C’est une décision qui dépasse le sport. Deux mois après la victoire du Sénégal en finale de la CAN 2025, la Confédération africaine de football (CAF) a finalement attribué le titre… au Maroc. Un renversement inédit, officialisé mardi soir, qui provoque un véritable tremblement de terre dans tout le football africain.
En annulant la décision de sa propre commission disciplinaire, la CAF a déclaré le Sénégal forfait et homologué un succès 3-0 en faveur du Maroc, invoquant les articles 82 et 84 de son règlement. Du jamais vu à ce niveau. Pour les joueurs, supporters et observateurs, c’est la sidération totale : le trophée change de camp sans passer par le terrain.
Colère sénégalaise et incompréhension générale
La réaction ne s’est pas fait attendre. Sur les réseaux sociaux, les messages de colère ont afflué côté sénégalais. Moussa Niakhaté a lâché un ironique « Venez les chercher ! Ils sont fous eux ! », tandis qu’El Hadji Malick Diouf a dénoncé « un titre gagné sur le terrain, pas par e-mail ».
Ancien international français, Samir Nasri a fustigé « une décision incompréhensible sur le fond comme sur la forme ». Pour lui, un tel verdict, prononcé deux mois après la finale, « décrédibilise encore une fois » la CAF. Même son de cloche chez Claude Le Roy, ancien sélectionneur du Sénégal, qui dénonce un « acte grand-guignolesque » porteur d’une image catastrophique pour le football africain. « Ce dénouement tardif fera rire la planète entière », a lâché le “Sorcier blanc”, tout en reconnaissant le mérite du parcours marocain.
L’affaire divise, mais une conviction domine : le Sénégal reste, pour beaucoup, le vainqueur moral de cette CAN. Le contraste entre la joie vécue sur le terrain et la froideur d’une décision administrative ajoute une dimension tragique à cette finale réécrite deux mois plus tard.
Entre indignation et dignité
Chez les anciens joueurs, l’émotion s’est mêlée à l’indignation. Patrice Evra a parlé « d’une honte » et d’« un scandale », soulignant que “tout le monde a vu la vérité sur le terrain”. Pour lui, les vrais champions resteront les Sénégalais, « quoi qu’en dise le papier ».
Mais dans cette tempête, la voix d’Idrissa Gueye a apporté une touche de sagesse. Le milieu d’Everton a appelé au recul et à la sérénité : « Les titres sont éphémères, ce qui compte, c’est la dignité et la famille. » Un message fort, qui replace le débat au-delà du football et des règlements.
Pour l’opinion africaine, ce “revirement du siècle” dépasse le simple cas d’un match. Il interroge la gouvernance, la transparence et la crédibilité de la CAF. Difficile, désormais, d’effacer la trace symbolique d’un trophée octroyé sur tapis vert après la liesse du terrain.
Le Sénégal, écœuré mais uni, envisage de porter l’affaire devant le Tribunal arbitral du sport. Et pendant que Rabat savoure un titre aux allures de fardeau, tout un continent s’interroge : que vaut une victoire quand elle se décide dans les bureaux plutôt que sur le rectangle vert ?
