Décosse la flamboyante, Tcheuméo la "dingo"

Judo / Mondiaux de judo 2011

Décosse la flamboyante, Tcheuméo la "dingo"

Vendredi 26 août 2011 - 23:57

Elle a de la grâce, de l'agressivité, de l'humilité, un esprit très famille, beaucoup d'imagination et un talent fou: la flamboyante Lucie Décosse, 30 ans, est devenue vendredi à Paris triple championne du monde pour entrer dans le cercle des grands noms du judo.

L'histoire démarre dans son école primaire d'Ecouen (Val d'Oise).

Elle a 6 ans. Un club de judo s'était créé dans sa ville et les dirigeants avaient décidé de venir faire un peu de promotion dans les écoles.

Ses parents - Marie-Louise, Guyanaise, et Gilles, Haut-Marnais - l'ont inscrite. Dans la famille Décosse, qui compte trois filles, Gwladys, Lucie et Jessica, on aime le sport.

Lucie a pratiqué le base-ball, le tennis, la danse, le football - c'est toujours une grande fan de foot - et le judo.

"Le judo est arrivé à un moment donné dans sa petite vie et le judo a trouvé quelque chose en elle, un don", raconte sa maman, assistance sociale.

Lucie Décosse a travaillé dur pour développer ce don et pratiquer un très beau judo, esthétique et félin.

Le déclic s'est fait en Guyane, à Kourou, où la famille Décosse s'est installée pendant 4 ans, dans les années 1990. Lucie a opté pour le Sports Etudes et a laissé, non sans mal, sa famille en 1997 pour rejoindre le club d'Orléans.

"Go Lucie"



Première compétition, premier titre. En moins de 63 kg, sa catégorie pendant 10 ans, elle remporte les Championnats de France des moins de 17 ans.

Elle participe à ses premiers mondiaux en 2001 à Munich, sous le regard de ses parents, qui la suivront sur toutes les grandes compétitions à l'exception des Mondiaux en 2003 à Osaka.

"Je suis très famille, je les vois au moins une fois par semaine. Ils habitent à côté de chez moi. Je suis tout le temps en train de leur raconter mes entraînements, mes histoires de judo. J'espère que ça les intéresse !", s'amuse Décosse qui vit dans le Val-de-Marne.

La petite soeur, Jessica, hôtesse de l'air de 25 ans, est une fan de sa soeur. Elle crée des T-shirts "Go Lucie" où figure la carte de la Guyane pour la famille et les amis.

La grande soeur, Gwladys, installée à Bordeaux, vient rarement. "Elle est plus stressée, ça lui dit pas trop de venir. Elle pleure du début jusqu'à la fin, quoiqu'il se passe !". Vendredi à Paris, elle était présente et avait promis de ne pas pleurer...

"Trop d'imagination"



Dans l'antre de Bercy, la sociétaire du Lagardère Paris Racing est devenue la deuxième Française à détenir trois titres mondiaux, après Brigitte Deydier.

En 2OO5 elle avait glané l'or en -63 kg et en 2010 c'est en -70 kg, sa nouvelle catégorie depuis deux ans, qu'elle s'est imposée. Entre temps, elle avait aussi glané l'argent aux JO de Pékin (-63 kg).

"En -70 kg, j'ai l'impression que c'est moins facile. Les filles sont toutes plus grandes que moi ! C'est ça aussi qui me maintient. Il y a le poids des années. A l'entraînement, j'ai plus de mal. Je tombe. Avant je ne tombais jamais. Je me bagarre plus. C'est ça qui me motive pour les Jeux. L'objectif c'est les JO en 70 kg".

Lucie Décosse a toujours été parmi les meilleures durant ses 6 dernières années. Depuis deux ans, elle est la meilleure. Elle est crainte, elle est enfin devenue agressive sur le tapis mais est restée une cérébrale.

"J'ai une tendance à imaginer plein de choses. J'ai beaucoup trop d'imagination. J'ai besoin de réfléchir alors qu'il y a juste à monter sur le tapis et me battre. Mais peut-être que c'est ça aussi qui m'aide à me surpasser", dit cette fonctionnaire de police, tout comme son papa, en larmes vendredi.

Véritable phénomène aux allures de très grande championne, Audrey Tcheuméo (-78 kg) s'est emparée de manière époustouflante de son premier titre mondial, vendredi à Paris, telle une "dingo" comme elle le dit elle-même.

"Sur le tapis, je suis dingo ! Je rentre dedans, c'est la guerre. Quand je perds, je suis en colère contre moi. Pendant 2 ou 3 mois, je refais le match dans ma tête quand je dors", explique cette accro du judo, un sport qu'elle a découvert il y a seulement six ans grâce à un ami avec qui elle "traînait" dans son quartier à Bondy (Seine-Saint-Denis).

"J'ai fait beaucoup de sports, mais le judo c'est fait pour moi. C'est un sport de combat, t'es toute seule. J'aime les défis, l'entraînement toute seule où on te +gueule+ dessus. C'est un sport solitaire. Quand tu perds, c'est à cause de toi, y a que toi qui te remets en question. Et là, tu cherches ton défaut et tu fais tout pour améliorer. Tu apprends sur toi même", souligne Tcheuméo.

Voilà un mois, la Camerounaise d'origine s'est essayé au balayage. Vendredi en demi-finales et finale des Mondiaux, elle a appliqué la technique. Résultat: deux victoires sur ippon.

Cette force de la nature, tant physique que mentale, s'est effondrée en larmes après avoir raflé sa première couronne. Elle a pensé à sa maman, Marcelline, dont le nom est tatoué sur son bras gauche.

"El fenomeno"



"Ma mère était très fière de moi et elle s'est mise en pleurs et ça m'a encore plus touchée, raconte-t-elle. Ma mère a beaucoup souffert. Je me suis servi de ça pour lui dire: +voilà maman, regarde ce que je fais+."

Tcheuméo a déboulé dans le monde du judo alors qu'elle n'avait que 15 ans. "Tcheuméo, el fenomeno", on m'appelle dans le judo !", dit-elle.

"Quand tout le monde l'a vue arriver à l'Insep, on savait d'entrée que c'était un phénomène, qu'elle allait être forte. Alors être forte, tout de suite, en mettant la manière, moi je dis "chapeau !", s'est enthousiasmée Lucie Décosse, sacrée triple championne du monde le même jour que sa plus grande fan, Audrey Tcheuméo.

"Le judo, ça a changé ma vie. Je voyage, je m'éclate, je souris, je rigole".

Le judo a aussi aidé la jeune banlieusarde à oser mener à bien ses projets: "Je fais beaucoup de musique, je crée mes dessins de mode. Je suis en train de créer ma marque de vêtements et ma boîte de production pour organiser des soirées à Paris. J'ai beaucoup de projets dans ma tête".

Dans l'enceinte du Palais omnisports de Paris-Bercy, elle n'a pensé qu'à un seul de ses projets: les jeux Olympiques de Londres dans un an.

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