Les Basques font la fête à la Vuelta
Vendredi 9 septembre 2011 - 17:37
Après trente-trois ans d'une absence motivée par la peur de manifestations indépendantistes et la menace de l'ETA, la Vuelta est arrivée vendredi au Pays basque, à Bilbao, où elle a été accueillie avec enthousiasme par un public venu en masse.
A Bilbao, première des deux villes-étapes qui retrouvent la Vuelta après cette longue parenthèse, avant Vitoria samedi, la majestueuse avenue Don Diego Lopez de Haro où devait être jugé le final de l'étape, a commencé à se remplir bien avant l'arrivée des coureurs.
Arborés fièrement par de nombreux spectateurs et presque autant de cyclotouristes, les ikurrinas, les drapeaux rouge, vert et blanc du Pays basque ornaient les rues de Bilbao en fête vendredi.
Depuis 1978, cette ville et le Pays basque en général n'avaient plus vu passer le Tour d'Espagne, après que des manifestations indépendantistes eurent interrompu cette année-là la Vuelta à plusieurs reprises.
Jose Angel Etxebarria, en tenue de cyclotouriste et parti rouler tôt ce vendredi avant de vivre l'arrivée du peloton au niveau du pont Euskalduna, l'une des passerelles qui enjambent la scintillante Ria de Bilbao, disait toute sa joie de voir revenir l'épreuve en terre basque.
"Cela faisait longtemps que nous attendions le retour de la Vuelta. Pour les amateurs de vélo - et ils sont nombreux ici - cela a été une longue attente. Si en plus un coureur basque gagne, comme Igor Anton, ce sera parfait", explique ce retraité.
Normalisation de la vie citoyenne
Globalement, la Vuelta était donc la bienvenue vendredi, indépendamment de la sensible question politique.
"Ce retour, c'est vraiment une chose positive. En tant qu'Espagnol et Basque que je suis, ça me paraît une très bonne initiative", explique Angel, 56 ans et sympathisant du Parti socialiste espagnol (PSOE) au pouvoir.
"C'est incontestablement un signe de normalisation de la vie citoyenne ici, le signe que la violence est désormais endiguée dans la société basque", estime de son côté Urbano Merino.
Ce père accompagné de son fils Aitor, qui arbore un maillot de l'Athletic Bilbao, se dit favorable à l'indépendance, mais ne prend pas pour autant l'arrivée du Tour d'Espagne comme une provocation.
"Je suis content pour Bilbao et pour le cyclisme que la course soit de retour. Et puis, cette Vuelta a un grand héritage basque puisqu'elle a été organisée de 1955 à 1978 par un journal basque", le
Correo espanol/Pueblo vasco, rappelle-t-il.
Seules quelques voix sont venues rompre vendredi cette unanimité.
"Qu'ils repartent. Le maire PNV (nationalistes modérés) de Bilbao a déboursé 120.000 euros pour accueillir la Vuelta. N'est-on pas en temps de crise?", pouvait-on lire sur quelques affiches de la gauche abertzale (indépendantiste).
Des manifestations indépendantistes étaient d'ailleurs convoquées à plusieurs points de la course, y compris à l'arrivée. Mais la gauche abertzale a elle-même promis qu'elles n'interféreraient pas avec la course, contrairement à 1978. Signe que les temps ont effectivement changé au Pays basque.
