Angelo (Clovis Cornillac) ne vit que pour la boxe Thaï. Ecarté injustement des championnats, il tue accidentellement le challenger dans un combat de rue. Six ans après, à sa sortie de prison, c'est une épave. Mais par amour, il va changer, devenir un autre, une machine à cogner, à prendre des coups, à combattre. Il va devenir Scorpion, un adepte du free fight, une discipline de combat ultraviolente où toutes les techniques de combat sont permises.
Scorpion, de Julien Séri, Bac Vidéo, Edition collector 2 DVD (5 heures de suppléments) + 1 CD audio.
Avec Clovis Cornillac, Karole Rocher, Jérôme Le Banner
8 semaines de tournage, dont 1 semaine et demi de combat pour "cette histoire d'amour qui naît dans la douleur". A l'occasion de la sortie DVD du film Scorpion chez BAC Vidéo, le réalisateur inspiré Julien Séri explique à La Lettre de l'économie du sport pourquoi son film, qui traite de combats clandestins de free fight, a dérangé "tous azimuts".
-Comment s'est fait le film ?
- Le film m'a été proposé. Comme je pratique les arts martiaux depuis l'âge de 4 ans, et notamment le Kyokushinkai (1), le sujet m'a immédiatement parlé. Je baigne dans l'univers des sports de combat. "Scorpion" est un film de commande, mais j'aurais très bien pu écrire le scénario.
- Le free fight (2) est un sport très dangereux si l'on s'en réfère à votre film…
- Pas tant que ça ! On va faire un comparatif. En boxe anglaise, il y a 59 morts déclarés en moyenne par an à l'occasion de combats encadrés. 0 en free fight. Il ne faut pas oublier que les hommes qui pratiquent cette discipline de combat sont des professionnels. "Scorpion" est une fiction qui traite de combats clandestins de free fight, d'où leur extrême violence. Je le dis et je le répète : "Scorpion" est une fiction ! Je ne prétends pas que les combats clandestins n'existent pas en France. Loin de là. Il y a toujours eu des gars suffisamment "couillons" pour se foutre sur la tronche dans la rue. "Fight Club" s'inspirait d'ailleurs de cette tendance. Mais il faut cesser de faire des raccourcis faciles. Le free fight est un sport extrêmement controversé. Mais j'insiste sur le fait qu'il est, à mon sens, moins dangereux que la boxe anglaise. Dans un combat de boxe anglaise, tu portes des gants et tu vises la tête. Les coups sont amortis, mais à force d'encaisser, tu finis par avoir mal au cerveau… Et c'est vraiment le mot. Tu finis par avoir mal au cerveau ! En free fight, où toutes les techniques de combat sont permises, si le coup est porté, tu fais dodo. C'est aussi simple que cela ! C'est plus sain en fait. Cette discipline a été diabolisée en France, qui reste le seul pays au monde à l'interdire sur son territoire.
- Pourquoi la discipline est-elle interdite en France selon vous ?
- Sincèrement ? Je pense que les fédérations sportives qui gèrent les différents sports de combat que nous connaissons aujourd'hui sont effrayées par la discipline. Le free fight est la synthèse de tous les arts martiaux existants. Si le free fight devient légal en France, il y a fort à parier que des fédérations comme le judo ou le karaté perdront énormément de licenciés. Le free fight, c'est l'art ultime. Pour dire à quel point la discipline est proscrite en France, quand nous avons fait la promotion du film lors de sa sortie en salles sur TF1, nous n'avions pas le droit d'employer le mot "free fight". C'est assez surréaliste.
- Si la discipline est interdite en France, comment peut-on dès lors la pratiquer ?
- Les adeptes la pratiquent sous couvert d'un autre sport. Des clubs qui officiellement enseignent le judo ou le jujitsu enseignent en fait le free fight. Et il y en a beaucoup… je peux vous l'assurer.
- Clovis Cornillac, qui joue le rôle principal du film, a-t-il dû suivre un entraînement particulier ?
- Oui, absolument. Il s'est entraîné avec acharnement pendant 10 mois, 4 heures par jour. Clovis a accepté de se faire mal. Il ne s'est jamais plaint. Pourtant il a pris des droites de Jérôme Le Banner et est tombé plusieurs fois KO. Il me disait toujours "C'est le minimum ! C'est normal !" Il avait trois coachs personnels. D'abord un entraîneur physique, qui le suivait partout dans ses déplacements. Son rôle était d'assécher Clovis afin de lui donner une stature physique qui corresponde, à peu près, à celle d'un combattant de free fight. Clovis Cornillac a perdu une vingtaine de kilos pour le film. Ensuite Bertrand Amoussou, six fois champion du monde de ju-jitsu, lui a enseigné les rudiments du free fight. Enfin Alain Figlarz, le chorégraphe du film, s'est chargé d'adapter le free fight au cinéma, avec l'aide de Clovis. Le free fight est une discipline très spectaculaire mais pas forcément agréable à regarder, notamment au sol. Faire un film sur un sport non télégénique peut rapidement devenir problématique pour un réalisateur !
- Vous avez eu des réactions du milieu du free fight sur votre film ?
- Oui, et la plupart étaient très mauvaises. Beaucoup m'ont dit que je n'avais pas traité le free fight avec justesse. Le film peut donner matière à discuter dans la mesure où je traite de combats clandestins ultras violents. Mais encore une fois, "Scorpion" est un film, pas un documentaire ! Et ce n'est certainement pas à moi à redonner ses lettres de noblesse à la discipline. Une partie des combattants de free fight l'ont donc mal perçu. Certains espéraient que le film serve la discipline en France… qu'elle soit mieux perçue et finisse par devenir légale, qu'elle ait sa propre fédération. Mais ce n'est pas mon rôle.
- Vous pensez sérieusement que demain il peut se créer une fédération de free fight en France ?
- Bien sûr! J'en suis persuadé. Un signe qui ne trompe pas. Les DVD de free fight sont les DVD les plus vendus dans les kiosques à journaux. C'est bien la preuve qu'il existe un réel intérêt pour ce sport ! Sur Dailymotion, c'est pareil. Les vidéos les plus visionnées sont celles qui traitent de combats de free fight. La discipline fait peur, c'est tout. C'est drôle, parce qu'au delà du sport lui même, il y a plus de risque à aller voir un match de foot au stade que d'assister à un combat de free fight, où les spectateurs ont un comportement irréprochable.
- "Scorpion" n'est pas "politiquement correct" et a dérangé lors de sa sortie…
- C'est certain. Le sujet a effrayé tout le monde. Interdit en salles aux moins de 12 ans. Les exploitants nous ont boycotté… on a eu 6 salles à Paris. 3 semaines à l'affiche. A la fin de la première semaine, on avait déjà perdu la moitié des salles. C'est un film à petit budget (Ndlr : 3 millions d'euros, ce qui équivaut à la production d'un "Navarro"), réalisé à la force du poignet, qui a été présenté comme un film d'auteur et traité comme tel. C'est dommage ! Nous avons tout de même enregistré 240.000 entrées. C'est loin d'être un échec. C'est même un joli score au regard du temps d'exploitation et de la taille des salles dont nous disposions.
1 Sport de combat créé en 1955 par Oyama Masutatsu (né en Corée en 1923). C'est une forme de karaté à la fois très dure et très efficace, dans laquelle les positions sont naturelles et les techniques enchaînées rapidement pour réduire la résistance de l'adversaire. Le kyokushinkai laisse une grande place aux exercices respiratoire (kokyu) et à des mouvements interdits en karaté, mais qui peuvent se révéler très efficace lors de combats réels.
2 Le free fight, ou «combat libre», est un subtile mélange de plusieurs sports de combat ayant pour but de se rapprocher au mieux des combats sans règles. Les techniques de frappe sont souvent issues de la boxe thaïlandaise et les techniques de soumission issues du Jiu-Jitsu brésilien. Le free fight demande une maîtrise parfaite des clés articulaires, des étranglements et des percussions aussi bien debout qu’au sol.




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