Sport et environnement : les écueils à éviter

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Sport et environnement : les écueils à éviter

Jeudi 27 avril 2006 - 12:20

La séance plénière du salon Cité Sport de Caen, organisée jeudi 13 avril par la rédaction de La Lettre de l'économie du sport, était consacrée à la thématique "Sport et environnement". Daniel Barthélémy, pour le motocycliste, et Sylvain Wild, pour le golf, ont notamment dénoncé les effets pervers pour leurs disciplines d'une application stricte des mesures de protection de l'environnement. De même, Léonce Deprez, député-maire du Touquet, et Jean-François Quéré, au nom du ministère de l'écologie et du développement durable, ont expliqué comment respect de l'environnement et pratique sportive étaient loin d'être incompatibles.


La Lettre de l'économie du sport n°794

Le sport entretient avec l'environnement des rapports plus complexes qu'il n'y paraît au premier abord. Le cas des sports motocyclistes est à ce titre tout à fait caractéristique. "Définir des chemins réservés aux sports motorisés, c'est concentrer tous les problèmes au même endroit", déplore Daniel Barthélémy, DTN de la Fédération française de motocyclisme (FFM). En effet, pour régler les "conflits d'usage" entre les différents visiteurs des espaces naturels, et notamment les divers pratiquants de sports nature, les préfets sont de plus en plus réticents à autoriser les sports motocyclistes. Le Plans départementaux d'itinéraires motorisés (PDIRM), mis en place progressivement par les départements, traduisent cette politique par une mise à l'écart des sports motorisés. La "jurisprudence de carrossabilité" est passée par là : si une voiture ne passe pas par le chemin, celui-ci est interdit à tout véhicule motorisé ! Une conception stricte qui entraîne quelques excès. "En Alsace, le projet de "chemin" réservé aux sports motorisés comptait 6 km de bitume", explique Daniel Barthélémy.

Les limites de la politique du "pollueur-payeur"

Cette mise au ban des sports motorisés hérisse la FFM, qui se sent victime des non-licenciés, notamment depuis l'avènement du quad. "Ces nouveaux utilisateurs n'ont pas de culture du sport propre, cette ouverture s'est faite sans mesure d'accompagnement", déplore le DTN. Frappée de plein fouet par la circulaire Nelly Olin du 6 septembre 2005 qui limite considérablement l'usage des quads dans les espaces naturels, la FFM a néanmoins su réagir en lançant des initiatives pour sensibiliser ses licenciés. Reste que le Guide Randonnée Verte et l'opération "Je roule nature" sont mises à mal par cette "pression". De même, la FFM attire l'attention sur le coup d'épée dans l'eau que pourrait constituer le projet de "timbre vert", inspiré de la politique du "pollueur-payeur". Si demain, seuls les licenciés, via une taxe prélevée sur leur licence, s'acquittent de ce timbre, ils seront incités à pratiquer sans licence !

Dans un tout autre domaine, le golf subit lui aussi depuis quelques années une charge de la part des défenseurs de l'environnement. Comment justifier en effet, durant les périodes de sècheresse, de consommer de l'eau pour arroser un parcours, et plus particulièrement les greens et fairways ? Mais le problème est résumé d'une phrase par Sylvain Wild, représentant de la ligue de Golf de Basse Normandie : "Si vous n'arrosez pas un green tous les soirs, il est mort." Appliquer de façon stricte les mesures de restriction d'eau auraient donc des conséquences catastrophiques pour le golf. "Un green coûte en moyenne 150.000 euros", précise Sylvain Wild. Aussi, pour prévenir la prochaine sécheresse, la Fédération française de golf (FFGolf) a signé avec le Ministère de l'écologie et de l'environnement durable une "charte de l'eau", qui vise à réduire la consommation d'eau des golfs de 30% d'ici 3 ans en échange d'un maintien de l'arrosage des greens, y compris lors des pics nécessitant des mesures de restriction (voir La Lettre de l’économie du sport n°787).

"L'espace dunaire est devenu vert grâce à l'Enduro"

On l'a compris, la répression n'est pas le moyen le plus efficace. Léonce Deprez, député maire de la ville du Touquet, combat depuis 30 ans les associations écologistes qui tentent par tous les moyens de faire annuler le célèbre Enduro du Touquet. "Jusqu'à cette année, nous en étions arrivés à l'extrémité suivante : nous faisions en sorte que le préfet n'autorise la course que trois jours seulement avant celle-ci, de sorte que les procédures de référé soit impossible !" Pourtant, l'élu se défend de nuire à l'environnement. "Nous menons d'abord une politique d'environnement. L'Enduro est une exception", ajoute Léonce Deprez, qui précise que la moto est interdite toute l'année sur les plages, sauf le jour de l'Enduro.

Chacun s'accorde sur le fait que pratique sportive et préservation de l'environnement doivent être conciliés, mais dans le cadre d'une politique globale. "Le sport doit s'intégrer dans le développement durable", résume Jean-François Quéré, directeur régional Basse Normandie de l'environnement. Les problèmes d'environnement liés au sport sont en effet beaucoup trop nombreux pour être traités séparément : l'eau, le bruit, les sols, la production de déchets et les conflits d'usage. Ces problèmes doivent être traités de front, et sans a priori. "L'engouement pour les sports de nature doit être appréhendé. Il n'y a pas que des licenciés et des professionnels sensibilisés aux questions environnementales parmi les pratiquants."

Qui dit politique globale, dit également politique économique et d'aménagement du territoire. La question économique est en effet étroitement liée à celle de l'environnement. Jean-François Quéré cite comme exemple de dérive ce projet édifiant de construire des patinoires aux Emirats Arabes Unis, "sous des températures de plus de 40 degrés à l'ombre". A l'inverse, Léonce Deprez explique comment "l'espace dunaire est devenu vert grâce à l'Enduro". Les ressources économiques procurées par l'événement (près de 500.000 spectateurs en 2005) ont permis de financer des aménagements qui n'existaient pas il y a 30 ans, lorsque fut créé l'Enduro du Touquet. Sylvain Wild rappelle pour sa part que "le golf a une chance : c'est d'être un outil de développement économique".

Le vrai enjeu ne serait donc pas de préserver la nature contre le sport, mais d'intégrer le sport et son économie dans le cadre des politiques de développement durable. Plus complexe que d'interdire… mais plus intéressant.

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