Torun (Pologne) a vibré, samedi soir, au rythme d’une soirée d’athlétisme hors norme. Dans une ambiance électrique, les Mondiaux en salle ont offert un double spectacle : la domination sans partage du roi de la perche Mondo Duplantis et un record du monde inattendu signé du Suisse Simon Ehammer, nouveau maître de l’heptathlon.
L’arène polonaise, pleine à craquer, attendait un feu d’artifice du Suédois. Pourtant, avant la perche, c’est Ehammer, discret mais redoutable, qui a fait chavirer la salle. Le jeune Helvète de 26 ans a pulvérisé le record du monde de l’heptathlon avec 6 670 points, effaçant la légende américaine Ashton Eaton. Porté par un 60 m haies de folie (7.52, record en compétition combinée) et un saut à la perche à 5,30 m à son ultime essai, il a écrit la plus belle page de sa carrière : « Je suis sans voix, j’ai réalisé mon rêve », a-t-il confié, encore ému.
Duplantis en contrôle, Karalis au courage
Après cet exploit, place au show de Mondo. Le phénomène suédois a dû batailler plus que prévu dans un concours à suspense face au Grec Emmanouil Karalis. Ce dernier, deuxième performeur mondial cet hiver, l’a contraint à multiplier les tentatives jusqu’à 6,25 m. Duplantis s’est montré impérial, franchissant 6,20 m puis repoussant les assauts du Grec, avant de s’offrir un quatrième titre consécutif en salle. Épuisé, le champion du monde n’a finalement pas tenté d’améliorer son propre record planétaire (6,31 m) établi douze jours plus tôt à Uppsala. « C’était une vraie bataille, j’avais du lactique dans les jambes », a-t-il souri après sa victoire.
Kerr, Schrub et une soirée de records
Pendant que les barres s’élevaient, les finales sur l’anneau offraient elles aussi leur lot d’intensité. Sur 3 000 m, le Britannique Josh Kerr a triomphé au sprint devant l’Américain Cole Hocker, tandis que le Français Yann Schrub arrachait une superbe médaille de bronze dans un finish d’anthologie.
Les spectateurs de Torun ont aussi célébré plusieurs sacres marquants : le Canadien Christopher Morales Williams sur 400 m (44.76), l’Italienne Nadia Battocletti sur 3 000 m (8:57.64) et la Cubaine Leyanis Pérez Hernandez au triple saut (14,95 m), à la lutte avec la star vénézuélienne Yulimar Rojas. La soirée s’est conclue sur une note triomphale à domicile grâce à Jakub Szymanski, sacré champion du monde du 60 m haies (7.40), sous les vivats du public polonais.
À Torun, le monde de l’athlétisme a rappelé une vérité : on ne bat pas toujours des records pour marquer l’histoire. Parfois, il suffit d’un duel, d’un sourire et d’une salle debout pour sceller une soirée mythique.

