Il sera difficile de faire admettre à Raymond Domenech que le fiasco de l'Euro 2008 est aussi son échec. Le sélectionneur national trouve plusieurs explications à la crise que traverse l'équipe de France. Lui, en revanche, n'a rien à se reprocher...
Première escuse de
Raymond Domenech : l'arbitrage. Le sélectionneur de l'équipe de France a fustigé l'arbitrage après France-Italie (0-2), estimant que le directeur de jeu, Lubos Michel, avait "carrément donné le match aux Italiens" en sifflant penalty et en excluant
Eric Abidal à la 24e minute de jeu. "C'est une soirée catastrophe, où il y a ce penalty avec un arbitre qui a manqué complètement de discernement... Il n'y avait pas de véritable agression", a vitupéré Domenech, oubliant un pue vite que c'est lui qui a pris la décision de sortir
Samir Nasri, qui venait d'entrer, pour le remplacer par
Jean-Alain Boumsong. En pensant d'abord à sécuriser sa défense, il en a oublié que les Bleus devaient absolument gagner pour se qualifier.
Ce changement fait parler parce qu'il humilie
Lilian Thuram. Le recordman des sélections en équipe de France (142 sélections) aurait dû logiquement entrer si un défenseur central était absolument nécessaire. Mais le sélectionneur lui a préféré Boumsong, non titulaire à Lyon.
"Est-ce que Thuram a réclamé de ne pas être aligné ? Réclamer... C'est mal connaître Lilian de penser qu'il puisse réclamer en équipe de France, a expliqué Domenech. Ca s'est fait en concertation. On est tombé d'accord pour dire que les matches à répétition posaient problème. Il a été honnête, je lui tire un grand coup de chapeau."
"Je suis admiratif, je lui ai dit, je lui redis en public, c'est un grand monsieur du football, a ajouté le sélectionneur. Lilian est quelqu'un d'hyper honnête, mais avec lui-même d'abord, quand il sent qu'il n'est pas au mieux. Peu de joueurs sont capables de le dire." Assurément, Thuram méritait une autre sortie.
Alors que la presse lui fait remarquer qu'il monopolise l'équipe de France et qu'il coupe de son public, Raymond Domenech met sur le compte de la "configuration de l'hôtel", où les Bleus étaient basés en Suisse, ce "côté fermé", ce repli sur soi. "On n'a pas pris plus de mesures (de sécurité et de protection) qu'en Allemagne pendant le Mondial 2006, mais là, il y avait la configuration de l'hôtel, presque une forme de cul-de-sac et on a été victime de cette géographie qui nous a donné ce côté plus fermé", s'est défendu le sélectionneur français. "Il y a eu aussi plus de directives au niveau des instances suisses, pour bloquer des attroupements devant l'hôtel, a poursuivi le technicien national. Nous, on avait demandé à ce qu'il n'y ait pas d'attroupement devant l'hôtel, pas de caméras devant l'hôtel qui nous prennent en train de manger."
Les journaux locaux ont taxé l'équipe de France de "délire sécuritaire", parlant de protection digne d'un "G8 et pas d'un Euro" autour des Bleus.
"Bien avant que nous n'arrivions, il y avait eu une campagne anti-Français dans les journaux ici", a répondu Domenech. "Nous, on a pratiqué l'ouverture d'entraînements, trois fois, avec accès aux gamins gratuits et nous, contrairement à certaines équipes, on n'a pas fait payer les places aux entraînements -je ne sais pas ce qu'on aurait entendu si on avait fait ça-, on a fait des accès sur invitations, gérées par la commune", s'est défendu le sélectionneur.
Peu importe ses explications qui ne justifieront jamais cette piteuse sortie de route. La vraie question concerne son avenir à lui en tant que sélectionneur. Mais ici motus et bouche cousue. Domenech le provocateur ne parle pas. "Je ne réponds pas à cette question", a répété le sélectionneur. "Mon sort personnel n'a aucun intérêt, a souligné le technicien national. Je n'ai jamais fait de projet d'avenir. Cette équipe a un avenir, je le répète."
A la question "êtes-vous en danger ?", Domenech s'est contenté de dire: "Je ne raisonne pas en me disant des choses comme ça, la décision ne m'appartient pas." Quand un journaliste a parlé d'échec, le sélectionneur a rétorqué: "Moi, je parle de déception." La vraie déception serait que Domenech reste en poste.