Cet été, pas de vacances pour léquipe de France féminine de football. Les Bleues sont attendues aux Pays-Bas pour disputer la grande compétition continentale : lUEFA Euro 2017, du 16 juillet au 6 août. Reconnue internationalement pour son niveau de jeu et malgré des joueuses plus que titrées en club, la France reste pour lheure bredouille de grand titre. Entre ambition et humilité, le sélectionneur de léquipe de France, Olivier Echouafni, nous présente les Bleues qui partent en quête dun sacre européen.
Vous êtes sélectionneur de léquipe de France depuis presquun an. Comment sest passée votre arrivée à la tête des Bleues, en septembre 2016 ?
En arrivant, jai trouvé les joueuses très fatiguées. Physiquement, bien sûr, mais aussi psychologiquement car cela fait déjà plusieurs années quelles se voient monter sur un podium ou remporter un titre mais cela ne se concrétise pas. Il a fallu également gérer laprès Jeux Olympiques et le sentiment de lassitude que je sentais au sein du groupe. Jai compris quil fallait laisser passer un peu de temps pour évacuer tout ça et repartir sur quelque chose de nouveau en 2017.
Depuis, vous avez remporté la SheBelieves Cup cet hiver. Quels enseignements tirez-vous de cette aventure ?
On va dire que le nouveau cycle est parti sur de bonnes bases. Dans ce tournoi, nous avons vécu des moments très forts sportivement, même si ça reste des matches amicaux. Nous avons également connu des moments riches et intenses en dehors du terrain. Cela a été révélateur dun futur de bon augure et dun bel état desprit. Et je mappuie sur ce que cette compétition nous a apporté sportivement et mentalement pour construire lavenir de léquipe. Dailleurs, les 23 joueuses sélectionnées pour lEuro sont les 23 joueuses qui avaient disputé la SheBelieves Cup cet hiver.
Parmi les joueuses sélectionnées pour lEuro, on trouve un mélange entre une jeune génération et des joueuses plus expérimentées. Comment qualifieriez-vous ce groupe ?
Jai envie dutiliser le terme de « transition ». Dune part, il y a des joueuses expérimentées qui ont un gros vécu en club et en sélection. Elles sont plutôt en fin de cycle et ont envie de sortir par la grande porte. Dautre part, il y a de jeunes joueuses qui ont gagné des titres en sélections de jeunes. Ce sont des filles qui apportent une fraîcheur et un enthousiasme qui peut permettre de remettre tout le monde vers un objectif.
La France fait figure de « favorite ». Comment aborder la compétition avec ce statut ?
Entendre les autres nations dire quon est peut-être la meilleure du monde, cest une chose. Mais il faut le démontrer sur le terrain et en compétition officielle. On part à cet Euro avec beaucoup dhumilité car aujourdhui, léquipe de France na rien gagné. Les joueuses ont des parcours incroyables, elles ont remporté plein de titres en club et ont un mérite fou dêtre arrivées à ce niveau de performance. Maintenant, il faut quelles arrivent à matérialiser tout ça en sélection. Crier haut et fort quon va gagner le titre, cest la plus mauvaise des démarches. Après, cela nempêche pas quon parte avec de lambition. On a envie datteindre un niveau de performance intéressant pour pouvoir se projeter sur la Coupe du monde 2019 en France.
Quelles sont les autres nations favorites et celles qui, selon vous, pourraient créer la surprise ?
La grande favorite, cest lAllemagne. Elle a un temps davance sur la plupart des nations européennes dont la France, même si on est en train de combler lécart petit à petit. Il y a également les Pays-Bas qui seront poussés par leur public à domicile ainsi que les pays nordiques tels que la Suède, la Norvège ou encore le Danemark qui atteignent régulièrement les quarts de finale des compétitions majeures. Enfin, il faudra faire attention à deux nations qui sont en train de grandir : lAngleterre et lEspagne.
Les joueuses sélectionnées saffrontent toute lannée en D1 Féminine, en Coupe de France et en Ligue des Champions. Comment faites-vous pour créer une cohésion ?
Quand je suis arrivé à la tête de la sélection, ma première démarche a été de leur présenter un maillot : le maillot Bleu. Cest ce maillot quelles doivent défendre en sélection, cest la nation. Cest ce quil y a de plus fort, de plus grand. Après, effectivement, trouver une cohésion en équipe de France est difficile. Quel que soit le sport collectif dailleurs. Il faut profiter de tout le temps passé ensemble pour affiner, corriger et discuter. Il faut aussi que japprenne à mieux connaitre les filles et quelles apprennent à mieux me connaître en retour car, finalement, nous ne travaillons ensemble que depuis 10 mois. Cest tout frais.
Avant dêtre à la tête des Bleues, vous avez entraîné plusieurs équipes masculines. Existe-t-il des spécificités pour les filles ?
On me pose souvent la question et je réponds toujours la même chose, cest que les filles ont envie dêtre considérées comme les garçons. Elles veulent être entraînées comme les garçons. Aujourdhui, elles sont devenues de vraies athlètes de haut niveau. Après si je devais trouver une différence, je dirais quelles posent plus de questions. Elles ont besoin de savoir pourquoi on fait ça et vers où on veut les amener. Elles sont à lécoute, rigoureuses et très disciplinées. Je nai pas le moindre retard à lentraînement ! Cest un véritable bonheur de les avoir au quotidien. Elles ont peut-être plus de fraîcheur que les garçons aussi.
Que pensez-vous de la médiatisation du football féminin ?
Aujourdhui, on saperçoit que les gens aiment regarder le football féminin parce que les filles donnent tout, sans calculer. Je pense que tout le monde sy retrouve. Les audiences et les prime-time, comme celui de la finale de la Ligue des Champions diffusée en direct sur France Télévisions à 20h45 (2,7 millions de téléspectateurs, ndlr), montrent quil y a une vraie demande. Certes, cest moins important quaux États-Unis, par exemple, où le football féminin est très suivi et où il a y une réelle démarche commerciale autour des joueuses. Mais peut-être que, dans quelques années, nous aurons la même chose en Europe.
Un sacre européen serait un bel élan pour le football féminin français
Ça boosterait beaucoup de choses, cest certain. Un titre pour les Bleues est attendu depuis longtemps. Il faut être patient. Le haut-niveau cest du détail, de la performance, de la rigueur et de lexigence. Si aujourdhui cette équipe de France na pas réussi, cest quil devait manquer quelque chose à un moment donné. Mais cela ne saurait tarder. Je pense que lavenir va être très (très) intéressant.
QUI EST LA PLUS… ?
Qui est la joueuse la plus appréciée au sein du groupe ? Il y en a plusieurs : Grace Geyoro, Sandie Toletti et Amel Majri. Trois jeunes qui se sont très bien intégrées au groupe. Ce sont des filles appréciées pour leur caractère et leur état desprit.
La joueuse qui a le plus gros sens de lhumour ? Je dirais peut-être Camille Abily.
La plus passionnée (celle qui narrêtera jamais sa carrière) ? Je dirais Laura Georges.
Les plus timides ? Laëtitia Philippe, Marie- Laure Delie et Kadidiatou Diani.
La première debout le matin ? Camille Catala, et avec le sourire ! Et Amandine Henry aussi, quand elle rentre des États-Unis avec le décalage horaire, elle se lève tôt.
La dernière arrivée au petit-déjeuner ? Marie-Laure Delie.
La plus mauvaise perdante ? Jai envie de dire le groupe.
La plus grande gueule ? Il y en a une que jai appelée « la syndicaliste », si ça rentre dans cette catégorie. Cest Camille Abily.
Propos recueillis par Floriane Cantoro
LA SÉLECTION POUR LUEFA EURO 2017
Gardiennes : Sarah Bouhaddi, Méline Gérard et Laëtitia Philippe. Défenseurs : Laura Georges, Jessica Houara, Sakina Karchaoui, Griedge Mbock, Eve Périsset, Wendie Renard et Aïssatou Tounkara.
Milieux : Camille Abily, Élise Bussaglia, Grace Geyoro, Amandine Henry, Claire Lavogez, Amel Majri, Gaëtane Thiney et Sandie Toletti.
Attaquantes : Camille Catala, Marie- Laure Delie, Kadidiatou Diani, Eugénie Le Sommer et Élodie Thomis.
Réservistes : Pauline Peyraud-Magnin, Marion Torrent, Aminata Diallo, Clarisse Le Bihan, Mylaine Tarrieu et Valérie Gauvin.
