Capitaliser sur les Paralympiques...
Mardi 23 octobre 2012 - 20:38
Les athlètes handicapés ont connu une exposition inédite lors des jeux Paralympiques de Londres, une situation que l'équipe de France et son encadrement veulent exploiter, malgré les réticences et les obstacles, pour exister médiatiquement aux côté des athlètes valides.
L'enjeu n'est pas économique. Avec EDF, son partenaire de 20 ans qui lui assure quelque 600.000 euros annuels, et d'autres sponsors fidèles, la Fédération française de handisport n'a pas l'obligation de s'afficher ou de présenter un nombre de licenciés à six chiffres comme on montre ses muscles.
La véritable angoisse de ses patrons est plutôt d'ordre social et sanitaire. "Le truc qui m'intéresse le plus dans la visibilité, c'est qu'au fin fond du Gers, un môme handicapé se rende compte, en voyant les Jeux, qu'il peut faire du sport", plaide Gérard Masson, président de la Fédération. "Que sa mère n'ait pas peur de le voir sur un stade et que ce môme ait envie de s'appeler Charles Rozoy ou Marie-Amélie Le Fur et pas Tony Parker ou Yannick Agnel".
Les chiffres sont éloquents. Sur quelque 26.000 licenciés, la Fédération compte à peine 4.000 jeunes de moins de 18 ans. Les autres sont des adultes, parfois d'anciens sportifs valides qui poursuivent une activité après un accident. Et ses deux centres de sport-études, l'un à Bordeaux en natation, l'autre en basket à Vichy, ont énormément de mal à se remplir.
Enthousiasme médiatique limité
"Comment on fait pour sortir les enfants des instituts spécialisés?", s'interroge M. Masson qui estime à 30 à 40.000 le nombre d'enfants déficients physiques scolarisés dans des établissements pour valides où on leur déconseille le sport.
"C'est eux qu'il faut toucher."Pour cela, rien ne remplace l'affichage. Et quoi de mieux qu'un événement planétaire dont les acteurs sont, l'espace de douze jours, des héros du prime time comme ce fut le cas.
"La valorisation des Paralympiques peut changer les mentalités", reprend
Gérard Masson qui se réjouit que le sud-Africain
Oscar Pistorius, qui courait chez les valides quelques jours plus tôt, n'ait pas remporté toutes ses courses handisport.
"Le niveau augmente" croit-il. Et avec lui les mentalités changent.
Bernard Lapasset, président de l'International rugby board (organe suprême du jeu), est ainsi devenu après un séjour à Londres un inconditionnel du rugby-fauteuil,
"capable d'expliquer à tout le monde comment ça se joue, et devant moi en plus", rigole Gérard Masson.
Du côté des médias pourtant, indispensables relais de la flamme, l'enthousiasme est tempéré. Certes,
France Télévisions (FT) a fait un énorme travail à Londres, diffusant même en direct et en intégralité la finale de cécifoot. Mais ce fut sous la pression du mouvement handisport dont la pétition Facebook aux 120.000 signatures fut entendue par le CSA.
500.000 téléspectateurs en moyenne
"Londres est un début... ou un épiphénomène", prophétise
Daniel Bilalian, patron des sports de FT qui estime avoir
"fait le maximum avec 2 heures de différé par jour sur France 2 et une image du jour en prime-time, l'ouverture et la clôture sur France O, pour une audience de 500.000 personnes l'après-midi sur la 2 ce qui est moins que la moyenne.""Le handisport doit devenir plus lisible, se méfier de la multiplication des épreuves", reprend Bilalian qui s'impose les mêmes limites avec les valides en ne diffusant pas, par exemple, les championnats de France d'athlétisme.
"Il faut rester dans le domaine de la performance sportive", dit-il.
Aujourd'hui, aucun dispositif de direct n'est prévu pour les Mondiaux-2013 d'athlétisme qui se disputent pourtant en France, à Lyon, et les dirigeants ont eux-mêmes baissé les bras à l'image de Craig Spence, directeur de la communication du Comité international paralympique (IPC), qui n'imagine pas imposer le handisport aux médias traditionnels.
"Nous devrons être inventifs pour continuer à raconter l'histoire des sportifs handicapés, sur les nouveaux médias et les réseaux sociaux". Et attendre Rio-2016 pour que le handisport ait sa nouvelle heure de gloire.
