Le Tribunal arbitral du sport (TAS) a réduit la sanction visant Manchester City. Pas de suspension de Coupe d’Europe et une amende ramenée à 10 millions d’euros. Le coup de grâce pour le fair-play financier ?

Dix millions d’euros d’amende, ce n’est pas rien. Mais pour Manchester City ce n’est finalement pas grand-chose après avoir risqué deux ans de suspension de Coupes d’Europe et 30 M€ d’amende. La clémence du TAS a fait bondir Javer Tebas, le président de la Liga. «Nous devons réévaluer si le TAS est l’organe approprié pour faire appel des décisions institutionnelles dans le football, a expliqué le patron de la Ligue espagnole. La Suisse est un pays avec une grande histoire dans les arbitrages, le TAS n’est pas à la hauteur.» A l’inverse, l’UEFA a décidé de ne faire «aucun autre commentaire à ce sujet. (…) Au cours des dernières années, le fair-play financier a joué un rôle important en protégeant les clubs et en les aidant à devenir financièrement viables et l’UEFA et l’ECA restent attachées à ses principes».

Le FPF a fait ses preuves

À première vue, la victoire de City, accusé d’avoir surévalué ses revenus publicitaires entre 2012 et 2016, devant le TAS pourrait donner un coup fatal à la régulation financière instaurée par l’UEFA. Pas tout à fait. Tout en s’inclinant devant le verdict du TAS, l’UEFA a pris le soin d’ajouter qu’elle ne dérogerait pas aux principes du FPF. Dans son communiqué, l’UEFA souligne également l’impact du FPF sur le long terme. En effet, en 2010, juste avant l’instauration du FPF, les clubs affichaient un déficit cumulé de plus d’un milliard d’euros alors qu’en 2018, ils avaient présenté un profit net global de 140 M€ ! Un revirement spectaculaire. La peur du gendarme (avec la sanction suprême d’être exclu des compétitions européennes) semble justifier son existence.

Les faits reprochés étaient prescrits

«Manchester City n’a pas déguisé ses contrats de sponsoring mais a échoué à coopérer avec l’UEFA», indique le TAS, tout en reconnaissant que le club anglais avait fauté : le club «a contrevenu à l’article 56 du règlement sur les licences des clubs et le fair-play financier». Assez pour devoir régler une amende de 10 M€, mas pas suffisamment pour être exclu. En fait ce qui a sauvé City, c’est le calendrier. Il est aussi indiqué dans le communiqué que «de nombreuses infractions présumées étaient prescrites en raison de la période de cinq ans, prévue par le règlement de l’UEFA». Autrement dit, il y a eu un vice de procédure.

Jamais l’UEFA n’avait sanctionné ainsi un acteur puissant comme City. Le signal envoyé était clair et a été reçu par les parties. Manchester a eu le triomphe modeste. Le jugement ne vient pas abattre le fair-play financier tel qu’il existe, mais il vient souligner le besoin d’adapter le dispositif.

Le TAS a d’ailleurs rappelé que l’ICFC, organe du contrôle financier des clubs de l’UEFA, disposait de «moyens d’enquête limités», insistant sur «l’importance de la coopération des clubs dans ses enquêtes». Ce sont d’ailleurs les Football Leaks, qui avaient révélé l’affaire en novembre 2018.

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