L'OM victime de sa médiatisation
Vendredi 28 août 2009 - 9:50
Real Madrid, Milan AC et Zurich. Si l'Olympique de Marseille se retrouve dans le groupe C, ce n'est pas seulement par le fruit du hasard d'un tirage au sort... Sans l'intervention des télévisions françaises, l'OM pouvait se retrouver dans le groupe H, celui d'Arsenal, d'Alkmaar et du Standard de Liège à la place de l'Olympiakos. Si les affiches promettent du spectacle, les clubs français engagés en Ligue des champions vont devoir cravacher pour sortir de leur poule.
Ce qui est arrivé jeudi à l'Olympique de Marseille a lieu tous les ans, mais personne n'y prête vraiment attention. La radio RMC a levé le lièvre. Avec l'OM et l'Olympiakos Le Pirée toujours en lice, le préposé de l'UEFA devait dans la logique des choses annoncer le nom de l'équipe tirée au sort, puis tirer également au sort le groupe dans laquelle elle serait affectée. Sauf qu'un point méconnu du règlement fait appel aux télévisions. Pour éviter que les principaux clubs jouent le même jour, l'UEFA demande aux chaînes de choisir les deux principales formations qu'elles aimeraient programmer. C'est la raison pour laquelle, le Real Madrid et le FC Barcelone ne jouent jamais le même jour en Coupe d'Europe. Pour la France, TF1 et Canal Plus ont choisi l'Olympique Lyonnais et Marseille, plutôt que les Girondins de Bordeaux, pourtant champions de France en titre. Lyon déjà tiré, l'OM ne pouvait pas jouer le même jour donc. C'est pourquoi le club phocéen s'est retrouvé automatiquement propulsé dans le groupe C qui avait une programmation différente de celui de l'OL. CQFD.
L'ogre Real Madrid reviendra à Marseille, qu'il avait déjà été battu deux fois (4-2, 2-1) par les Galactiques première époque lors de la saison 2003-2004, cette fois avec Cristiano Ronaldo, Kaka et Benzema dans leurs rangs. L'OM affrontera aussi son adversaire préféré en Coupe d'Europe, Milan, qui lui évoque des souvenirs plus lointains : la qualification en quarts de finale en 1991 et surtout l'immortelle victoire en finale en 1993. Aussitôt, le directeur sportif de Marseille, Jose Anigo, a estimé que Milan allait "rappeler de bons souvenirs" au public marseillais. "Le Real, ça a l'air compliqué, a ajouté Anigo. Mais le Milan, s'il est un grand club, n'est pas forcément une grande équipe aujourd'hui. Le Real et Milan, ça va remplir le stade. Ce sont de grosses affiches." Le FC Zürich, troisième adversaire des Marseillais, est loin du prestige des deux clubs les plus titrés d'Europe (9 C1 pour le Real, 7 pour le Milan), mais l'OM pourra peut-être viser raisonnablement la troisième place, qualificative pour l'Europa League.
"Cette poule je l'adore !", a commenté le président de Marseille, Jean-Claude Dassier. "Il y avait certainement des poules plus faciles, mais franchement cette poule je l'adore ! On retrouve Milan et dans l'histoire de nos deux clubs, ce n'est pas forcément à l'avantage des Italiens. On est à égalité de chances entre les trois gros de cette poule", a-t-il ajouté. "Si on sort de la poule, ça voudrait dire qu'on pourrait faire un bon bout de chemin derrière, a-t-il également indiqué. En Ligue des champions, on ne peut pas espérer passer entre les gouttes, mais je suis confiant, vous verrez." On demande justement à voir.
Adriano Galliani, vice-président de Milan, n'a pas oublié les confrontations avec l'OM. "Milan retourne à Marseille après 19 ans, il y a donc prescription (Milan avait été sanctionné d'un an de suspension en Coupe d'Europe pour avoir fait mine de quitter le terrain, NDLR). Et puis maintenant les projecteurs fonctionnent, le stade a été refait complètement et je pense qu'il n'y aura aucun problème de tension au niveau de l'énergie électrique..." Plus sérieusement, le dirigeant italien qualifie le groupe d'"ardu" et "difficile, avec le roi du marché des transferts cet été". "J'ai déjà vu le numéro de Florentino Perez (président du Real) s'afficher sur mon portable. Je ne pouvais pas répondre mais on va se rappeler d'ici peu. Contre le Real, ça sera vraiment une rencontre fascinante". Kaka retrouvera pour l'occasion son ancien club.
Bordeaux (groupe A) a aussi hérité de deux adversaires prestigieux, même si le Bayern Munich rate son début de saison. La Juventus Turin rappellera aux vieux supporters girondins leur seule demi-finale de C1, en 1985, quand Michel Platini était l'équipe (la Juve s'était qualifiée 3-0 et 0-2). A l'image de Marseille avec Zürich, Bordeaux pourra espérer dominer la quatrième équipe du groupe, les Israéliens du Maccabi Haïfa.
"C'est jouable, estime Jean-Louis Triaud, président de Bordeaux. Cela reste accessible, il faudra être sérieux et jouer sans complexe. On peut y croire. C'est un retour sur le passé."
La Juve préfère avancer prudemment. "C'est vrai, c'était pire d'affronter l'Atletico Madrid, mais Bordeaux est une équipe dure, qui a choisi la ligne de la continuité et est devenue très forte, estime Jean-Claude Blanc, administrateur délégué du club turinois. Les matches contre le Bayern et Maccabi seront difficiles aussi, pour différentes raisons."
Lyon n'a pas échappé à un très gros (Liverpool) mais peut espérer dominer la Fiorentina comme il l'avait fait l'an dernier (2-2 et 2-1) pour se qualifier pour les 8e de finale. Debrecen, le champion de Hongrie, présent pour la première fois en Ligue des champions, ne semble pas de taille.
Pour le président de Lyon, Jean-Michel Aulas, c'est un tirage "équilibré". "C'est équilibré, on retrouve à nouveau la Fiorentina. Debrecen nous est inférieur sur le papier. Et on a un grand rendez-vous avec Liverpool, surtout pour notre public. On espère sortir des poules comme on en pris l'habitude", a-t-il ajouté. Mathieu Bodmer, défenseur de Lyon, trouve qu'"Il y a des poules meilleures que d'autres". "C'est un tirage correct et il y a de la place pour se qualifier".
A Liverpool, on se félicite surtout des déplacements courts qu'effectuera le club. "Nous sommes très heureux du tirage, explique Christian Purslow, directeur général de Liverpool. Nous sommes toujours très soucieux de faire des voyages courts et c'est le cas. Un court déplacement en France, un autre relativement rapide en Italie et un plus long en Hongrie. Lyon et la Fiorentina sont des clubs bien connus en Europe et avec qui nous n'aurons pas de surprises."
Frédéric Thiriez, président de la LFP, se veut malgré tout optimiste. Il estime que ce sera "difficile pour Marseille, mais j'ai la foi, pas commode pour Bordeaux, mais j'ai la foi, et Lyon va faire le job". Espérons.