Champion du monde 2018, capitaine de l’OL, auteur d’une saison remarquable à 31 ans — et désormais présent sur LinkedIn. Derrière le geste anodin d’une inscription sur un réseau professionnel, il y a une réalité qui dit beaucoup sur la nouvelle génération de footballeurs.
C’est la petite info qui fait sourire, mais qui mérite qu’on s’y arrête. Le 6 mai 2026, Corentin Tolisso a ouvert son compte LinkedIn. Le milieu de terrain de l’Olympique Lyonnais a choisi ce réseau — terrain de chasse des cadres en transition et des entrepreneurs en herbe — pour y partager, comme il l’écrit lui-même dans son premier message, « cette autre partie de son quotidien ». Pas Instagram, pas X. LinkedIn. Le réseau des recruteurs, des chefs de projet et des reconversions professionnelles assumées.
Un message soigné, une intention claire
Dans sa publication inaugurale, Tolisso n’a rien laissé au hasard. Il explique vouloir partager ce qui se construit en dehors du football, évoquant des projets liés à l’entrepreneuriat qu’il développe depuis plusieurs années. Le ton est posé, adulte, presque corporate — aux antipodes du storytelling sportif habituel. On est loin du story Instagram d’après-match. Ce que Tolisso construit sur LinkedIn, c’est une image de chef d’entreprise en devenir, pas de célébrité en quête de likes.
Il faut dire que le contexte s’y prête. Tolisso a obtenu son Bac ES avec mention avant de se lancer professionnellement dans le football. Derrière le capitaine et l’international mondial, il y a un profil qui a toujours cultivé une certaine forme d’intelligence de carrière.
Une saison exceptionnelle, un futur incertain
Le timing de cette ouverture de compte n’est pas anodin non plus. Tolisso traverse l’une des meilleures saisons de sa carrière. En 37 matchs toutes compétitions confondues cette saison, il a inscrit 14 buts et délivré 6 passes décisives. Sur la seule année civile 2026, il affiche 7 buts et 6 assists en 14 rencontres. Face à Rennes, sous les yeux de Guy Stéphan, adjoint de Deschamps, il a livré une performance magistrale — passe décisive, pénalty transformé, nouveau assist — qui lui vaut une note de 8 dans L’Équipe et le titre d’homme du match.
Et pourtant. Malgré ces performances, Tolisso n’a pas été convoqué en équipe de France pour les derniers matchs avant la liste du Mondial 2026, sa participation à la compétition semblant de plus en plus compromise. Sa dernière cape en Bleu remonte à juin 2021. Cinq ans d’absence, malgré un niveau qui ferait rougir bien des milieux internationaux.
Le footballeur entrepreneur, une tendance de fond
L’arrivée de Tolisso sur LinkedIn s’inscrit dans un mouvement plus large. Les footballeurs professionnels, conscients de la courte durée de leur carrière sportive, anticipent de plus en plus tôt leur reconversion. Investissements immobiliers, startups, marques personnelles — la génération post-Mbappé gère sa vie comme un portefeuille d’actifs.
Avec un salaire estimé à 450 000 euros bruts mensuels, le mieux rémunéré de l’effectif lyonnais, Tolisso a les moyens de ses ambitions entrepreneuriales. Mais ce qui frappe dans sa démarche LinkedIn, c’est moins l’argent que la posture : celle d’un homme qui sait que le temps passe, qui regarde déjà au-delà du terrain, et qui construit méthodiquement ce qui vient après.
À 31 ans, champion du monde, capitaine d’un OL en route vers la Ligue des Champions — et désormais membre du réseau LinkedIn. Corentin Tolisso a toujours eu un coup d’avance.

