OM : Rulli brise le silence : « On a beaucoup souffert » — la mise au vert vue de l’intérieur

Il aurait pu passer par là comme les autres, tête baissée, sans un mot. Mais Geronimo Rulli s’est arrêté.

En zone mixte, après la victoire arrachée sur la pelouse du Havre dimanche soir (0-1), le gardien argentin de l’OM a pris la parole — le seul à le faire. Et ce qu’il a dit en dit long sur l’état d’un groupe à bout.

Une punition collective après la déroute de Nantes

Tout commence le week-end précédent, avec une humiliation. Trois buts encaissés à Nantes (3-0), une prestation calamiteuse, une saison qui déraille. La réponse de la direction marseillaise ne se fait pas attendre : mise au vert immédiate à la Commanderie. Plusieurs jours d’isolement complet, doubles séances d’entraînement, sorties interdites. Une mesure radicale, presque disciplinaire, que l’on réserve en général aux équipes de jeunes.

Pour des professionnels aguerris, des pères de famille, des hommes habitués à leur liberté, le choc est brutal.

« On a des enfants qu’on ne voit pas »

Rulli n’a pas mâché ses mots, même si la retenue était visible sur son visage. Visiblement ému, il a confié face aux caméras : « Je préfère ne pas beaucoup parler avant que la saison ne soit finie. C’était très compliqué parce qu’on a une famille, des enfants, des femmes qu’on ne voit pas. »

Derrière le gardien de 33 ans — 38 matchs au compteur toutes compétitions cette saison — perce l’image d’un groupe éprouvé, pas seulement sur le plan footballistique. La mise au vert a touché les hommes avant les joueurs. Et Rulli, qui n’est pas du genre à se plaindre, a choisi ce moment pour le dire.

Souffrance et solidarité, les deux faces d’une même semaine

Ce qui frappe dans ses mots, c’est l’ambivalence. Rulli ne se plaint pas pour se plaindre. Il reconnaît la douleur, mais il raconte aussi autre chose : « Cette semaine, on a beaucoup souffert, mais la vérité, c’est qu’on était contents d’être ensemble entre nous. On a essayé de passer du bon temps. On s’est très bien entraînés avec beaucoup d’intensité. »

Une solidarité forgée dans l’adversité. Une cohésion de vestiaire que les semaines de crise n’avaient pas réussi à briser, et que l’isolement forcé a peut-être, paradoxalement, renforcée. « Pour moi, ça va plus loin que la mise au vert », glisse-t-il, sans en dire davantage.

Un but de Greenwood, et tout s’allège

Sur le terrain du Stade Océane, ce sont les faits qui ont parlé. Mason Greenwood, sur penalty à la 55e minute, a offert à l’OM les trois points dont il avait cruellement besoin. Une victoire courte, laborieuse, mais libératrice. Suffisante pour que Rulli lâche un sourire au milieu de l’émotion.

L’OM reste en course pour une qualification en Ligue Europa. Tout se jouera dimanche prochain au Vélodrome, face au Stade Rennais, lors de l’ultime journée de Ligue 1. Une finale. Peut-être la dernière chance pour un club qui a passé toute la saison à se noyer — et qui, pour une nuit en Normandie, a réappris à nager.


Les déclarations de Geronimo Rulli ont été recueillies en zone mixte après OM – Le Havre (0-1), 33e journée de Ligue 1, le 10 mai 2026.