Les hommes à suivre : Novak Djokovic

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Les hommes à suivre : Novak Djokovic

Les hommes à suivre : Novak Djokovic

Samedi 4 février 2012 - 12:26

Suite de notre série consacrée aux hommes à suivre sur le circuit ATP cette saison. Découvrons la fiche de Novak Djokovic.

Novak Djokovic : Serbie, (22/05/87), ATP Rang 1, 1.88m, 88 kilos. Professionnel depuis 2003, 28 tournois en carrière (14 finales, 394 V/111D), 33 millions $ de gains en carrière (12 619 803$ en 2011). Titres en 2011 : (10) US Open (Outdoor/Dur) , ATP World Tour Masters 1000 Canada (Outdoor/Dur) , Wimbledon (Outdoor/Herbe), ATP World Tour Masters 1000 Rome (Outdoor/Terre battue) , ATP World Tour Masters 1000 Madrid (Outdoor/Terre battue) , Belgrade (Outdoor/Terre battue) , ATP World Tour Masters 1000 Miami (Outdoor/Dur) , ATP World Tour Masters 1000 Indian Wells (Outdoor/Dur) , Dubai (Outdoor/Dur) , Australian Open (Outdoor/Dur).

N°1 mondial, victorieux de trois titres en Grand Chelem, cinq titres en Masters 1000 pour un bilan final de 70 victoires pour seulement 6 défaites, Novak Djokovic a écrasé de toute sa classe la saison 2011. Même si le Serbe titille les sommets depuis maintenant quatre ans, rien ne laissait présager que l’enfant terrible de Belgrade allait réaliser un tel parcours. Considéré comme un « vulgaire » faire valoir derrière les invincibles Federer et Nadal, destiné à ne ramasser que les miettes d’un duel unique dans le monde du sport moderne, Nollé s’est rebellé et à démontré à tous qu’il était devenu un des meilleurs joueurs de tous les temps. Pourquoi et surtout comment d’une saison sur l’autre, cet homme qui ne possède pas le meilleur service, ni le meilleur coup droit et encore moins la meilleur volée qui soit, a réussit pareil exploit. Dans le dessein de tant soit peu comprendre les raisons d’une telle « sorcellerie », il faut non pas remonter en décembre 2010 à l’occasion de sa superbe victoire en Coupe Davis contre la France mais à l’US Open un mois auparavant. Battu une nouvelle fois en finale (il avait déjà était finaliste en 2007 par Raphael Nadal en quatre manches (6-4, 5-7, 6-4, 6-2), Novak Djokovic se pose des questions. Détenteur de deux titres du Grand Chelem (Melbourne en 2008 et 2012), numéro trois mondial, le Serbe qui est déjà une véritable idole en son pays, se demande s’il demeurera à jamais dans l’histoire du tennis mondial qu’un protagoniste comme tant d’autres dans l’ombre du duo infernal. Que peut-il faire de plus techniquement et psychologiquement pour casser cette hégémonie qui commence doucement mais sûrement à lui saper l’existence. Changer son geste de service si souvent décrié pour son manque d’efficacité ? Raccourcir son coup droit afin de prendre la balle un peu plus tôt dans l’échange ? Changer d’entraineur afin de s’inventer un jeu plus agressif vers l’avant ? Torturé par l’obsession de devenir numéro un mondial depuis sa plus tendre enfance, Novak Djokovic se doit de trouver des solutions au plus vite s’il désire qu’un jour son rêve devienne réalité. Conscient tout de même que ses qualités tennistiques du moment l’ont tout de même conduit à la troisième place mondiale, le Serbe va avoir l’intelligence de ne changer aucun aspect fondamental de son jeu, mais de l’ajuster plus en adéquation avec ses besoins du moment.

Plus fort physiquement que Nadal


A ce niveau de la compétition, ce sont les petits détails qui font la différence ! Sachant ce fait, Djokovic va déjà commencer à s’occuper de son corps avant de penser à sa technique et à l’aspect psychologique qu’il compte mettre en place. Le temps des hamburgers, pizzas, pates et pain est révolu. Novak engage un nutritionniste et il s’en explique pourquoi : « On a changé mes habitudes alimentaires parce que je suis allergique à certaines choses comme le gluten. Voilà pourquoi, j'ai perdu un peu de poids et ça m'a aidé. Je bouge mieux sur le court, je me sens plus léger. C’est sûrement ce mélange de protéines qui, combiné avec l'amidon, forme l'albumine de la plupart des céréales, me donnait ces coups de pompes que je ressentais assez souvent outre le fait que je suis assez sensible à la chaleur. ». Un corps sain pour un esprit sain, Novak Djokovic peut enfin disposer d’un physique à la hauteur de ses ambitions. Interrogé sur le sujet au moment du tournoi de Roland Garros, Jo-Wilfried Tsonga raconte: « Il court plus vite, plus longtemps, et ne s’essouffle pas. Il a toujours la tête hors de l’eau. Moi je vois un mec qui est même meilleur que Nadal physiquement, chose qui semblait inconcevable il y a encore quelques mois !» Chose faite, le Serbe décide (au même moment !) d’entreprendre une seconde cure. Conscient que tennistiquement, il pouvait rivaliser sur la majorité des surfaces avec Federer et Nadal, il comprend assez vite que sans l’aide d’un mental à toute épreuve, il ne pourra jamais satisfaire son appétit de conquêtes. Cette fois, nulle besoin de médecin en tout genre ou de psychologue à cent cinquante euros la consultation, le travail mental qu’il décide de s’imposer va devoir se réaliser personnellement. « J’ai toujours su depuis mon arrivée sur le circuit professionnel que je pouvais battre les meilleurs joueurs. Le problème, c’est que depuis que je suis numéro trois mondial, j’arrive sur le court avec la sensation que je ne peux pas rivaliser mentalement avec Nadal et Federer. Résultat, contre eux, je ne lâche pas mes coups et limite, j’arrive perdant sur le court avant même l’échauffement. J’ai réalisé un énorme travail sur moi-même me répétant jour après jour que mentalement, je pouvais être aussi fort que ces deux immenses champions. Même si la victoire en Coupe Davis m’a énormément apportée, c’est ce travail mental débuté dès l’automne 2010 qui m’a permis d’être là où j’en suis actuellement ! » Même s’il demeure presque inconcevable que Novak Djokovic est vraiment entreprit ce travail seul, force est de constater que les résultats furent stupéfiants. « Quand on joue contre des joueurs d’exception comme Nadal ou Federer, le match ne débute pas au premier point du premier jeu. Il commence à l’entrainement, dans les vestiaires, à l’échauffement mais également à l’entrainement ! Il y a encore peu, je faisais l’erreur de croire que la préparation d’un match était dissociable du match en lui-même. Résultat, je n’arrivais pas prêt mentalement à l’heure dite et logiquement, je perdais ! »

Le dernier ingrédient qui a permis à Djokovic de passer le cap est évidemment technique. Le retour à son ancien geste de service à été une bénédiction. Dans l’optique d’acquérir quelques kilomètres heures supplémentaires et plusieurs points « gratuits », il avait fait appel un certain temps au bombardier Canadien, Greg Rusedski. Il se raconte même qu’en compagnie de son entraineur, Marian Vajda, les deux hommes avaient étudié à la loupe le geste si particulier et pourtant si efficace de l’as des aces, Goran Ivanisevic. Malheureusement, les résultats ne furent vraiment pas probants, le Serbe multipliant les doubles fautes tel Lionel Messi qui compile les buts. Interrogé sur le sujet, il expliquait les raisons de cet échec: « Je sais, j'ai voulu changer un truc technique dans mon service cette saison et ça ne va pas. C'est ce qui arrive quand il y a trop de gens qui mettent leur grain de sel dans votre jeu. Après c’est le bordel dans ta tête. Je veux revenir à mon ancien geste même si ce dernier ne me permettra jamais de faire quinze aces par match » Service partiellement retrouvé, il s’attèle également à modifier son placement sur le terrain. Trop loin de sa ligne de service pour imprimer sa propre cadence à l’échange, Nollé décide qu’il n’est plus temps de reculer : « Quand je regarde jouer Federer ou Agassi, c’est comme si j’observais un match de ping-pong ! Ces deux joueurs n’acceptent pas de reculer, ce qui leur permet de ne pas subir. Le tennis est un jeu de «gagne-terrain » et je me suis forcé un peu contre nature à me rapprocher de la ligne de fond de court d’une cinquantaine de centimètres. C’est bête à dire, mais cela à tout changé ! Aujourd’hui, le patron sur le court, c’est moi ! »

« Limite, j’aurais dû arrêter ma saison fin septembre… ! »


Toutes ces bonnes résolutions mises bout à bout ont donc permit au Serbe d’élever son niveau de jeu et d’enregistrer de janvier à mai, quarante et une victoires consécutives (à une unité du record de John McEnroe). Service retrouvé, jeu de fond de court précis, physique de « déménageur », Djokovic a également énormément travaillé son retour de service, coup qu’il maitrise dorénavant parfaitement et qui lui permet de prendre très tôt le jeu à son compte (39% de jeux de retour gagnés, numéro un à cet exercice sur l’année 2011). Lucide sur ses nouvelles forces, il a ainsi pu déployer pendant les six premiers mois de l’année un tennis ahurissant. C’est simple, jusqu’à la demi-finale perdue contre Roger Federer (7-6, 6-3, 3-6, 7-6), Djokovic a enquillé trente sept victoires de rang et gagné les sept tournois qu’il a disputé. Ne pouvant suivre ce rythme insensé, il s’est légèrement « écroulé » après sa victoire à Wimbledon. « Je n’aurais pas dû participer à la totalité de la tournée américaine qui précède l’US open. Mais que voulez-vous, je me sentais invincible ! C’est une sensation qui n’arrive peut-être qu’une fois dans la vie d’un joueur professionnel et je souhaitais absolument en profiter jusqu’au bout. Même si j’ai gagné l’Open des Etats-Unis, je savais que tôt ou tard mon corps et mon esprit allaient m’abandonner. Limite, j’aurais dû arrêter ma saison fin septembre pour me concentrer uniquement sur la finale de la Coupe Davis. » Carbonisé physiquement et mentalement, Novak Djokovic termine 2011 clopin-clopant mais fort d’une ration victoires/défaites de 70/6 sur l’ensemble de la saison. Maintenant, la question que l’on est en droit de se poser est de savoir si le natif de Belgrade pourra réitérer en 2012 son formidable parcours.

Plus de 4 000 points d’avance au classement ATP


Cette saison, particulièrement difficile pour les organismes avec l’ajout des jeux Olympiques au mois de juillet va être très dure à gérer pour les organismes des tous meilleurs. Ne pouvant que perdre des points au classement jusqu’au jour des demi-finales de Roland Garros, Novak Djokovic n’a que deux alternatives qui s’offrent à lui. Soit, il décide de suivre le même calendrier que l’année dernière, espérant calquer ses résultats sur ceux de 2011. Soit il décide de l’alléger, privilégiant la récupération, quitte à perdre quelques points au classement en début d’exercice pour peut-être les reprendre durant les six derniers mois de l’année. L’équation est simple, Djokovic possède à l’heure actuelle 13 630 points ATP, Nadal 9 595 et Federer 8 170. Sachant qu’il mettra en jeu jusqu’à la demi finale de Roland Garros plus de 6 000 points, Nadal à peu près 3 000 et Federer 1 500, il ne serait pas illogique de croire que le serbe à cependant une petite marge de manœuvre sur ses poursuivants s’il continu sur le même niveau de jeu qu’il à démontré ces derniers mois. N’ayant fait l’impasse que sur l’Open de Monte Carlo en 2011, Novak Djokovic ne pourra au mieux que récupérer les 1 000 points attribués au vainqueur de ce tournoi pendant les six premiers mois de l’année. A part ses victoires à Wimbledon et à L’US Open, le Serbe est vierge de tout autre résultat durant la seconde partie de la saison. Il serait donc peut-être intelligent de privilégier tant soit peu la tournée américaine ainsi que celle qui se déroule à la suite de l’US Open en Asie. Maintenant, le problème est qu’il est obligatoire sauf avis médical contraire (et une règle spécifique au joueur qui sont sur le circuit depuis plus de 10 ans), de participer à l’ensemble des Masters Series de la saison (9). Ne pouvant donc glaner aucun points ATP durant les six premiers mois de l’année en étant presque obligé d’appliquer le même calendrier que celui de 2011, il sera donc très difficile au serbe de renouveler son extraordinaire saison. Blessé au dos en fin d’année, sa victoire au tournoi exhibition d’Abou Dhabi il y a dix jours est trompeuse tant le niveau de jeu de ses principaux concurrents était en deçà de leurs réelles valeurs. Tout dépendra en fait de son état de forme du moment et de sa fraicheur mentale. Souhaitant démontrer à tous que son hallucinante saison 2011 n’était pas due en partie au fait du relatif déclin de Nadal et de Federer, mais d’une certaine forme de renaissance, Novak Djokovic abordera l’Open d’Australie avec le couteau entre les dents. Heureux comme un gamin de tout ce qui lui arrive, il ne faudrait pas non plus qu’il se disperse trop hors du court en multipliant les opérations commerciales en tous genres comme il l’a tant fait dans la seconde partie de la saison. De plus, est-ce que le physique sera à la hauteur de ses envies de reconquête ? Etant tout en haut de la « montagne », il ne peut qu’en redescendre ! Confirmer un résultat est souvent bien plus difficile que d’y accéder la première fois. Comment réagira-t-il si par mégarde ses premiers matchs ne sont pas à la hauteur de ses espérances ? C’est la grande équation qu’il sera surement le premier à tenté de résoudre et qui tiendra en haleine ses milliers de fans à travers le monde.

Eric Bourillot

Fiche Stats

SerbieATP1

Novak
Djokovic
Serbie
25 ans
1.88m, 80kg
Droitier
Revers à à deux mains

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