"Il faut dépasser la couleur de peau", presse l'ex-international de football
Lilian Thuram qui lance mercredi, avec plusieurs personnalités, un appel pour une "république multiculturelle et post-raciale", en plein débat sur l'identité nationale.
"55% des gens pensent encore qu'il y a plus d'une race", lance l'ancien champion du monde, qui a créé en 2008 sa fondation "éducation contre le racisme". "Pour eux, les races en question seraient déterminées par la couleur de peau", ajoute-t-il, citant un sondage commandé à l'institut LH2 Sport
"Notre initiative est un appel à dépasser cette vision un peu étriquée qui oppose les +eux+ aux +nous", conclut mardi l'ancien défenseur central des Bleus, dans un entretien à l'AFP.
Baptisé "appel pour une République multiculturelle et postraciale", ce texte a été rédigé avec François Durpaire, Pascal Blanchard, tous deux historiens, Rokhaya Diallo, fondatrice de l'association Les Indivisibles, et Marc Cheb Sun, directeur de la Rédaction de Respect Magazine.
"C'est une démarche citoyenne qui a des conséquences politiques", explique François Durpaire, chercheur associé au Centre de recherche d'histoire nord-américaine de Paris 1-Panthéon-Sorbonne.
L'appel est accompagné de 100 propositions en faveur de la diversité. Il a pour vocation de "rapprocher les jeunes de la citoyenneté", en les incitant à voter et à se faire élire, dès les régionales, dit-il.
Pour Lilian Thuram, la clef du problème, c'est "cette notion de race".
Il faut "avoir une réflexion sur ce mot", dit-il, "et montrer que ce sont des scientifiques du XIXème siècle qui ont établi ces prétendues races en établissant une hiérarchisation où l'homme blanc était supérieur et l'homme noir, le chaînon manquant avec l'animal".
Ces préjugés polluent notre lecture de l'actualité et notre compréhension des problèmes sociaux, explique-t-il, prenant pour exemple la grève générale, démarrée il y a un an, mercredi, en Guadeloupe, d'où il est originaire.
"Aux Antilles, on a l'impression que c'est une confrontation entre Noirs et Blancs. Mais ce n'est pas le cas: c'est une confrontation entre une masse salariale et des propriétaires ou des patrons".
Selon lui, une meilleure connaissance de l'Histoire est impérative. "Mais il faut connaître toute l'Histoire, sans caser les gens par couleur ou par religion", dit le recordman de sélection (142), qui vient de publier "Mes étoiles noires", un ouvrage à la mémoire de ces grandes icônes "de Lucy à Barack Obama".
Une méthode jugée plus efficace que le débat sur l'identité nationale, "qui divise les Français".
L'ancien champion n'esquive pour autant aucune question clef du débat engagé par le gouvernement. La discrimination positive? Oui, mais en fonction de "la classe sociale d'où l'on vient", pas de "la couleur de peau". Les statistiques ethniques? Pas contre: "pour parler d'un problème il faut pouvoir le quantifier". Quant au voile intégral: "faire des lois pour 200 à 300 personnes (lui) semble assez incroyable".
A 38 ans, Lilian Thuram, qui affirme s'être vu proposé, en vain, par Nicolas Sarkozy, d'être "ministre de la diversité", se défend de vouloir faire de la politique.
"Ce n'est pas quelque chose qui m'intéresse", dit-il. Il ne se revendique d'aucun parti et n'a qu'un objectif: "questionner la société" et incarner, un peu sur le modèle Black-Blanc-Beur, "une génération où il faut accélérer les choses et vivre ensemble avec toutes nos différences".