Le gâchis lensois
Lundi 19 mai 2008 - 10:13
Alors que le Paris SG a longtemps eu les faveurs des sondages pour descendre en Ligue 2, c'est un autre monument du football français, le RC Lens, qui prend l'ascenseur pour l'échafaud. Pas illogique au vu de la saison lensoise.
La relégation en Ligue 2 du RC Lens, l'un des plus grands fiascos du football français des dix dernières années, n'est que la conséquence d'une suite d'erreurs : erreurs de casting sur les entraîneurs, erreurs sur le recrutement des joueurs, erreurs techniques ou tactiques lors des rencontres. Dix ans après la conquête du titre, Lens, qui abordait la saison sous le signe de l'ambition, doit repartir, presque, de zéro.
Le mal lensois prend des racines bien avant le début de la saison. Lorsque Francis Gillot démissionne en mai 2007, Lens joue avec le haut du panier. Mais c'est oublier que la fin de la saison 2006-2007 a été catastrophique. Quasiment assuré de décrocher un ticket pour la Ligue des champions, Lens perd tout dans les dernières journées du championnat, y compris une qualification pour la Coupe de l'UEFA. Le mur est lézardé, mais personne n'y prend garde (Lens termine alors 5e). Pour remplacer Gillot, Gervais Martel veut un nom. Il tente un coup avec Guy Roux. Mais comme à l'époque de Rolland Courbis, la greffe ne prend pas. Pire encore, le gourou d'Auxerre perd pied. A la mi-temps du match à Strasbourg, fin août, après deux nuls et deux revers, Roux démissionne. La venue de Jean-Pierre Papin, auquel Martel avait pensé avant de se décider pour le Bourguignon, soulage un court instant le public lensois. Malgré quelques coups d'éclats, comme cette victoire improbable devant Saint-Etienne (victoire 3-2 après avoir été mené 0-2), l'aura de JPP ne suffit pas. Encore trop joueur dans l'âme, Papin n'a pas la poigne pour provoquer le déclic chez les Lensois. Les résultats décevants s'enchaînent. Lens est 18e à la trêve. Mais on fait semblant de s'inquiéter, le RCL ayant un match en retard à disputer (contre Lille). Les contre-performances s'accumulant, c'est Daniel Leclercq, l'entraîneur du titre de 1998, qui est appelé à la rescousse en janvier. Martel aura le tort de ne jamais clarifier les rôles entre Leclercq et Papin. Désigné comme directeur technique, le "Druide" se comporte comme un entraîneur. JPP avale la couleuvre pour le bien du club, pense-t-il. Mais après une embellie, Lens retombe dans ses travers. Jamais mieux classé que 14e, Lens a trop longtemps joué avec le feu pour ne pas se brûler. Avec 9 victoires, 13 nuls et 16 défaites, il est difficile d'échapper à la sanction.
Pour sa défense, Papin a souvent rappelé qu'il n'avait pas construit son équipe. Pourquoi accepter la mission dans ce cas ? Il est vrai que le recrutement nordiste a été pour le moins calamiteux (c'est rarement l'inverse lorsqu'une équipe descend). Voulus par Roux, Gautier Kanga Akalé, Bonaventure Kalou, Lucien Aubey et Luigi Pieroni sont vite repartis. Julien Sablé n'a presque jamais joué. Hormis le gardien Vedran Runje, les recrues estivales n'ont rien apporté.
Remonté en Ligue 1 en 1991, Lens ne va pas avoir le temps de se lamenter sur son sort. Il a le devoir de réagir vite. Avec la Ligue 2, vient le temps de réduire considérablement la voilure. Comme Nantes cette saison, Strasbourg sera abonné au match du lundi sur Eurosport, mais cela ne suffira pas pour redonner du tonus au club. Avec un budget annoncé de 48 millions d'euros cette saison, le RCL visait la cinquième place qui offre 32 millions d'euros environ à son détenteur. Dix-huitième, Lens devra se contenter de 14 millions. A ce manque à gagner, il faut ajouter celui, plus terrible encore, de la saison prochaine. Lens anticipe 7 millions d'euros. Devant la Direction nationale du contrôle de gestion (DNCG), Lens va présenter un budget devisé par deux. La charte du football peut bien prévoir une baisse des salaires des joueurs de 20% en cas de descente, cette disposition ne suffira pas à sauver les meubles. L'effectif lensois doit être allégé. Ils seront plusieurs à partir. Y compris l'entraîneur ?
C'est la première question à laquelle les dirigeants lensois doivent répondre. Le binôme Papin-Leclercq a vécu. JPP ne devrait pas poursuivre sa route à Lens, mais il faudra lui régler des indemnités de départ pour ses deux années de contrat restantes. Homme de la région, Bruno Metsu aurait les faveurs présidentielles. Mais aujourd'hui aux Emirats Arabes Unis, Metsu est cher.
La Ligue 2 est un combat et il s'est jamais simple de s'en extraire. Nantes est parvenu à remonter un an après sa chute. Mais Montpellier y végète toujours.