La chaîne franco-qatarienne ne s’avoue pas vaincue. Condamnée fin janvier à verser près de 15 millions d’euros à la LFP pour les échéances impayées de son lot du samedi après-midi, beIN SPORTS a décidé de faire appel. Un nouvel épisode dans un conflit juridique qui illustre les fractures persistantes du football français autour des droits TV.
Le bras de fer se poursuit entre beIN SPORTS et la Ligue de Football Professionnel. Près de six semaines après sa condamnation par la justice française à régler la totalité des sommes dues pour la diffusion de son affiche du samedi, la chaîne a saisi la cour d’appel. Si elle a bien payé les 15 millions d’euros réclamés — correspondant aux échéances d’août, d’octobre et de décembre 2025, assorties d’intérêts de retard —, le diffuseur refuse de tourner la page. L’affaire illustre un désaccord profond sur la valeur du produit “Ligue 1”, miné depuis plusieurs saisons par des tensions économiques et stratégiques.
Un bras de fer sur fond de désaccord commercial
Depuis le début de la saison, beIN conteste les conditions de diffusion de son lot, celui du samedi après-midi. Selon la chaîne, certaines contraintes imposées par la LFP — notamment la présence d’affiches concurrentes ou la faible exposition marketing du créneau — auraient fait chuter la valeur marchande de ses matchs. En conséquence, beIN avait choisi de retenir environ 4,7 millions d’euros à chaque échéance, au lieu de régler les 18 millions prévus par contrat.
Une retenue jugée “injustifiée” par la justice, qui a ordonné le paiement intégral. Mais en faisant appel, la chaîne espère obtenir une réévaluation du contrat et, surtout, envoyer un message clair : elle ne tolèrera aucun déséquilibre économique imposé par la Ligue.
Ce différend dépasse toutefois la simple question d’un lot de diffusion. Il met en lumière une crise structurelle du modèle des droits audiovisuels de la Ligue 1, marqué par les échecs successifs de Mediapro et l’instabilité des partenariats subséquents.
Une guerre d’usure autour du modèle post-Mediapro
Ce dossier s’inscrit d’ailleurs dans une bataille beaucoup plus large. En parallèle, beIN SPORTS et Canal+ poursuivent leur combat judiciaire contre la LFP au sujet du contrat signé en 2021 avec Amazon, après la défaillance de Mediapro. Les deux chaînes estiment avoir été lésées par cet accord et réclament 660 millions d’euros de dédommagements. Battues en première instance comme en appel, elles ont porté l’affaire devant la Cour de cassation.
En attendant une décision définitive, c’est tout l’écosystème des droits TV français qui reste suspendu. Entre les diffuseurs historiques en quête de rentabilité et une ligue désireuse d’assurer la stabilité de ses revenus, le climat reste explosif. Alors que la LFP espère relancer son appel d’offres d’ici à l’été pour les saisons futures, le dossier beIN pourrait encore rebattre les cartes.
Dans ce feuilleton sans fin, une chose est certaine : la guerre des droits TV, elle, ne connaît pas de trêve.

