens. » Quant à Wojciech Szczęsny, il brille par son mental : « Aucun joueur n’accepte le banc, mais son expérience, sa joie contagieuse stabilisent le groupe. Les remplaçants construisent autant que les titulaires. »
La renaissance d’Éric García fascine Deco. « Il a renversé l’opinion par sa force mentale, rare au Barça où l’exigence est impitoyable. » Gérard Martín, lui, incarne l’émergence du Barça Atlètic : « Progression spectaculaire, polyvalent latéral-central, esprit d’équipe total. On a besoin de ces profils. »
Le passage le plus poignant concerne Ronald Araujo. Victime d’anxiété virant à la dépression, l’Uruguayen a osé parler. « Admettre son mal, demander de l’aide : c’est déjà la moitié du chemin. J’ai enlevé mon chapeau devant son courage. Autrefois, on taisait ces blessures ; aujourd’hui, on les traite comme les physiques. Ronald est de retour, disponible. Content pour lui, pour nous. » Une leçon d’humanité qui résonne dans un foot trop souvent impitoyable.
Mercato hivernal minimaliste, mais ciblé. João Cancelo ? « Pas pour un numéro de plus, mais pour élever le niveau : polyvalent, culé dans l’âme, parfait en latéral ou ailier. » Pas de central superflu : « Koundé et Martín suffisent. » Les prolongations s’enchaînent avec logique. Frenkie de Jong « à son pic de maturité » (80 M€ investis, attentes colossales). Fermín López, « exemple de sacrifice après Linares », blindé malgré une offre estivale rejetée. Marc Bernal ? « Talentueux, mais tôt pour le trône de Busquets, le meilleur 6 de l’histoire. Il grandit physiquement, deviendra clé. »
Le départ de Dro laisse un goût doux-amer. « Il a choisi. On avait un pacte pour négocier à 18 ans, mais ça s’est précipité. C’est le foot. » Flick, agacé en conférence, a réagi en père : « Normal, il croyait en son potentiel. »
Lamine Yamal, joyau blaugrana, mérite un chapitre à lui. « Il a une avance : très intelligent, riche d’expériences de vie. Sa première blessure l’a fait grandir. À 17 ans, on ne sait pas tout ; notre rôle est de guider. Quand il s’implique à 100% – entraînements, consignes –, c’est magique. » Comme Raphinha ou Rashford, « tous égaux, malgré leurs univers perso ».
Politique enfin : Víctor Font promet de se passer de Deco en cas de victoire électorale. Réponse cash : « Je suis là pour le projet Laporta, reconstruction puis consolidation. Sans lui, je pars. Pas prisonnier, juste libre de choisir. Culé, j’aide mon club. » Sa relation avec le président ? Confiance absolue. « J’ai carte blanche pour bâtir un Barça gagnant, mais rien sans son aval. Il connaît le foot – Ronaldinho, Messi, Cruyff comme conseiller. Passionné, visionnaire. On débat, on consens. »
Deco, bâtisseur discret, esquisse un Barça solide : Flick serein, vestiaire uni, jeunes armés, fair-play respecté. À un point du liderato, loin des certitudes. « Gagner ? C’est la constance qui décide. » Un discours taillé pour la légende : patient, humain, invincible.

