Raymond Domenech licencié ?

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Raymond Domenech licencié ?

Raymond Domenech licencié ?

Lundi 19 juillet 2010 - 11:46

Le coupable du fiasco des Bleus en Afrique du Sud, c’est lui. Pourtant, dans les jours qui ont suivi l'élimination de la France du Mondial dans les conditions que l’on sait, Raymond Domenech semblait déjà avoir été oublié. Les joueurs, dont la cote d’amour est au plus bas, ne l’accablaient pas. Pas plus que les dirigeants de la fédération, trop occupés à sauver leur tête. Aujourd'hui, le débat sur son licenciement de la DTN refait surface. Fin juin, nous avions décidé de publier un dernier article, définitif, pour que l’on n’oublie jamais le mal que Domenech a fait au football français. Nous publions à nouveau ce texte et les nombreux commentaires qu'il a succités.

Nom : Domenech. Prénom : Raymond. Profession : Retraité, ex-sélectionneur de l’équipe de France. Palmarès : Néant. Signes particuliers : Epais sourcils et sens inné de la provocation. Principal fait d’armes : Auteur du plus grand fiasco de l’histoire du football.

Au panthéon du sport français, Raymond Domenech restera à jamais comme l’anti-héros ultime. Rémunéré un peu plus de 2 millions d’euros en l’espace de 6 ans pour plonger au terme de son mandat le football français au fond du trou. Domenech a fait mal au foot, mal aux Bleus, mal à la France. On ne tire pas sur une ambulance ? Vous faites fausse route : Domenech était un pompier pyromane. Il soufflait sur les braises quand d’autres pédalaient dans la semoule. Domenech est seul responsable du fiasco historique de l’équipe de France.

Les joueurs aussi ? Bien sûr. Domenech n’était pas sur la pelouse. Mais jouer sans repère, sans certitude, sans préparation physique adéquate, c’est comme jouer au violon avec des moufles. Les joueurs ont leur part de responsabilité dans l’absence de désobéissance au coach, que la génération Zidane ne s’était pas privée de mettre en œuvre. Les joueurs ont leur part de responsabilité dans l’hygiène de vie qu’ils n’ont pas eue… et que le sélectionneur n’a pas su leur imposer. Y aurait-il eu Zahia sans Raymond ? Anelka aurait-il insulté Domenech si celui-ci avait marqué son autorité en privant Ribéry de Coupe du monde ?

INUTILE DE CHERCHER D’AUTRE COUPABLE

La fédération ? Coupable d’avoir nommé Domenech puis de l’avoir maintenu en 2008. Trouvez un nouvel angle du problème et vous découvrirez inéluctablement que Domenech y est attaché. Mauvaise « com » de la fédé ? « Raymond ne laissait pas pénétrer son univers », confie en coulisse un haut responsable de la FFF. Escalettes, démission ? Ben voyons. Le président bénévole, du haut de ses 2.200 euros mensuels de pension de retraite, serait l’homme à abattre… soyons sérieux. Il s’est fait rouler dans la farine par Domenech. Et par ceux qui préféraient ce dernier à un représentant de la génération 1998, de peur de perdre de leur influence, de leur pouvoir et de ses attributs, Le Graët et Houllier en tête.

La liste des reproches adressée à Domenech est tellement longue qu’il serait à la fois fastidieux et terriblement douloureux de la dérouler toute entière. Alors nous nous contenterons de quelques anecdotes sélectionnées de façon subjective. « Comment vous trouvez Patrice Evra ? » « Dans sa chambre ». « Le onze de départ du dernier match sera-t-il reconduit ? » « Il y aura bien onze joueurs sur la pelouse, je confirme » « Pourquoi avez-vous refusé de serrer la main de Parreira ? » « Question suivante ». L’arrogance de Raymond Domenech à l’égard des journalistes était sans limite. Chacun se souvient de la demande en mariage faite à Estelle Denis, quelques instants après l’humiliante élimination des Bleus au premier tour de l’Euro 2008. La presse se souvient de mille autres provocations, toutes gratuites, souvent méchantes. L’épisode de la liste des 30 pour le Mondial 2010 symbolise ce mépris de Domenech pour tous. Jusqu’à ce JT de TF1, à 20h précises, il avait annoncé son intention de dévoiler directement un groupe de 23 joueurs. Jean-Pierre Escalettes était monté au créneau sur les ondes d’une radio nationale, la veille, pour justifier ce choix contesté, alors que la quasi-totalité des autres sélectionneurs avaient décidé de présélectionner 30 joueurs. Finalement, sans prévenir personne, Domenech a livré 30 noms au lieu de 23, sous le regard médusé d’un aréopage de pontes fédéraux et de journalistes accrédités.

COMBIEN DE CARRIERES A-T-IL BRISEES ?

Les petites phrases de Domenech feront sa légende. Son incompétence technique mériterait pourtant une plus grande attention. Lorsqu’en 2005, Zidane sort de sa retraite, et qu’il ramène avec lui Thuram et Makelele en équipe de France, les Bleus de Domenech sont mal embarqués dans leur groupe qualificatif au Mondial 2006. A force de lancer des jeunes dans le grand bain, l’ex-sélectionneur des Espoirs est en train de « griller » les uns après les autres les grands « espoirs » d’alors. Pedretti, Mavuba, Faubert, Dhorasoo… La liste est longue de ces joueurs propulsés du jour au lendemain titulaires d’un groupe en reconstruction… puis voués au gémonies presqu’aussitôt après leur première (et pour certains dernière) contre performance en Bleu. Alou Diarra aurait vécu le même calvaire s’il n’avait été relancé à Bordeaux par Laurent Blanc. L’ensemble des espoirs d’aujourd’hui (Lloris, Gourcuff, Diaby…) échappera à ce sort lorsque le nouveau sélectionneur les reprendra en mains.

Au faîte de sa carrière, Domenech a su conjuguer son arrogance et son incompétence. Le fiasco sud-africain est son chef d’œuvre. Une campagne de préparation en dépit du bon sens (Tignes, Lens, Tunis, La Réunion). Un schéma de jeu illisible. Aucune combinaison sur coup de pied arrêté travaillée à l’entraînement. Pas de onze de base. Et bien entendu, aucune autorité sur « le vestiaire ». La suite, on la connaît. Un point en trois matches. Un but marqué pour quatre encaissés. La quatrième place d’une groupe jugé « facile » lors du tirage au sort, avec pour bouquet final une défaite face aux Bafana, 83e nation mondiale à l’indice FIFA.

PEUT-ON RECONSTRUIRE SUR UN CHAMP DE RUINES ?

Domenech est l’auteur d’un crime. Les conséquences de ses actes sur le long terme sont inconnues à ce jour. Comment la jeune génération qui a vécu ce psychodrame de l’intérieur pourra-t-elle rebondir dans le futur ? Comment le grand joueur annoncé qu’est Franck Ribéry pourra-t-il jamais exprimer véritablement son talent sous le maillot bleu après ce qui s’est passé à Knysna ? Comment le football français se relèvera-t-il d’un coup pareil ?

La seule bonne nouvelle dans ce marasme, c’est que trois des plus grands potentiels pour les années à venir n’ont pas participé à ce suicide collectif. Ben Arfa, Nasri et Benzema, priés de rester chez eux pour « laisser vivre le groupe » ont assisté devant leur télévision à l’implosion de celui-ci. Ils seront vierges de ce débit collectif lors de la campagne pour l’Euro 2012 qui s’annonce et pour laquelle Laurent Blanc ne manquera pas de faire appel à eux.

Pour le reste, le pessimisme est de mise. Aimé Jacquet a pleuré. Le monde entier a ri. Nous tenions, de notre côté, à ne pas laisser dans l’oubli l’héritage de Domenech. Puisse-t-il un jour, au crépuscule de sa vie, mesurer le mal qu’il a fait. Ah pardon, c’est vrai… ce n’est que du football. Oui mais voilà, le football on aime ça. Alors pour tenter de chasser Domenech de nos mémoires, pour commencer le travail de deuil, il nous fallait écrire cet article. Le futur ne nous appartient pas. Mais on a tiré un trait sur le passé. C’est déjà ça.

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