OL : 186 millions de pertes, garanties cachées, plainte en vue — l’héritage explosif de Textor

Ce mardi, Eagle Football Group a publié des résultats semestriels dévastateurs. Derrière le chiffre, une révélation qui pourrait envoyer l’ex-propriétaire américain devant la justice : l’OL aurait servi de caution secrète pour ses autres clubs.

Il y a des bilans qu’on publie à contrecœur. Celui qu’Eagle Football Group a déposé ce mardi matin est de ceux-là. Pour le premier semestre de l’exercice 2025-2026, le résultat net du groupe qui coiffe l’Olympique Lyonnais affiche -186,5 millions d’euros. Soit 70 millions de plus que l’année précédente, déjà catastrophique avec -116,9 millions. Mais derrière ce chiffre vertigineux se cache quelque chose de bien plus grave qu’un simple dérapage budgétaire.

Un club mis en gage en secret

La direction actuelle, emmenée par Michele Kang depuis l’été 2025, dit avoir fait une découverte sidérante en épluchant les comptes : entre août 2023 et avril 2025, l’Olympique Lyonnais — ou sa filiale OL SASU — aurait accordé des garanties financières pour couvrir des dettes contractées par deux autres clubs de l’empire Textor, Botafogo au Brésil et le RWDM Molenbeek en Belgique. Des garanties qui n’auraient jamais été déclarées dans les comptes publiés au cours de ces années. En clair : John Textor aurait utilisé l’OL comme garant silencieux pour financer son expansion mondiale, sans que personne, côté lyonnais, n’en soit officiellement informé.

Le montant en jeu est loin d’être anecdotique : 126,2 millions d’euros de dépréciations de créances liées directement à ces opérations. Plus des deux tiers du trou semestriel.

La riposte du club

La réaction d’Eagle Football Group est, pour une fois, sans ambiguïté : le groupe « conteste la validité de ces engagements et prendra toutes les mesures nécessaires pour défendre ses intérêts ». La formule, calibrée au millimètre, ouvre grand la porte à une action judiciaire. Dans les couloirs du droit des affaires, l’infraction visée porte un nom précis : l’abus de biens sociaux. Une accusation lourde, qui engage la responsabilité personnelle de celui qui a signé.

Pendant ce temps, les déboires de Textor se multiplient sur d’autres fronts. Un tribunal arbitral de Rio de Janeiro l’a suspendu de la direction de Botafogo sur fond de conflit financier. Ce qui ressemblait, il y a quelques semaines, à une séparation à l’amiable entre Lyon et son ex-propriétaire prend désormais les contours d’un feuilleton judiciaire transatlantique.

La question qui inquiète les supporters

L’OL reste aujourd’hui lesté d’une dette globale estimée à plus de 600 millions d’euros, notamment liée au fonds Ares. Le communiqué semestriel ne dissimule pas l’inquiétude : il évoque une « incertitude significative » sur la continuité d’exploitation du club sans l’arrivée rapide de nouveaux investisseurs. La DNCG et l’UEFA, elles, examineront les comptes dans les semaines qui viennent.

Le paradoxe est cruel. Sur le terrain, l’OL de Paulo Fonseca a réussi à se relancer, vise une place en Ligue des Champions, et peut compter sur l’une des saisons les plus abouties de Corentin Tolisso depuis des années. Mais dans les sous-sols du Groupama Stadium, l’édifice financier construit par l’ère Textor continue de trembler — et les fissures sont désormais visibles pour tout le monde.