Hier après-midi, la 12e étape du Tour de France a été complètement folle. Une hécatombe de chute, des abandons, des coureurs éliminés pour dépassement de temps, bref une étape comme on les aime. Ce qui a moins plus reste l’attitude de certaines personnes du public avec des sifflets pour Geraint Thomas et Chris Froome, les leaders de la course. L’occasion pour le patron de l’édition, Christian Prudhomme de revenir et éteindre un début de feu.

 

Comment qualifieriez-vous ce qui s’est passé ?

“On a eu une montée de l’Alpe très pénible. Les coureurs du Tour, les champions du Tour, doivent naturellement être respectés, ce que fait l’immense majorité du public. Ne pas siffler et évidemment ne pas toucher les coureurs. Même une bourrade qui se veut affectueuse. Si 150 personnes font la même chose dans la journée… Le public du Tour est un public bienveillant dans son immense majorité. Hier (jeudi), s’est concentré dans la deuxième partie un public parfois inconscient. Même si ce n’est pas un spectateur surexcité qui fait tomber Vincenzo Nibali, c’est un spectateur. Ce ne sont pas les motos de la Garde républicaine, et je tiens à rendre hommage aux services de l’Etat pour le travail admirable qu’ils ont fait.”

Que dites-vous au public ?

“Il faut retrouver de la sérénité assurément, respecter tous les coureurs, applaudir ceux que l’on a envie d’applaudir. Que le public du Tour soit le public du Tour de toujours… Pour aller chercher des débordements sur la route du Tour, il faut aller chercher loin: Eddy Merckx en 1975.”

Etes-vous optimiste pour la suite ?

“Je ne doute pas que l’on retrouvera le public bienveillant du Tour de France dans les jours qui viennent. Là, on était sur un pic qui, malheureusement, a laissé sur le carreau un champion admirable, Vincenzo Nibali, dont chacun loue l’état d’esprit à l’ancienne, un champion tout-terrain.”

Que dites-vous à la partie du public qui s’en prend à Froome et à l’équipe Sky ?

“J’ai bien entendu les sifflets à l’Alpe d’Huez comme j’avais entendu ceux au départ de la Vendée. Sur le bord de la route, c’était très calme depuis dix jours, avec très peu de pancartes anti-Froome ou anti-Sky. D’un seul coup, c’est remonté en flèche. Je ne peux que renouveler mes appels au calme, au bon sens, à la sérénité, à l’égard des coureurs qui font le Tour de France. C’est un paradoxe: Vincenzo Nibali, qui n’appartient pas à l’équipe Sky, se retrouve sur le carreau.”

Y avait-il des mesures spécifiques à l’Alpe d’Huez ?

“Le problème de la sécurité se prend de manière globale. Sur la montée de l’Alpe d’Huez, il y avait près de 500 gendarmes, 1,3 kilomètre de barrières en bas, les quatre derniers kilomètres étaient barriérés, le virage des Hollandais, traditionnellement le secteur le plus compliqué, était tenu derrière des cordes. Dans la seconde partie, des spectateurs couraient derrière les coureurs, leur manquaient de respect, ils n’avaient qu’une seule envie, se montrer devant la caméra, faire un selfie… On n’a pas envie de revoir ça.”

Prévoyez-vous des mesures particulières pour les Pyrénées ?

“On sait très bien qu’on a deux pics dans le Tour qui sont l’Alpe d’Huez et le Ventoux (absent au programme du Tour 2018). Ce sont deux montées mythiques, où l’ambiance est différente des autres jours du Tour de France. Toutes les mesures prises, tous les messages que l’on fait passer, n’ont pas l’effet que l’on aimerait avoir. Dans les derniers jours du Tour de France, il n’y aura pas d’équivalent avec ce que l’on a vécu là. Ces dernières années, on a mis en place des mesures autour des coureurs avec des gardes républicains pour écarter les gens qui courent. Ils l’ont fait hier de façon magnifique jusqu’au virage des Hollandais. Ensuite, c’était tout simplement impossible.”

Avec une circonstance aggravante, les fumigènes…

“On n’y voyait plus rien. On dit souvent que le pire, dans la sécurité routière, c’est le brouillard. C’est exactement ça. Les fumigènes n’ont rien à faire sur les routes des courses cyclistes. On fait respirer une odeur nauséabonde aux coureurs du Tour, et en plus on les aveugle. Cela n’a aucun sens.”

  Propos recueillis par l’AFP