Des années ont passé, mais la plaie n’est toujours pas refermée. Deontay Wilder a ressorti l’artillerie lourde contre Tyson Fury, mélangeant soupçons de tricherie, ressentiment personnel et accusations graves, pendant que son rival joue la carte du détachement. Officiellement, en tout cas.
Deontay Wilder a rallumé la mèche sans détour. À 40 ans, en quête d’oxygène médiatique avant son combat du 4 avril contre Chisora, il a remis sur la table, mi-février, tout ce qui n’a jamais vraiment disparu. Podcast, interview dans The Ring Magazine, le service complet. Il reparle de leur trilogie entre 2018 et 2021, de ce nul controversé au premier combat, du TKO subi au deuxième, du KO encaissé au troisième. Et surtout, il accuse. Tricherie, dopage, espionnage des camps d’entraînement, juges biaisés par une supposée “white supremacy”. Il promet même un documentaire rempli de preuves irréfutables. J’ai vu passer assez de guerres verbales dans ce sport pour savoir que ça finit souvent en nuage de fumée, mais chez Wilder, la conviction semble réelle. Presque obsessionnelle.
Et pourtant, en face, Fury ne mord pas. À 37 ans, occupé à préparer son retour prévu le 11 avril contre Makhmudov, il commence par poster une vidéo moqueuse de son KO sur Wilder, avant de la supprimer aussi vite qu’elle est apparue. Puis changement de ton. La voie haute. Il parle de prier pour son rival, l’invite même à venir s’entraîner chez lui. Un discours apaisant, presque paternaliste. Sauf que les nuances sautent aux yeux. Fury refuse le clash frontal, évoque des problèmes mentaux chez Wilder, mais reste curieusement silencieux sur ses propres passages à vide récents et ses défaites face à Usyk. On ne sait pas encore si c’est de la maturité sincère ou du théâtre bien rôdé. Après des années à couvrir ces poids lourds, je miserais sans trop hésiter sur un mélange des deux.
Les chiffres de leur trilogie continuent d’alimenter le flou. Fury dominait largement au jab, Wilder faisait parler sa puissance brute. Deux lectures opposées d’une même histoire. Aujourd’hui, Wilder cherche clairement à recoller les morceaux d’un récit qui fait vendre, histoire de redonner du relief à sa carrière. Fury, lui, avance masqué vers son retour très exposé, sans s’appesantir publiquement sur ses revers. Ça sent le soap opera typique de la boxe : soit une montée en tension qui finira par exploser en combat, soit un feu de paille de plus, destiné à s’éteindre dès que l’actualité passera ailleurs.

