Bernard Laporte le "touche à tout"
Lundi 12 septembre 2011 - 16:17
Bernard Laporte, nommé lundi manager du RC Toulon, est un boulimique: rugby, affaires, médias et politique, domaines dans lesquels il a toutefois diversement réussi.
D'aucuns pourraient voir une sorte de déclassement dans le cheminement de l'ex-secrétaire d'Etat, ex-sélectionneur de l'équipe de France, appelé à la rescousse d'un club de Top 14 dans une mauvaise passe.
Dans l'esprit de Bernard Laporte, au contraire, le trajet est logique. "Son passage au gouvernement ne l'a pas changé. Il aime viscéralement le terrain et n'a jamais renoncé à l'idée de s'impliquer à nouveau dans un club", dit un proche conseiller de l'époque "ministre".
Il était sorti sans gloire du gouvernement, en juin 2009, après un mandat très contrasté durant lequel il a certes fait avancer quelques dossiers -harmonisation européenne, statut professionnel- mais surtout détonné dans un milieu peu habitué à ses manières et son langage ("Je ne suis pas le père de l'enfant de Rachida Dati"). Depuis, il a tenté vainement de renouer avec le rugby de club, tout en conservant son goût de la politique et son appétit pour les affaires.
On l'a d'abord vu quelques semaines "conseiller" à Bayonne, avant un clash avec le président de l'époque. On l'a retrouvé au printemps "sauveteur" du Stade Français empêtré dans les difficultés financières, avant d'apprendre que le club et lui-même s'étaient fait gruger par de vrais-faux investisseurs.
Depuis lors, sa disponibilité -malgré ses interventions régulières sur RMC et Canal Plus- n'avait échappé à personne, surtout pas à Mourad Boudjellal, président de Toulon, en délicatesse avec son manager Philippe Saint-André, futur sélectionneur du XV de France.
A 47 ans, le Tarnais a toujours mélangé les genres, les trajectoires, et les passions. Celle qui le lie au rugby est la plus tenace, depuis ses débuts à Gaillac (Tarn).
Nouvelle dimension
En 1984, Laporte rejoint Bègles-Bordeaux. Demi de mêlée, il y passe des heures à refaire les matches, imaginer des combinaisons, captive ses coéquipiers, parmi lesquels son copain d'enfance Vincent Moscato. Capitaine, il mène les Girondins au titre de champion de France en 1991.
Deux ans plus tard, il devient entraîneur du Stade Bordelais, puis du Stade Français. Sous la direction de
Max Guazzini, le président parisien, il hisse le club du groupe B (3e division) au titre national en 1998.
Parallèlement, Laporte l'opportuniste s'ouvre au monde, grâce à l'entregent de Max Guazzini, proche d'hommes politiques, de Nicolas Sarkozy à Bertrand Delanoë, et d'artistes. Il se lance dans les affaires, diversifiant ses investissements dans des exploitations viticoles, restaurants, campings et même casinos.
La boulimie affairiste de Laporte, actionnaire d'une vingtaine de sociétés et qui avançait alors des revenus publicitaires de 700.000 euros par an, agace ses collègues du gouvernement au moment de son intronisation en octobre 2007. Mais toutes les enquêtes et plaintes à son encontre feront long feu.
Entre temps, sa longévité (1999-2007) à la tête du
XV de France lui a donné une nouvelle dimension. Entraîneur sans jamais avoir été international, il suscite des jalousies par sa verve, sa médiatisation et son style de jeu pragmatique. C'est avec ces ingrédients qu'il conduit le XV de France vers deux Grands Chelems dans le Tournoi des six nations (2002 et 2004), mais deux quatrièmes places en Coupe du monde (2003 et surtout 2007 à domicile).
Sélectionneur du XV de France,
Bernard Laporte est devenu une proche connaissance de Nicolas Sarkozy dont il partage parfois les footings. C'est le président de la République qui, en l'appelant en 2007, en fera une célébrité au-delà du monde du sport.
