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La victoire attendue de Michel Desjoyeaux sur le Vendée Globe est aussi la résultante d'une organisation d'équipe qui, de la préparation du bateau au soutien psychologique du navigateur dans les moments difficiles, a veillé en permanence pendant les trois mois de course du monde. Mémoire de la construction du bateau et soutien technique, suivi des concurrents, espionnage et guéguerre psychologique, les hommes de l'ombre ont un rôle prépondérant dans la construction d'une victoire.
L'équipe technique de Michel Desjoyeaux en sait quelque chose, quand 200 milles après le départ, Jean-Paul Roux, le directeur technique de Mer Agitée, la structure en charge du suivi et de la construction du bateau, reçoit un coup de fil de son skipper qui lui annonce qu'il retourne aux Sables d'Olonne pour un problème électrique dans le moteur consécutif à une fuite de ballast. Ce n'est pas l'heure des états d'âme : il s'agit de programmer un arrêt au stand le plus court et le plus efficace possible. Analyse de la météo pour évaluer les conditions de l'arrivée du bateau et l'heure optimale de son retour en course, mobilisation des sous-traitants potentiels, préparation du matériel, processus d'accompagnement du navigateur à son arrivée dans le port des Sables d'Olonne, rien ne doit être laissé au hasard. Quarante heures plus tard, comme prévu, Michel repartait à l'attaque avec le résultat que l'on connaît aujourd'hui.
Pendant que les solitaires tournent autour du monde, les équipes à terre veillent. Il y a d’abord la correspondance régulière avec le navigateur. Téléphone, courriels, chacun sa méthode. Une seule chose est sûre, les coureurs du Vendée Globe ne naviguent pas comme à l'époque de la longue route de Bernard Moitessier, en solitude. Les échanges sont nombreux et dépassent les seuls aspects techniques. C'est aussi le rôle des interlocuteurs à terre de pouvoir répondre présent, d'apporter ce soutien psychologique indispensable. L'équipe technique vit au rythme du navigateur solitaire. Quand l'engrenage est bien huilé, que tout se passe bien, la tension est largement compensée par une certaine forme de sérénité. Mais que les rouages viennent à se gripper et le correspondant à terre du navigateur peut vivre parfois, lui aussi, des heures de grande solitude.
Une course se gagne aussi sur la veille de la concurrence : à l'heure du développement des moyens de communication, observer ce qui se passe sur les autres bateaux est essentiel. Les vacations radios, les vidéos ont ainsi un public insoupçonné qui observe et analyse les moindres faits et gestes des concurrents. Tel détail technique sur une photo ou une vidéo, telle lassitude ressentie dans la voix d'un navigateur, telle information en apparence dérisoire lâchée au cours d'une conversation avec la terre sont aussitôt décortiquées, passées au crible de la machine à décrypter l'information ou l'intoxication psychologique, pour être ensuite retransmises au marin.
A vingt-quatre heures de l'arrivée de Michel Desjoyeaux, l'équipe technique de Mer Agitée peut commencer à goûter le plaisir du travail accompli. Sauf avatar de dernière minute, leur skipper devrait être le premier double vainqueur du Vendée Globe ajoutant une ligne supplémentaire au plus joli palmarès de la planète mer. Jean-Paul Roux qui a accompagné les projets de Christophe Auguin, vainqueur en 1996-1997, Vincent Riou en 2000-2001 et bien évidemment Michel Desjoyeaux va donc connaître, pour la quatrième fois consécutive, le bonheur d'avoir accompagné jusqu'à la victoire le navigateur pour qui il travaillait.


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