Anne Quéméré remporte son défi

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Anne Quéméré remporte son défi
Trois questions à Anne Quéméré

Q: Qu'avez-vous voulu prouver à travers ce défi?

R: "Je n'ai pas la prétention de révolutionner la navigation, mais il y a encore des choses à découvrir. Le kitesurf s'est développé il y a quelques années, mais on ne connaît pas encore tout le potentiel d'une aile de traction. C'est un matériel qui a ses faiblesses: par exemple, l'aile ne décolle pas en dessous de 8 noeuds de vent. Avec des ailes de traction à 4 fils, j'ai pu naviguer un peu de travers ou grand large: on peut remonter au vent, pas autant que des voiliers de course, mais un peu comme le faisaient les bateaux d'autrefois. Ca peut servir dans certains cas. Un petit bateau qui démâterait sans moteur, et se retrouverait en train de dériver, serait visible s'il pouvait envoyer un cerf-volant. C'est surtout valable pour les petites unités. Tant qu'on aura du pétrole en tout cas: ce sont des considérations économiques. Si un jour il n'y a plus de pétrole, on utilisera des systèmes hybrides, même sur des gros bateaux, comme des cargos, avec par exemple la force du vent en complément d'un moteur électrique."

Q: Quelles sont les difficultés que vous avez rencontrées ?

R: "Le 25 mars, après 3 semaines en mer, un câble du safran a cassé. C'est un peu le volant du kiteboat. J'ai réussi à bidouiller une réparation. Le lendemain, mon téléphone iridium m'a lâché et je n'ai retrouvé le contact avec mon équipe que samedi dernier. Ma réparation de fortune avait recassé le 2 mai, ça m'a obligé à fixer l'arrivée dans les Tuamotu au lieu de Papeete, car je ne voulais pas finir sur un récif corallien, en tentant de louvoyer entre les atolls: mon bateau, ce n'est pas que du matériel, comme pour tous les marins, il a une âme. Pour moi, avec cette arrivée en Polynésie française, j'ai quand même réalisé ce que j'avais envisagé pendant les deux ans de préparation. Pour ce qui est des autres soucis matériels, j'ai cassé pas mal de lignes d'ailes. Je l'avais prévu et j'avais huit jeux de lignes. J'ai déchiré une aile sur quatre. J'ai eu quelques soucis avec mon désalinisateur, ça a été une frayeur parce que sans eau, on ne tient pas longtemps dans l'océan."

Q: C'est un trajet peu emprunté par les navigateurs; avez-vous fait des rencontres particulières au cours de ce périple?

R: "Il n'y a personne ! On vit avec le soleil, les nuages, ce que l'océan nous apporte. J'ai croisé pas mal de plancton, des petits organismes, jusqu'à huit milles des côtes péruviennes. Quelques thoniers, quelques oiseaux: des frégates, des fous de Bassan. Après, plus rien. Pas de faune marine, ni le moindre bateau. Pas de pollution non plus. Pas une seule lumière à l'horizon jusqu'au 5 mai, où un cargo s'est dérouté pour aller à ma rencontre. Par rapport à l'Atlantique où j'avais fini par parler à la faune, c'était parfois un peu triste et monotone. J'ai encore plein d'envies, plein de rêves, je ne sais pas encore où ils vont me mener."

Propos recueillis par Mike LEYRAL

Anne Quéméré remporte son défi

Mercredi 18 mai 2011 - 21:20

La navigatrice quimpéroise Anne Quéméré qui avait entrepris le 3 mars au Pérou, une transPacifique inédite à bord de son "kite-boat" -un bateau de six mètres tracté par une voile de cerf-volant-, a remporté mercredi son défi et coupé la ligne d'arrivée dans l'archipel des Tuamotu en Polynésie Française, indique son service de communication.

Anne Quéméré a mis 77 jours pour couvrir une distance totale de 3792 milles nautiques (7032 km). Elle a coupé la ligne d'arrivée à 18h30 (heure française) entre les îles de Pukapuka et Napuka.

Son parcours prévoyait à l'origine une arrivée à Tahiti, un millier de km plus à l'Ouest, mais la navigatrice a dû le raccourcir en raison d'une rupture de sa commande de safran (gouvernail), rendant son embarcation peu manoeuvrable entre les atolls coralliens polynésiens.

"Ce voyage a été plutôt laborieux" a-t-il déclaré à son arrivée, en raison des avaries successives sur son gouvernail, puis la panne de son téléphone satellite.

Mais la navigatrice, pour garder le moral, s'est raccrochée à "une myriade de poissons volants" ou "un vol de puffins" pour tenir le coup.

"J'ai dans mes gênes une forte dose d'obstination, et c'est elle qui m'a permis de continuer ma route coûte que coûte avec le sentiment d'être en dehors du monde", conclue-t-elle.

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