Plus ça va, moins ça va
Lundi 8 septembre 2008 - 10:30
Ces éliminatoires de la Coupe du monde 2010 promettaient d'être ennuyeux. Il prennent un nouveau visage. Grâce à la magnifique performance de l'équipe de France en Autriche, il y a un véritable enjeu : combien de temps Raymond Domenech peut-il encore tenir à la tête des Bleus ?
On efface tout et on recommence. Tel était en substance le message de la Fédération française de football ( FFF), du sélectionneur et des joueurs après le désastre de l'Euro 2008. Force est de constater que rien n'a été effacé. La France est allée droit dans le mur au mois de juin et après avoir fait un pas de côté, elle fonce à nouveau droit dans le mur. Les mêmes causes produisent les mêmes échecs. La France vient de perdre son troisième match de compétition d'affilée après les Pays-Bas et l'Italie. Une statistique impardonnable pour une sélection française dont on ne sait plus trop quel crédit, ni quel niveau il faut lui accorder. En football, il est possible de perdre contre le 101e mondial. Mais prétendre, comme l'ont fait les joueurs et le staff, que les Bleus ont livré un bon match relève de la provocation. Raymond Domenech avait façonné l'équipe de France à son image. Depuis 2004, les Bleus cherchent avant tout à défendre. Ce n'est pas beau à voir, on s'ennuie souvent, même lorsque Zinedine Zidane était là, mais il y avait des résultats. Sauf que depuis la Coupe du monde 2006, on s'ennuie toujours autant, on s'agace devant les choix d'un sélectionneur qu'on ne comprend pas et on perd. Depuis la finale du Mondial 2006 donc, la France a encaissé 21 buts, dont trois penalties. Plus que le nombre de buts encaissés, 11 tout de même lors des quatre dernières rencontres, c'est la manière dont ils ont été pris qui agacent. Hors penalty, la France a pris 8 buts sur coups de pied arrêtés. C'est beaucoup trop à ce niveau. Et on se rappelle de cet aveu de Domenech : les Bleus ne travaillent pas cette phase de jeu ! Et pourtant, il y a eu des répétitions avant le fiasco de Vienne. Parfois on croit avoir touché le fond, mais il arrive qu'on continue de creuser. C'est le cas de l'équipe de France.
Philippe Mexès a fait son mea culpa après son hallucinante prestation de samedi soir. Courageux. Mais était-il réellement conscient lorsqu'il a indiqué dans le Journal L'Equipe : "Au niveau du jeu, nous sommes satisfaits (...) Personnellement, j'ai trouvé une belle équipe de France qui a produit du jeu, qui n'a pas été mise en danger en dehors des phases arrêtées." Sur une autre planète aussi, Domenech a évidemment défendu son défenseur, mais son analyse est stupéfiante : "Il a fait un match correct, il a été bon dans les relances, il a été bon dans les duels, il n'a pas eu de problème". En direct lors de l'émission Téléfoot, les journalistes de TF1 ont-ils entendu les paroles du sélectionneur ?
Mercredi soir, dans un stade de France qui sonnera creux, le nom de Raymond Domenech sera copieusement sifflé. La Fédération continue de le défendre alors que la pression n'a jamais été aussi forte. "Les observateurs viennent davantage pour la tête de Domenech que pour le foot. Ca devient indécent" vole à son secours, Noël Le Graët, vice-président de la FFF. Le problème est justement là. Le divorce est acté depuis longtemps avec le public, avec les médias, avec plusieurs dirigeants du football français. Mais personne n'ose le prononcer. La pression qui entoure l'équipe de France est devenue négative. On ne veut plus voir les Bleus, mais bel et bien regarder l'équipe de Raymond Domenech s'enfoncer à chaque match. Jusqu'à quand ?