Les hommes à suivre: Rafael Nadal
Samedi 4 février 2012 - 12:14
Suite de notre série consacrée aux hommes à suivre sur le circuit ATP cette saison. Découvrons la fiche de Rafael Nadal.
Raphael Nadal : Espagne, ATP rang 2, (03/06/1986), 1.86m, 85 kilos, professionnel depuis 2001. 46 tournois en carrière : (20 finales, 541V/116D), gains en tournois 45 064 67M $ (7.6 M $en 2011). Titres en 2011(3) : Roland Garros (Outdoor/Terre battue), Barcelona (Outdoor/Terre battue), ATP World Tour Masters 1000 Monte-Carlo (Outdoor/Terre battue), Davis Cup.
Mais que se passe-t-il dans la tête de Rafa ! Pour la première fois, le Majorquin a semblé en cette saison 2011 plus usé mentalement que physiquement. Professionnel depuis 2001, l’Espagnol serait-il aujourd’hui déprimé d’avoir à user ses paires de Nike sur mesure sur tous les courts de la planète ? Trois tournois glanés en 2011 (uniquement sur terre battue mais Roland Garros tout de même), plus une Coupe Davis, la saison du meilleur joueur de tous les temps sur la surface ocre n’a pas été à la hauteur de ses espérances. Même si le taureau de Manacor à remporté avec brio son sixième Roland Garros (égalisant par la même occasion le record de Borg), il a semblé le plus souvent plus énervé que satisfait de son jeu et pas très heureux de se retrouver sur un court de tennis. Jouant souvent très court et multipliant à des périodes bien précises de l’année les fautes directes (surtout durant la seconde partie de la saison), son niveau de jeu général a été assez loin de celui mis en place notamment durant 2008. Raphael Nadal serait-il alors sur la pente descendante alors qu’il ne compte que vingt six printemps au compteur ? De l’aveu même de l’intéressé, il semblerait que la réponse soit pourtant non ! Déprimé à quelques heures de la finale de la Coupe Davis remportée cependant avec Brio contre l’Argentine de Juan Del Potro, Nadal paraissait absent, répondant l’œil dans le vide à une horde de journalistes conscients du problème : « Je suis fatigué mais il n’y a pas de problème grave. Je suis un peu juste niveau forme, avec seulement quatre heures et demie d’entraînement, et je vais jouer un excellent joueur. Ce sera compliqué parce qu’il a de l’expérience et du talent. Et qu’il est dangereux quand il joue de manière offensive. Je ne serai pas à 100% de mon niveau sur terre battue, mais j’espère être compétitif. » Faut-il voir en cette réponse bateau l’aveu d’un homme qui est tout bonnement épuisé physiquement mais surtout psychologiquement après plus de dix ans passés sur le circuit au plus haut niveau ? A y regarder de plus près, le problème est peut-être plus grave qu’il n’y parait !
Une équation pas si simple à résoudre
Raphael Nadal le sait, il ne lui reste plus que quatre ans maximum au plus haut niveau dans les jambes ! A l’inverse d’un
Novak Djokovic qui est en pleine bourre ou d’un
Andy Murray qui n’a pas pour sa part débuté sa vraie carrière de champion (Trois finales perdues de Grand Chelem), le roi de la terre battue est au sommet de sa carrière professionnelle. Techniquement, il ne peut vraiment plus trop progresser, physiquement, il ne peut que décliner. Joueur atypique, véritable « bête » d’entrainement n’hésitant à pas à répéter ses gammes à la sortie même d’un match gagné si l’envie lui en prend, l’espagnol est semble t’il à un tournant de sa carrière. Désireux de tutoyer cependant les sommets du classement le plus longtemps possible, Raphael Nadal ne peut se permettre donc de relâcher tant soit peu la pression que cela soit tant dans sa préparation d’avant saison ou durant cette dernière. Le problème est qu’il semblerait que pour la première fois de sa vie de tennisman, Nadal ne soit plus aussi assidu à peaufiner son corps. Aux dires de son coach et oncle Toni, Raphael ne trouve plus toujours au quotidien le désir de se surpasser physiquement, action obligatoire s’il désire garder son niveau d’ensemble tennistique. Car Raphael Nadal ne peut-être tennistiquement à 100% si physiquement il n’est pas à 110%. Une simple baisse physique de 15% et c’est tout son jeu qui en pâtit ! Son fameux coup droit lasso qui renvoie l’adversaire derrière sa ligne de fond de court n’atterri plus que sur la zone de carré de service et forcement, son emprise sur le jeu n’est plus aussi forte. Alors, il devient un joueur « banal », incapable de dicter le jeu comme il aime si bien le faire. Alors bien sur, il est plus que logique de penser que l’ icône de chez Armani est un homme (presque !) comme les autres et qu’il ne peut 24 heures/24, pendant 30 ans, s’astreindre à huit heures de tennis par jour. Mais sans sa dose surhumaine d’aller/retour sur le court, il ne peut maintenir son niveau tennistique au summum. L’équation est donc posée, que faire pour la résoudre intelligemment. Faute de multiplier les heures d’entrainement, le problème est donc que Nadal voit petit à petit son physique décroitre et logiquement son niveau technique suivre la même courbe. Résultat, l’exercice 2012 pourrait très bien ressembler à un petit chemin de croix si ce dernier ne s’astreint pas plus de plages de repos et cela dans des moments bien spécifiques de l’année. Devra-t-il également moins jouer de tournois, faire l’impasse sur une partie de la saison sur terre battue afin d’être plus opérationnel durant la seconde partie de l’année ? Voici les questions que le Monkey Boy doit se poser s’il désire avoir une petite chance de redevenir le Rafa que l’on a tant connu et tant aimé.
Une nouvelle source de problèmes
S’il souhaite dans les années qui viennent (et déjà en 2012 !) venir décrocher de nouveau la place de numéro un mondial, il doit impérativement moins jouer d’avril à juillet. Le problème est que maintenant, il comptabilise la majorité de ses points ATP par le biais de sa surface de prédilection, la terre battue. Ne pouvant plus semble t’il rivaliser comme auparavant sur dur, indoor ou encore même gazon, l’équation n’est donc pas si simple à résoudre. Comment continuer à emmagasiner le même nombre de points ATP sur l’ensemble de la saison, en se privant des plus « simples » à se mettre en poche ? L’émergence au plus haut niveau de Novak Djokovic est évidement une nouvelle source de problèmes. Il y a encore un an, sa marge de manœuvre était plus grande puisque seul
Roger Federer pouvait en général le pousser dans ses retranchement. Même si le pirate Boy n’était pas à 100% toute l’année, son niveau était généralement suffisant pour parvenir le plus souvent en finale contre son plus émérite rival. Dorénavant, il doit composer avec des adversaires plus nombreux qui constatent qu’il n’est plus le Rafa d’antan imprenable, indomptable. Mais bon, connaissant l’homme, sa rage et son désir immuable de se surpasser pour relever les défis qui semblent les plus inaccessibles, ces nouveaux petits tracas seront peut-être sources d’une nouvelle inspiration et d’une motivation supplémentaire. Faut-il pour cela qu’il retrouve son lustre d’antan, c’est l’une des grandes énigmes de cette saison.
Eric Bourillot