Après les sanctions économiques, les sanctions politiques ? En réponse à la tension croissante entre la Russie et l’Ukraine, l’idée d’un boycott de la Coupe du monde 2018 en Russie par les équipes européennes avait été évoquée à Bruxelles. Mercredi, plusieurs sélectionneurs se sont élevés contre cette idée.

Les pays européens cherchent pas tous les moyens à mettre la pression sur la Russie compte tenu de l’évolution du conflit en Ukraine. L’hypothèse d’un boycott européen de la Coupe du monde en Russie en 2018 n’est pas ouvertement évoquée par les dirigeants européens, mais elle figure dans un document de travail. Selon le Financial Times, le document parle d’une action coordonnée au sein du G7 et au delà pour recommander la suspension de la participation de la Russie à de grands événements culturels, économiques ou sportifs. Le Mondial 2018 pourrait être un de ceux là, mais l’événement, pour lequel la Russie investit massivement dans ses stades et ses infrastructures de transport à travers tout le pays, est encore loin.

Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que l’idée surgit. Des appels au boycott ont été lancés cet été par plusieurs hommes politiques allemands. Fin juillet, le vice-Premier ministre britannique Nick Clegg a joint sa voix, estimant que ce jeu magnifique ne pouvait pas être entaché par l’horrible agression de la Russie contre l’Ukraine. En mars, Daniel Cohn-Bendit, alors eurodéputé écologiste, avait appelé au boycott du Mondial 2018, pour protester contre l’attitude du président russe Vladimir Poutine dans la crise ukrainienne. Mais comme pour les Jeux olympiques de Pékin en 2008, l’idée ne fait pas l’unanimité. La Fédération allemande de football (DFB) s’y oppose par exemple, jugeant contre-productif celui des jeux Olympiques de Moscou en 1980 après l’invasion par l’armée soviétique de l’Afghanistan. Le boycott de 1980 n’a rien apporté. Ça n’avait été préjudiciable qu’aux sportifs, rappelle le président de la DFB, Wolfgang Niersbach. La FIFA est évidemment contre aussi. Un porte-parole de la Fédération internationale renvoie sur un communiqué publié le 25 juillet : L’histoire a montré que le boycott des évènements sportifs n’était pas la solution la plus efficace pour régler les problèmes, ajoutant que l’accueil d’une Coupe du Monde avec l’attention mondiale que cela suscite, peut être un puissant catalyseur en vue d’un dialogue constructif entre les peuples et les gouvernements, aidant ainsi à introduire des développements sociaux positifs.

Muets jusque-là, plusieurs sélectionneurs se sont aussi élevés contre l’idée de voir les équipes européennes privées de Mondial. L’idée d’un boycott de la Coupe du monde en Russie en 2018 n’aura jamais le soutien de la famille des sélectionneurs et entraîneurs de football, a déclaré Vicente Del Bosque, à Saint-Pétersbourg, dans des propos rapportés par l’AFP. Nous essayons de rassembler les gens, pas de les séparer. Nous sommes des athlètes. Nous ne faisons pas de politique. Nous soutenons ceux qui jouent au football. Joachim Löw a pour sa part refusé de commenter cette éventualité, tout en tressant des lauriers à la Russie. Je n’ai pas l’intention de commenter les appels ou décisions politiques. La Russie est très motivée et a tout pour organiser une grande Coupe du monde, a-t-il expliqué.

Si cette idée figure effectivement dans le document de travail remis aux dirigeants européens, ils s’agit d’abord d’une possibilité plus tard, pas maintenant. Dans l’immédiat, avant la Coupe du monde de football, d’autres événements pourraient être concernés par un éventuel boycott. On pense ici au Grand Prix de Formule 1 à Sotchi. Le premier de l’histoire organisé en Russie doit avoir lieu le 12 octobre prochain. Bruxelles ira-t-elle dans cette direction ?