Parcage vide en Normandie, Vélodrome en mode « stade mort ». Les ultras marseillais ont choisi l’absence comme arme. Un geste rarissime qui dit tout sur l’état du club.
C’est une rupture froide, calculée, sans violence. Et c’est peut-être pour ça qu’elle fait si mal.
Réunis mardi soir, les principaux groupes de supporters de l’Olympique de Marseille ont tranché pour les deux derniers matchs de la saison. Première décision : aucun déplacement au Havre ce dimanche. Les 1 200 places réservées dans le parcage visiteurs du Stade Océane resteront vides. Deuxième décision, encore plus symbolique : pour la réception de Rennes le 17 mai, le Vélodrome ne verra ni bâches, ni tifos, ni animations. Les virages, d’habitude les poumons du stade, joueront la carte du silence. Un « stade mort » — l’expression qui fait froid dans le dos à Marseille.
Une protestation qui tranche
Ce qui frappe dans ce mouvement, c’est son calme. Pas de banderoles hostiles, pas d’envahissement de pelouse, pas de prise de parole tonitruante. Les groupes ultras ont explicitement acté qu’il n’y aurait aucune forme de violence, ni aucun débordement. Ce sont l’absence et le silence qui parlent — et dans une ville où le football est une religion, ça résonne comme un anathème.
Arthur, abonné depuis 1994, résume sobrement l’état d’esprit : « Aujourd’hui, mon amour inconditionnel se transforme en lassitude. Tout le monde autour de moi décroche. »
Une saison de trop
Le contexte explique tout. L’OM est 7e de Ligue 1 à deux journées du terme. La qualification européenne s’éloigne. Mehdi Benatia a failli partir en février. Roberto De Zerbi a claqué la porte. Pablo Longoria a été évincé. Habib Beye, arrivé en pompier, peine à éteindre l’incendie. Et pendant la mise au vert censée resserrer les rangs, certains joueurs organisaient une fête à la Commanderie.
Le club traverse une crise totale — sportive, institutionnelle, humaine. Les supporters ne font que le nommer, à leur façon.
Le message à McCourt
Derrière le boycott, il y a une adresse claire à Frank McCourt et à la nouvelle gouvernance incarnée par Stéphane Richard. L’OM peut générer une ferveur unique en Europe. Mais cette ferveur a un prix : la cohérence, l’ambition, et le respect du projet. Quand ces trois piliers s’effondrent, même les plus fidèles lâchent prise.
Dimanche, au Havre, l’OM avancera sans son douzième homme. Ce sera peut-être le symbole le plus brutal d’une saison à oublier.

