Les paris surveillés

Tennis / Masters de Paris-Bercy

Les paris surveillés

Les paris surveillés

Lundi 29 octobre 2012 - 9:55

Le Masters 1000 de Paris-Bercy, comme celui de Roland-Garros, est l'un des mieux surveillés au monde en terme de manipulation des résultats et de paris sportifs, scruté par les instances internationales et par une cellule de monitoring mise sur pied par la fédération française (FFT).

Combien parie-t-on sur le tennis?

En 2011, 12 millions d'euros de mises ont été engagés par des parieurs français sur les sites internet agréés par l'Arjel sur le tournoi de Roland Garros, contre 250 millions sur le seul site Betfair à l'étranger et au total un milliard d'euros dans le monde. Pour Bercy, le scénario est identique : 3 millions misés en France contre 210 à 230 millions sur Betfair.

"Roland Garros, c'est sans doute le tournoi le plus sûr au monde", assure Emilie Montané, directrice juridique de la FFT et cheville ouvrière du petit groupe de quatre personnes, d'astreinte 24 heures sur 24 durant les deux épreuves pour en assurer l'intégrité. En France, le tennis représente 23% des mises enregistrées, ce qui en fait le deuxième plus populaire derrière le football. "Sur Roland, on n'a aucune alerte. Les enjeux médiatiques et économiques sont assez puissants" pour prévenir les manipulations. "Sur Bercy, on en a quelques unes, très peu en fait, et presque toujours classées sans suite".

L'instruction de l'alerte une fois devenue véritable soupçon d'infraction, est en théorie confiée à la Tennis Integrity Unit (TIU), sorte de police du tennis, émanation de l'ITF, de la WTA et de l'ATP qui, outre ses missions préventives et disciplinaires, dispose de puissants moyens d'investigation auprès des joueurs qui signent sa charte en début de saison : fouille des disques durs, des mails, des sms... Sur Bercy et Roland-Garros, la TIU dirigée par Jeff Rees, un ancien de Scotland Yard qui a déjà fait le ménage dans le cricket, laisse les mains libres à la cellule fédérale composée de Frank Labat, Alex Loth et Nhi Killy et Emilie Montané.

Les Challengers ciblés

"On ne les intéresse pas beaucoup parce qu'on a les moyens de se débrouiller nous-mêmes", reprend cette dernière, détaillant les mesures prises sur les deux tournois : conservation des enregistrements de toutes les rencontres, observation des matches par d'anciens joueurs chargés de détecter des anomalies dans le comportement des joueurs, et heures passées sur les sites de paris en ligne à surveiller l'évolution des cotes et surtout leur logique.

Outre sa surveillance interne, concentrée sur les paris pris sur les sites agréés par l'Autorité de régulation française (Arjel) ou sur les sites non autorisés mais accessibles depuis la France, la FFT fait appel à Sportradar, une société suisse qui étudie les paris pris sur les deux tournois fédéraux sur 230 à 250 sites étrangers, grâce à un logiciel développé spécialement pour le tennis. "Ils surveillent les sites grâce à des algorithmes appliqués au tennis. En outre, ils ont un gros maillage d'informateurs et des accords avec de nombreux opérateurs qui répercutent les anomalies", reprend Mme Montané.

Le dispositif, en vigueur trois semaines par an, coûte 175.000 euros (hors frais de personnel) à la FFT pour un résultat nul... ou parfait selon les points de vue, puisque l'intégrité des deux tournois n'a jamais été entachée. "On ne considère pas du tout que c'est de l'argent jeté par les fenêtres, juge Emilie Montané (la loi autorisant les paris en ligne a instauré le "droit au pari", une taxe de 1% sur les mises, payée aux organisateurs par les opérateurs agréés par l'Arjel. Cette somme a représenté 160.000 euros pour Bercy et Roland-Garros en 2011, ndlr). C'est une question d'exemplarité. Si le haut de la pyramide ne donne pas l'exemple..." les petits tournois n'auront aucune raison de se protéger. Et il y a urgence, au vu des demandes de plus en plus insistantes des opérateurs agréés en France d'inclure dans l'offre de paris les tournois Challengers (tournois secondaires). Ceux dont les prize money ne sont souvent pas assez alléchants pour des joueurs moins bien classés tentés, peut-être, de se laisser manipuler.

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