Dans le cerveau de Raymond
Jeudi 5 février 2009 - 18:28
Salut à tous. Je m’appelle Raymond, j’ai 57 ans. Mon job, c’est sélectionneur de l’équipe de France de football. Mais ma vraie passion, c’est le poker ! J’essaie d’allier les deux. Cette semaine, par exemple, j’ai décidé de sélectionner Cédric Carrasso. Aucun journaliste ne l’a vu venir. C’est plus fort que moi : quand on me relance, il faut que je fasse tapis…
Mon job, je l’ai décroché en 2004. A l’époque, Jacques Santini s’était lamentablement planté avec l’équipe de France : il avait échoué en quarts de finale de l’Euro 2004. Oui, je sais ce que vous allez me dire : et l’Euro 2008, alors ? Mais vous oubliez que J’AI qualifié la France pour la finale de la Coupe du monde 2006. Et je vais vous expliquer comment.
En 2004, mon premier coup de génie a été de faire comprendre aux « anciens » qu’ils n’étaient plus les bienvenus. J’ai viré des membres du staff, j’ai éteint mon téléphone portable… et ça a marché ! Zinedine Zidane, Claude Makelele et Lilian Thuram sont partis. J’avais alors les mains libres pour déployer la deuxième partie de mon plan diabolique : mettre l’équipe de France plus bas que terre pour que les anciens me supplient à genou de revenir.
Là je dois dire que j’ai mis le paquet. Au passage, j’ai ruiné la carrière internationale de quelques joueurs. La stratégie était simple : leur « donner les clés du milieu de terrain », pour reprendre l’expression de mes amis les journalistes. En clair : faire en sorte qu’ils soient comparés à Zidane ou à Makelele… résultat garanti ! Mes victimes de l’époque s’appellent Vikash Dhorasoo, Benoît Pedretti, Rio Mavuba… et j’en passe. On a fini par se traîner dans le groupe qualificatif à la Coupe du monde et, comme prévu, « Zizou », « Make » et « Thuthu » sont revenus.
La suite, vous la connaissez : à un cheveu près, on était champion du monde en 2006 et je devenais un demi-dieu. Finalement, je suis resté humain, mais j’ai eu les mains libres pour m’amuser de nouveau. Pour l’Euro 2008, par exemple, j’ai choisi Bafétimbi Gomis. Un attaquant que personne n’attendait et pour cause : il n’avait qu’une seule sélection au compteur. Et là croyez moi, je sais de quoi je parle : les sélections, c’est moi qui les fait !
L’Euro 2008, on l’a raté… mais c’était fait exprès ! Mon objectif, c’est la Coupe du monde 2010. Je l’ai dit aux journalistes, une fois, mais ils ne m’ont pas cru. Alors j’ai parlé d’autre chose. De mon mariage, par exemple. A l’époque ça a créé un tollé. Pensez : on venait de se faire éliminer par l’Italie. Mais ça ne m’a pas empêché d’être maintenu à mon poste. Remarquez la FFF avait pas tellement le choix : mon contrat était plus cher à rompre qu’à honorer ! C’est un autre truc qu’on apprend en jouant au poker : savoir mettre les jetons au milieu de la table.
Depuis ? Je continue à m’amuser. Contre la Serbie, j’ai lancé le petit Yoann Gourcuff. Directement titulaire, bien sûr : je suis fidèle à mes principes. Un nouveau coup de bluff qui m’a rapporté un max. Pour le match amical contre l’Uruguay, j’ai appelé Steve Savidan. Mais si, vous savez : l’attaquant de Caen. J’ai expliqué plus tard dans Téléfoot que pour jouer en équipe de France, il fallait évoluer dans un grand club et disputer la Ligue des champions. Mais personne n’a relevé la contradiction. Alors j’ai continué. Là je viens de sélectionner Cédric Carrasso pour le match amical contre l’Argentine. L’occasion était trop belle : l’OM l’a viré l’an dernier, et là justement, le match a lieu à Marseille…