Le Stade Français au bord du gouffre

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Le Stade Français au bord du gouffre
La FACEM, c'est quoi ?

Au fond du troisième et dernier étage d'un immeuble commercial modeste magnifié par un restaurant fier de ses "serveuses sexy", sur une autoroute passante de l'est de Montréal, se tapit la FACEM, fondation controversée qui devait renflouer les coffres du Stade Français. Sur la porte d'un local est écrit FACEM (Fondation pour l'amélioration des conditions de l'enfance dans le monde), une organisation qui devait apporter 12 millions d'euros au capital du Stade Français pour sauver le club de l'enfer financier.

La FACEM n'est pas une organisation caritative, mais une fondation privée inscrite au registre canadien des entreprises "sans capital-actions" ce qui l'autorise à poursuivre "sans gain pécuniaire pour ses membres" des activités à "caractère national, patriotique, religieux, philanthropique, charitable, scientifique... ou sportif". La Fondation peut financer des activités sportives mais pas en tirer un bénéfice. Surtout, elle ne peut émettre des reçus d'impôts comme le font les organisations caritatives.

L'adresse de la Fondation, au 6000 boulevard Métropolitain Est, au troisième étage d'un édifice comptant un resto-bar "Houster", version locale de la chaîne américaine Hooters reconnue pour les attributs de ses serveuses, est celle aussi de plusieurs autres sociétés, dont MaxMinute et Voxcitel. Ces deux groupes offrant des services de téléphonie mobile sont aussi présidés, comme la FACEM, par Job Ariste, un jeune homme d'affaires d'origine haïtienne.

Voxcitel a reçu par le passé un financement public afin de se lancer en affaires, dont 10.000 dollars (7.100 euros) l'an dernier provenant de la Corporation de la relance économique et communautaire (CREC) du quartier St-Léonard de Montréal.

"On avait appuyé l'entreprise dans le cadre d'un démarrage d'entreprise", explique à l'AFP Véronique Fenocchi, présidente du CREC, soulignant les qualités du projet et de l'équipe de M. Ariste. Ce dernier avait partagé les 10.000 dollars avec son associé principal Jeff St-Louis, a-t-elle précisé.

Comment un entrepreneur québécois ayant reçu environ 3.600 euros pour démarrer son entreprise peut-elle injecter, via sa fondation, 12 millions un an plus tard dans un club de rugby en France? Success Story ou Escroquerie?

Bernard Laporte s'était associé à la FACEM au sein de la société "Rugby développements", qui devait prendre 66% du capital du club pour 12 millions d'euros. "C'est une escroquerie très classique. Quand les gens sont dans une situation difficile; on vous promet beaucoup d'argent mais il faut payer des frais. Alors vous payez des frais mais vous ne voyez jamais l'argent. C'est ce qui est arrivé à Bernard Laporte et pour nous, ça nous met dans une situation catastrophique", a déclaré Max Guazzini.

Contacté depuis plusieurs jours via courriel, personnes interposées, et messages vocaux, M. Ariste n'a jamais répondu aux sollicitations de l'AFP, se contentant de commenter l'affaire dans un article du grand quotidien canadien The Globe and Mail. "On nous a donné seulement deux semaines pour boucler la transaction. Une entente de la sorte ne peut se conclure aussi rapidement. Nous avons aussi donné des garanties financières, je ne vois pas pourquoi les gens paniquent", a confié M. Ariste. Ce dernier a soutenu, peu avant le dépôt d'une plainte pour escroquerie, que les fonds étaient sur un compte à Londres et qu'ils allaient être transférés plus tard à la société Rugby développements. Appelé par la suite à commenter la plainte qui le vise, M. Ariste a écrit au journal: "Nous n'avons peur de rien, la vérité triomphera des mensonges".

Le Stade Français au bord du gouffre

Mercredi 22 juin 2011 - 20:50

Le Stade Français, victime de la Fondation canadienne FACEM qui n'a pas versé les 12 millions d'euros promis pour devenir actionnaire majoritaire, est engagé dans une course désespérée pour trouver un repreneur avant lundi, sous peine de rétrogradation ou pire, de dépôt de bilan.

L'enjeu est simple. Le Stade Français dispose de quatre jours pour trouver 6,6 millions d'euros, avant son audition lundi devant le Conseil supérieur de la Direction nationale d'aide et de contrôle de gestion (DNACG) de la Ligue nationale (LNR).

"Si on ne trouve pas l'argent, on est foutu. On sera rétrogradé en Fédérale 1 (3e division)", a indiqué à l'AFP Max Guazzini, le président du club, précisant que, dans ce cas, le club serait "forcément" contraint de déposer le bilan.

Sur France Info, il a concédé que le club était à la recherche de 6,6 millions d'euros.

"Tout le monde peut venir au Stade Français. Soit pour intégrer le tour de table, soit pour prendre la majorité du club. (...) Moi, je partirai, je cède la place à qui la voudra bien", a lancé Max Guazzini.

Si aucun repreneur n'est trouvé, le club, confronté à un déficit d'au moins 5 M EUR au terme de la saison 2010-2011 à la suite notamment de la faillite de sa régie publicitaire Sportys, sera contraint au dépôt de bilan, et sera rétrogradé en Fédérale 1.

Autre alternative: un (ou plusieurs) repreneur(s) se manifeste(nt). Dans ce cas, la DNACG peut, en fonction des garanties bancaires apportées, choisir de maintenir le club en Top 14 ou de le rétrograder en Pro D2.

"Laporte avait versé 183.000 euros"

Pour éviter une issue fatale, les dirigeants parisiens tentent de mettre en place un nouveau tour de table. "Il y a des pourparlers, c'est tout ce que je peux dire à ce stade", a lâché Max Guazzini.

Le président du Stade Français affirme être "tombé sur la tête" en découvrant que la Fondation canadienne FACEM (Fondation pour l'amélioration des conditions de l'enfance dans le monde) n'avait pas versé lundi comme escompté les 12 millions d'euros qui devaient lui permettre de prendre 66% des parts, via la société "Rugby développements", montée en collaboration avec Bernard Laporte.

L'ancien entraîneur du XV de France et Max Guazzini ont porté plainte mardi pour escroquerie et une personne de nationalité camerounaise a été placée en garde à vue mardi par la police judiciaire parisienne.

"On n'avait aucune raison, on ne voyait pas la raison de l'escroquerie, on ne voyait pas pourquoi ce serait faux, il fallait être fou. Et en fait on a compris", a indiqué Max Guazzini, lorsque le Stade Français s'est aperçu que "Bernard Laporte avait versé une somme de 183.000 euros" pour s'associer à la FACEM.

Dans la nouvelle organisation dévoilée le 7 juin, Bernard Laporte, ex-secrétaire d'Etat aux sports et entraîneur du Stade Français (1995-1999) était administrateur du club. Il avait activement participé à la campagne de recrutement, attirant une vingtaine de joueurs, parmi lesquels l'ex-All Black Byron Kelleher.

Il s'était également fermement opposé au départ du centre international Mathieu Bastareaud vers Toulon.

Les déboires du Stade Français sont suivis avec intérêt par le club de La Rochelle, qui serait repêché en Top 14 en cas de rétrogradation en Pro D2 ou de dépôt de bilan, synonyme de Fédérale 1.

Sollicité par l'AFP, le Stade Rochelais n'a souhaité faire "aucun commentaire pour le moment".

Revol : "Une affaire mauvaise pour le rugby"

Pierre-Yves Revol, président de la Ligue nationale de rugby (LNR), a estimé mercredi que l'imbroglio autour de l'actionnariat du Stade Français constituait "une affaire mauvaise pour le rugby en général et pour le rugby professionnel en particulier".

"Le Stade Français a pris une part considérable dans l'émergence du rugby professionnel. Ensuite, dans cette affaire, certaines personnes ont sans doute péché par excès d'enthousiasme devant une perspective d'argent facile et ont fait preuve d'une grande naïveté. C'est une affaire mauvaise pour le rugby en général et pour le rugby professionnel en particulier", a déclaré M. Revol à l'AFP.

Concernant un éventuel repêchage de La Rochelle en cas de rétrogradation administrative du Stade Français, Pierre-Yves Revol a déclaré: "Le conseil supérieur de la DNACG (direction nationale d'aide et de contrôle de gestion) se réunit lundi. Cette procédure est en outre susceptible d'appel. Ce n'est qu'à partir d'une décision ferme que le processus s'enclenchera".

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