Le film de l'exploit

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Le film de l'exploit

Lundi 21 janvier 2008 - 12:18

Après 57 jours, 13 heures, 34 minutes et 6 secondes, Francis Joyon pulvérise le record du tour du monde à la voile en solitaire. Récit en trois actes d'un parcours de plus de 26.000 milles nautiques avalé à 19,09 nœuds de moyenne.

Acte I : tout schuss

Francis Joyon s'élance de Brest le vendredi 23 novembre 2007 à 11h05 à bord de son trimaran IDEC. Pour battre le record de la Britannique Ellen MacArthur, IDEC doit accomplir sa giration planétaire en moins de 71 jours, 14 heures et 18 minutes, soit revenir avant le 3 février 2008 à 1h23. Francis Joyon pense alors mettre huit jours pour atteindre l'équateur. Mais dès le départ il tient des moyennes à 22 nœuds, enchaîne des journées à 500 milles. Le paysage défile : cap Finisterre le premier jour, passage entre Açores et Madère le deuxième, Canaries avalées au troisième, Cap Vert au quatrième. IDEC franchit l'équateur dès le vendredi 30 novembre, en 6 jours et un peu moins de 18 heures : deux jours de mieux qu'Ellen MacArthur et dix heures de moins qu'Orange II en équipage dans le Trophée Jules Verne !

Après 10 jours de course, le 3 décembre IDEC est déjà par le travers de Rio de Janeiro, avec 800 milles d'avance. Francis Joyon va chercher un petit centre dépressionnaire qui ouvre la porte vers le Cap de Bonne Espérance IDEC déboule dans l'Atlantique Sud avec un flux de nord. La "flèche rouge" allume à 25 nœuds de moyenne. Le 8 décembre, IDEC efface le cap des tempêtes en 15 jours, 7 heures et 16 minutes. Son avance grimpe à 4 jours.

IDEC s'attaque à l'océan Indien à toute allure : 560 milles, puis 600 milles par jour. Le 12 décembre, le voilà près des Kerguelen. Joyon pulvérise le record des 24 heures en solo : 616 milles à 25,66 nœuds de moyenne (record amélioré à 619 milles par Thomas Coville quelques semaines plus tard). Le dimanche 16 décembre, IDEC est au Cap Leeuwin, au sud de l'Australie, avec 7 jours d'avance. Le mardi 18 décembre, au Sud de la Tasmanie, Joyon bat le record de l'océan Indien en 9 jours et 12 heures, soit 3 jours de moins qu'Ellen MacArthur et seulement 59 minutes de plus qu'Orange II.

Acte II : un Pacifique de combat

Un anticyclone menace Joyon dans la traversée de son troisième océan, le Pacifique. Au sud de la Nouvelle-Zélande. Au 27e jour de course, IDEC est déjà à mi-parcours. Mais pour conserver des vitesses élevées et échapper aux calmes, il faut descendre, et donc s'approcher des zones où dérivent les icebergs. Pour faire son cap dans le Pacifique, IDEC devra descendre jusqu'à 59 degrés de latitude Sud alors que l'alerte glaces est à 52°. Mais la récompense est au bout. Le samedi 29 décembre, à 23h31, IDEC est au Horn. Le navigateur a quitté Brest depuis 35 jours. Son avance sur Ellen MacArthur est de 9 jours et demi.

Acte III : la remontée de tous les dangers

Dès la Terre de Feu, le coup de frein est brutal. IDEC est contraint de louvoyer au grand large de l'Argentine. Il faut se contenter de 300 milles par jour, voire moins. Du 4 au 8 janvier, le vent est résolument au Nord, dans l'axe de la route, et oblige le skipper morbihannais à multiplier les virements de bord. Pour Joyon, l'obsession est de toucher enfin les alizés d'Est qui permettront de refaire tourner les chronos dans le bon sens. Le 8 janvier, c'est chose faite. Le 9, il repasse au-dessus des 20 nœuds et malgré un blocage du safran babord (qui sera réparé assez vite), le bateau monte de nouveau sur un flotteur et file vers l'équateur. La ligne de séparation des deux hémisphères est franchie de nouveau le 10 janvier en 48 jours, 2 heures et 18 minutes, soit avec 12 jours et demi d'avance !

Mais dès le lendemain, on apprend que la drisse de grand voile a cédé et en montant au mât pour réparer, Francis Joyon découvre une avarie autrement plus grave : l'axe qui retient le hauban tribord se dévisse. Il risque le démâtage. Joyon se blesse à la cheville en escaladant deux fois, puis trois fois son mât, 32 mètres au-dessus de la une. Voilure réduite et route adaptée pour laisser le hauban sous tension – position dans laquelle il risque le moins de se s’arracher – IDEC parvient pourtant à poursuivre sa route. Les avaries s’enchaînent. L'étai de trinquette cède, une poulie transperce le pont. Le mercredi 16 janvier, Joyon réussit une quatrième ascension du mât et cogne au marteau sur la pièce traîtresse, pour la gripper définitivement. Il ne lui restera plus qu'à éviter les derniers pièges d'une dépression dans le golfe de Gascogne pour filer vers son extraordinaire exploit.

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