Running en France : l’explosion qui va vous surprendre — 4 millions de Français ont chaussé leurs baskets en 2025

On pensait la mode du running essoufflée. C’était exactement l’inverse.

Les chiffres publiés le 30 mars par la Fédération française d’athlétisme sont sans appel : la France n’a jamais autant couru — et ce n’est que le début.

Un bond de 40% en un an : le running dépasse tous les pronostics

En 2025, 4,12 millions de résultats ont été enregistrés sur route, en trail et en cross en France, contre 2,95 millions en 2024 — soit une progression de 40% en douze mois . « C’est un record absolu de résultats, avec une augmentation qui est assez colossale », reconnaît Emmanuelle Jaeger, présidente déléguée de la FFA . Pour mettre ces chiffres en perspective : en 2015, la France enregistrait à peine 1,8 million de finishers. En dix ans, le volume a donc plus que doublé, avant de bondir encore de 40% sur la seule année 2025. Ce n’est plus une tendance de fond — c’est une rupture de modèle.

Derrière ce chiffre global se cachent des dynamiques très différentes selon les disciplines. Sur les 13 320 courses recensées en France l’an dernier, le trail domine en volume d’épreuves (5 900 courses), mais c’est la route qui concentre l’essentiel des participants : 2,52 millions de finishers sur route, contre 1,44 million en trail . « Sur route, le système de départs en vagues s’est développé et permet de répondre à l’engouement », explique Emmanuelle Jaeger . En trail, la contrainte des espaces naturels rend impossible ce modèle de capacité élastique — les organisateurs répondent autrement, en multipliant les formats au sein d’un même événement. Deux écosystèmes, une même explosion.


Le dossard est devenu une expérience, pas une obsession de chrono

Ce qui a changé fondamentalement, c’est la raison pour laquelle les Français s’inscrivent. Pour Virgile Caillet, directeur général de l’Union Sport & Cycle, on est face à « un véritable phénomène de société » . « Avant, la compétition avait une image beaucoup plus élitiste. Elle est devenue une expérience à part entière, avec des animations. On met un dossard pour participer à une expérience sans pour autant être attaché à la performance », analyse-t-il . Cette démocratisation du dossard ressemble à ce qu’a vécu le cyclisme amateur il y a dix ans avec l’essor des cyclosportives — une pratique d’abord réservée aux initiés, soudainement ouverte à tous grâce à un changement d’image radical.

Paradoxalement, ce mouvement de masse vers l’expérience plutôt que la performance produit l’effet inverse sur les chronos. En 2025, 41% des finishers avaient moins de 35 ans, contre seulement 30% en 2015 . « Le rajeunissement du peloton incite à aller vers la performance : quand on a 20 ans, on progresse », note Virgile Caillet . À cela s’ajoute la révolution technologique : les montres connectées qui poussent à la comparaison permanente, et surtout les chaussures à plaque carbone de nouvelle génération qui ont réduit significativement les blessures de surcharge et permis à des coureurs amateurs de progresser plus vite qu’aucune génération avant eux .

Un marathon de Paris qui incarne la féminisation du running

Le chiffre le plus symbolique de cette révolution culturelle n’est pas celui des finishers globaux. Il est dans la composition du peloton. En dix ans, la proportion de femmes parmi les finishers est passée de 28% à 37% . Dimanche 12 avril au marathon de Paris, 20 800 femmes s’élanceront sur les pavés de la capitale — un tiers du peloton total, record historique pour l’épreuve . Les nouvelles coureuses plébiscitent les distances courtes : sur le 5 km, plus de la moitié des résultats enregistrés en France sont désormais féminins . « La charge mentale du foyer est encore beaucoup portée par les femmes, ce qui est moins compatible avec la préparation chronophage d’un marathon », reconnaît Virgile Caillet — et les études le confirment : les femmes ont statistiquement tendance à se sous-estimer face à l’inscription sur longue distance. Mais la courbe monte sur toutes les distances, et rien n’indique qu’elle va s’inverser.