Champion de boxe, Souleymane Cissokho fait le bilan et parle de la situation actuelle après la période de confinement.

Médaillé de bronze olympique, il a été touché par cette crise sanitaire et veut reprendre la compétition au plus vite.

Quelles sont vos conditions d’entraînement actuellement ?

“Cela fait un mois et demi que je suis revenu des Etats-Unis, j’ai fait une bonne partie du confinement là-bas, à Hayward près de San Francisco en Californie. On a une salle privée donc j’étais seul avec le coach et le
préparateur physique. Cela se passait super bien mais j’ai décidé de rentrer en France parce que je savais que la situation devenait de plus en plus compliquée et je n’avais pas envie d’être bloqué dans le pays. J’ai coupé dix jours à mon retour parce que j’avais fait un camp d’entraînement de plus de 8 semaines et derrière j’ai repris en allant courir au Bois de Boulogne, en faisant du vélo et du renforcement musculaire dans mon appartement. En ce moment, je m’entraîne à l’extérieur avec mon coach mais je n’ai toujours pas accès à une salle de boxe et on ne sait pas encore quand on pourra reprendre les oppositions, c’est le coeur même de notre activité. C’est très frustrant et on n’a pas de visibilité sur nos prochaines échéances. En France, on est dans le flou total.”

Etes-vous inquiet pour les boxeurs professionnels français ?

“La situation est très compliquée. La majeure partie des boxeurs ne vivent pas de la boxe. Un boxeur est payé au combat. Moi, ça fait presque un an que je n’ai pas boxé, depuis septembre 2019, et j’ai des charges, je m’entraîne aux Etats-Unis, je prends mes camps d’entraînement en charge. Personnellement, j’ai des sponsors et des personnes qui me suivent, donc j’arrive à peu près à m’en sortir, mais il ne faut pas que ça dure trop longtemps parce que je tape sur mes économies. Je pense surtout aux autres boxeurs qui ont un statut beaucoup plus précaire et dur. Il n’y a pas de statut du boxeur pro en France, donc les boxeurs ne cotisent pas. Certains se mettent en auto-entrepreneurs lorsqu’ils bossent. Moi, j’ai créé ma propre boîte, donc c’est très compliqué.”

Sur le plan sportif, quelles sont les conséquences de cette longue coupure ?

“C’est très impactant. Je suis au début de ma carrière (28 ans, invaincu en 11 combats professionnels), c’est là que l’on doit boxer le maximum, engranger de l’expérience. C’est très frustrant. Moi, c’est en boxant que je m’améliore. Certains n’ont pas besoin de beaucoup boxer, c’est dans leur ADN. Mais moi, la compétition me rend meilleur. Plus je vais boxer, plus mon niveau va s’élever. On a beau s’entraîner comme des malades, rien ne remplace le vrai combat. En France tout est bloqué pour l’instant mais comme je suis managé par la structure d’Anthony Joshua (champion IBF, WBA, WBO des lourds), j’ai des perspectives à l’étranger, sans date précise. J’espère que ça va se concrétiser parce que j’ai besoin de boxer, je prends du retard.”

Propos recueillis par Keyvan NARAGHI