Tous les acteurs du sport se sentent interpellés, concernés par la récente flambée de violence urbaine.
Parce que le sport encourage la violence vis à vis de soi-même et des autres, dans un objectif de surpassement, parce qu’il punit la non-combativité, parce qu’il fixe l’affrontement comme fondement, il flirte inévitablement avec la brutalité qu’il ne contient que par l’exigence du respect des règles écrites et induites, du respect de tous et du respect de l’environnement.
Au-delà d’une nouvelle opportunité de pure réflexion et d’introspection, posons-nous directement la question de savoir comment le sport peut aider, davantage qu’il ne le fait déjà, à favoriser l’inclusion des jeunes dans la société des adultes.
Parce que le sport se targue d’avoir une fonction éducative et sociale de premier plan, bien que personne ne s’inscrive dans un club « pour se faire éduquer et socialiser », tous les acteurs du sport doivent se mobiliser pour accroître encore le nombre de projets favorisant l’inclusion sociale.
Les quatre « P » du sport, inscrits dans les statuts de la FFSA sont le plaisir, la performance, la précaution et la participation.
Cette participation recherchée, avant de passer par l’apprentissage de la citoyenneté et de son exercice, passe par la reconnaissance exprimée et la valorisation du jeune.
Le jeune qui pour pratiquer un sport, accepte de repousser son plaisir immédiat en s’imposant des efforts douloureux, le jeune qui fait preuve d’un engagement total le temps d’une rencontre, le jeune qui, réussit un beau geste attend un public ; il a droit à ce public.
Si le sport c’est se dépasser grâce aux autres, c’est aussi, comme l’a écrit Bernard Jeu, « un défi lancé devant la foule rassemblée » . Le public est un acteur fondamental du sport.
Qui d’entre nous, en pratiquant sa discipline, ne s’est pas motivé, un jour de souffrance, en rêvant éveillé à un public nombreux et enthousiaste ?
Or nous devons convenir qu’alors que nous nous appliquons à accueillir, organiser, encadrer la pratique par le sportif lui-même, nous considérons souvent que la venue d’un public (que nous espérons tous) n’est pas de notre ressort fédéral, sauf à vouloir lui vendre des billets d’entrée.
Peut-être pourrions-nous réfléchir sur le moyen de développer un nouveau genre de bénévolat de proximité, consistant à aller assister aux rencontres sportives anonymes de jeunes ou de très jeunes du quartier ou de la ville. Aller les encourager, les applaudir, les reconnaître, les valoriser.
Ce n’est sûrement pas la panacée, mais c’est peut-être une nouvelle pierre à cet édifice fraternel et juste que nous cherchons à bâtir au quotidien.
Quand je vois des jeunes s’exprimer dans une agressivité aveugle mais médiatique, je me dis que peut-être, en allant les admirer, les encourager, leur témoigner mon intérêt quand ils se produisent sur un terrain de sport d’habitude désert, ils se sentiraient membre d’une communauté plus large ; mais quoi de plus déprimant, a contrario, quand on donne le meilleur de soi-même, que de se « défoncer » devant des tribunes vides ? Alors qu’en brûlant ces mêmes tribunes, on verra son œuvre à la télé.
Et si parmi les bénévoles de demain il y en avait qui aujourd’hui craignaient certains de ces jeunes, devenant spectateurs, ils auraient l’occasion de vivre naturellement la catharsis d’Aristote
Le sport est une fête universellement et librement consentie. On ne fait pas la teuf seul
George-Ray JABALOT
george-ray.jabalot@wanado



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