L’avion privé au retour de Bastia, c’était exceptionnel. Le reste du temps ? Le train. Ou le BlaBlaCar. La blague de Thierry Gomez, président du Le Mans FC, sur l’avion privé a fait le tour des réseaux sociaux ce week-end. Derrière l’humour se cache une philosophie de gestion qui, en dix ans, a propulsé le club sarthois de la cinquième division jusqu’aux portes de la Ligue 1. Une success story à la française, sobre et authentique.
La scène est savoureuse. De retour de Bastia après la victoire historique (2-0) qui envoie Le Mans FC en Ligue 1 — sous réserve de validation — Thierry Gomez lâche sa punchline avec le naturel qui le caractérise : « Depuis le début de la saison, les joueurs me chambrent en me disant : quand est-ce qu’on part en avion privé ? Alors, cette fois, exceptionnellement, on l’a pris, sachant qu’il y avait l’opportunité de monter, pour rentrer tout de suite le soir. Mais, même en Ligue 1, il n’y en aura pas, on prendra le train ou, comme je leur dis en plaisantant, BlaBlaCar ! » Le ton est donné. Chez le Mans FC, même quand on monte en Ligue 1 après quinze ans d’absence, on garde les pieds sur terre. C’est précisément ce pragmatisme qui a permis à Gomez de reconstruire un club moribond — liquidé judiciairement en 2013 — et de le hisser jusqu’à l’élite du football français.
Thierry Gomez est devenu président du Mans FC en octobre 2016, après avoir déjà sauvé l’ESTAC Troyes entre 2004 et 2009, rétablissant la situation financière du club aubois avant d’en obtenir la montée en Ligue 1. Au Mans, le défi était encore plus grand : quand il arrive, il n’y avait qu’une salariée à l’administration, zéro à la SASP dans l’administratif. Entre 2017 et 2019, le club connaît trois montées successives et retrouve la Ligue 2 avant d’être relégué lors de l’arrêt des compétitions dû au Covid-19. Rebelote : reconstruction patiente, montée méthodique, et cette saison 2025-2026 qui ressemble à un sacre. En 2026, le fonds d’investissement sportif brésilien OutField est devenu l’actionnaire majoritaire du Le Mans FC, avec parmi les nouveaux investisseurs le gardien belge Thibaut Courtois, le tennisman Novak Djokovic, et les anciens pilotes Felipe Massa et Kevin Magnussen — tout en laissant Gomez aux commandes de la gouvernance quotidienne.
La blague du BlaBlaCar masque en réalité une réflexion économique très sérieuse. Gomez l’avait dit sans ambages : « J’ai toujours dit que le modèle économique de ce club est en Ligue 1. » Le Mans a attiré 122 000 spectateurs au MMArena cette saison, soit entre 6 000 et 7 000 par match en moyenne — des chiffres qui témoignent d’une ferveur populaire prête pour l’élite. La DNCG n’a pris aucune mesure à l’égard du Mans FC lors de son passage devant la commission de contrôle, attestant d’une gestion sérieuse et responsable dans un contexte économique difficile pour le football français. Avion privé ou BlaBlaCar, peu importe le mode de transport — ce qui compte, c’est la destination. Et celle du Mans FC, désormais, s’appelle la Ligue 1.

