C'est ça l'esclavage ?
Vendredi 11 juillet 2008 - 8:59
Le football rend fou et peut conduire à dire n'importe quoi. Même Sepp Blatter, président de la Fédération internationale (FIFA), peut déraper. Selon lui, les dirigeants de Manchester United traitent Cristiano Ronaldo comme un "esclave des temps modernes" en refusant de le laisser partir au Real Madrid. Grassement payé par MU, 8,5 millions d'euros par an environ, le Portugais est-il vraiment l'esclave dont parle Blatter ?
Il est très facile de perdre le sens des réalités dans le football moderne. Et notamment lors des périodes de transferts. Régulièrement, lorsqu'une transaction piétine, le joueur qui veut partir parle de la "trahison" de ses dirigeants. Les montants qui entourent les transferts des joueurs ne reposent sur aucune base logique. On parle du "cours du marché", mais personne ne sait réellement qui fixe ce cours et sur quels fondements. Allez, disons-le, un transfert en football c'est un peu au "pifomètre". Pourtant la solution existe, il suffirait que les transactions soient menées sur la base des contrats existants. L'indemnité de transfert d'un joueur serait alors basée sur le nombre d'années du contrat restant.
Mais les clubs préfèrent spéculer sur la supposée valeur de tel ou tel joueur. C'est peut-être l'explication de cette comparaison malheureuse qu'à eu Sepp Blatter à propos du non-transfert de Cristiano Ronaldo au Real Madrid. Le président de la FIFA a demandé aux dirigeants de Manchester United d'arrêter de traiter le Portugais comme un "esclave des temps modernes" et de le laisser partir au Real Madrid s'il le désire. "Ce qui est primordial c'est de respecter aussi le joueur", a déclaré sur Sky News le dirigeant, qui a comparé la pratique courante actuelle de tenir les joueurs par des contrats longue durée avec des clauses libératoires exorbitantes à une sorte "d'esclavagisme moderne". Si Ronaldo est un esclave des temps modernes, qu'en est-il des joueurs africains que des agents véreux attirent sur le continent européen et qu'ils abandonnent sitôt débarqués dans un pays qu'ils ne connaissent pas ? Comment qualifier la situation de Carlos Tevez ? L'Argentin ne s'appartient plus puisque ses droits sportifs ont été achetés par une société soupçonné de blanchir de l'argent et dont le seul intérêt est de multiplier les transferts.
"Si le joueur veut aller jouer ailleurs, alors une solution doit être trouvée, parce que s'il reste dans un club où il ne se sent pas bien, ce n'est bon ni pour lui ni pour le club", a-t-il insisté. "Je suis toujours en faveur de la protection du joueur et s'il veut partir, qu'on le laisse partir". Il est vrai que les clubs pensent avoir trouvé une parade à l'arrêt Bosman, qui stipule qu'au sein de l'Union européenne aucune indemnité de transfert ne peut être demandée pour un joueur en fin de contrat, en faisant signer des contrats de longue durée avec parfois des clauses libératoires qui dépassent l'entendement. Dans la réalité maintenant, ces clauses sont rarement activées. Souvent, le départ d'un joueur se négocie en dessous de cette clause qui vaut surtout pour le bilan comptable des clubs qui aiment présenter des "actifs" importants.
Entre Manchester United et le Real Madrid, ce n'est pas qu'une question d'argent. Le Real Madrid serait prêt à débourser jusqu'à 85 millions d'euros pour l'international portugais de 23 ans, sacré meilleur buteur du Championnat d'Angleterre la saison dernière, et à lui offrir un contrat de 5 ans avec un salaire annuel net de plus de 9 millions d'euros. Cristiano Ronaldo deviendrait alors le joueur le plus cher de l'histoire du football. L'offre est irrefusable pour la majorité des clubs. Pas pour Manchester United, qui conserve pourtant un oeil aguerri sur ses comptes. Le vainqueur de la Ligue des champions a aussi un projet sportif. Et lorsqu'il a prolongé le contrat de Cristiano Ronaldo jusqu'en 2012, le Portugais était partie prenante de ce projet sportif.
Hélas pour Manchester, Cristiano Ronaldo, qui a tout gagné avec les Red Devils, a déjà la tête ailleurs. Attiré par les sirènes madrilènes, il a fait son choix. Les déclarations de Blatter sont une bénédiction pour lui. "Je suis complètement d'accord avec le président de la FIFA", a fait savoir Cristiano Ronaldo. "L'esclave" Ronaldo devrait bientôt être entendu puisqu'il est de coutume qu'un joueur qui veut partir, finit toujours par quitter son club. Les esclaves ont rarement ce luxe.
