Wiggins, le patron anglais

Cyclisme / Tour de France

Wiggins, le patron anglais
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Wiggins, le patron anglais

Samedi 21 juillet 2012 - 20:50

Avant de devenir le premier Anglais vainqueur du Tour de France, Bradley Wiggins s'est affirmé en patron dans la 19e étape du Tour de France, samedi, dans le contre-la-montre de Chartres.

"Je suis très honoré"

Q: Certains ont évoqué ces derniers jours votre future victoire comme le plus grand exploit du sport britannique. Que cela vous inspire-t-il ?
R: "J'ai vu à la télévision que Chris Hoy dit ça. C'est spectaculaire. Le Tour de France est une énorme épreuve sportive, j'ai toujours été un grand fan de cyclisme, c'est dur de réaliser ce qui m'arrive. Je suis très honoré. En tant que sportif, c'est le plus grand compliment qu'on puisse recevoir: le respect d'un pair. Je suis moi-même quelqu'un qui reconnaît les exploits des autres, c'est surprenant d'être dans la situation inverse."

Q: Beaucoup de champions ont connu des difficultés avant de gagner. Vous-mêmes en avez connues. Pensez-vous que ce passage à vide vous ait relancé ?
R: "Tout le monde est différent. L'année dernière, il y a eu ma chute, mon abandon, la déception après un bon Tour 2009... On a besoin de ces déceptions pour être plus fort. Dans l'équipe, on a fait le point, on a revu l'entraînement, le style de vie, on a fait de bons choix, et c'est ce qui a permis d'arriver là. L'an dernier, j'ai passé la dernière semaine du Tour à regarder ce qu'a fait Cadel (Evans), son bonheur de gagner. Ca m'a donné l'envie de ressentir ce qu'il ressentait l'année dernière."

Q: Vous avez beaucoup gagné mais c'est la première fois que vous êtes aussi ému...
R: "Les dix derniers kilomètres ont été 10 kilomètres exceptionnels. J'ai repensé à tout ce qui m'est arrivé: la perte de mon père, mon modèle qui est parti quand j'étais enfant et qui est mort pendant le Tour l'an dernier, la vie avec ma mère dans un petit appartement, ma femme, mes enfants, notre vie ces quatre dernières années, les critiques qui disaient que je ne gagnerais jamais le Tour avec Sky... J'ai repensé à mon enfance. Je regarde le Tour depuis que j'ai 11 ou 12 ans en rêvant un jour de le gagner mais quand on habite à Londres, ce n'est qu'un rêve. Ca a été un chemin difficile. J'ai été champion du monde junior en 1998, puis dans les équipes britanniques nationales avec Dave (Brailsford) et Shane (Sutton)... Passer ces étapes, se marier, avoir des enfants, gagner l'or olympique et des Championnats du monde... Tout ça fait grandir."

Q: Vous resterez le premier vainqueur britannique du Tour. Avez-vous conscience d'entrer dans l'histoire ?
R: "Il n'y a pas plus grand que le Tour de France. Il n'y a pas beaucoup de vainqueurs. C'est une liste fermée à laquelle j'appartiens. Mais être le premier Britannique à le gagner, aller au-delà de ce qu'ont fait Robert Millar, Tom Simpson... Ce sont des héros qui ont toujours été au sommet pour moi. Je suis Bradley Wiggins, ces gens sont tout en haut et je ne m'imaginais jamais comme leur égal. J'espère que ça ne me changera pas, je ne veux pas que ça me change. C'est bien d'être reconnu pour avoir fait quelque chose d'exceptionnel, ça inspire. Mais à la fin, je rentre chez moi, je lave le sol parce que j'ai promené les chiens ou que j'ai fait du cheval. Je suis comme tout le monde."

Q: Certains disent que votre victoire a été fade. Que leur répondez-vous ?
R: "Beaucoup de gens disent +Moi, j'aurais attaqué là+, +J'aurais fait une journée à la Pantani+... Le cyclisme a changé. Quand on parle de cyclisme moderne, on court à des rythmes élevés. Pour pouvoir accélérer, c'est difficile. Le Tour est différent et est beaucoup plus humain. Dès lors que Sky a été créée, on a toujours travaillé sur des détails. On a travaillé sur beaucoup de choses que les autres ne faisaient pas: l'hydratation après la course, aller au lit tôt, avoir un chef qui fait attention à l'équilibre nutritionnel... Ce sont ces pourcentages qui font la différence. Et puis les personnes qui disent que c'est fade sont les mêmes qui disent que les cyclistes sont tous dopés."

Bradley Wiggins, aux allures de dandy typiquement anglais, a rétabli la hiérarchie au sein de l'équipe Sky, dominatrice dans ce Tour 2012. Aux dépens de Chris Froome qui, s'il a été devancé de 1 min 16 sec au bout des 53,5 kilomètres, a terminé deuxième de l'étape et a pris date pour l'avenir. Un futur vainqueur ?

L'écart a justifié en tout cas la stratégie de la formation britannique, remise en cause ici et là à cause de l'insolente facilité affichée par Froome en montagne. A la veille de l'arrivée, le "Kenyan blanc", le cadet de cinq ans de Wiggins, pointe à 3 min 21 sec de son chef de file.

"Beaucoup de questions ont été posées sur (la hiérarchie entre) Wiggins et Froome. Mais, dans ce Tour, il y avait plus de 100 kilomètres de contre-la-montre. C'est la spécialité de Bradley et il grimpe bien", a eu beau jeu de souligner Dave Brailsford, le grand manitou de Sky.

Thomas Voeckler, transformé provisoirement en observateur, a rendu hommage aux triomphateurs de l'épreuve: "Il faut leur tirer un coup de chapeau. Aux yeux de certains, ça manque peut-être de panache. Mais les résultats sont là. Ils sont aux deux premières places. On ne peut que leur donner raison."

A défaut de panache, cet ingrédient du cyclisme qui a souvent servi de cache-misère à des performances moindres, les chiffres parlent en faveur de "Wiggo". A Chartres, il a remporté son deuxième succès d'étape, lui qui n'avait encore jamais gagné sur le Tour lors de ses précédentes participations.

A Besançon, le 9 juillet, il avait distancé Froome de 35 secondes au terme des 41,5 kilomètres du premier grand contre-la-montre, soit une moyenne de moins d'une seconde gagnée par tranche kilométrique.

A Chartres, l'écart s'est avéré sensiblement supérieur sur un parcours, il est vrai, beaucoup plus roulant -près de 50 km/h de moyenne pour le vainqueur- et exposé au vent. Preuve d'une récupération remarquable du Londonien de 32 ans après trois semaines d'effort.

Cette qualité, fondamentale dans les grands tours qui sont avant tout une épreuve de fond, est partagée par Thibaut Pinot, auteur d'un parcours des plus encourageants jusqu'à la veille de l'arrivée.

Le Franc-Comtois, le plus jeune coureur du Tour (22 ans), a cédé cinq minutes et demie à Wiggins, hors norme sur ce terrain. Mais il a plafonné son retard à moins de deux minutes à des coureurs tels que l'Italien Vincenzo Nibali et le Belge Jürgen Van den Broeck, troisième et quatrième du classement général.

Le grimpeur de l'équipe FDJ-BigMat, grande révélation de la course, a fait mieux que Pierre Rolland, l'autre Français du haut du tableau (8e). Pour ne rien dire de l'Australien Cadel Evans (52e de l'étape !), à la dérive dans un exercice qui lui avait permis l'an passé de gagner le Tour sur la route de Grenoble.

Comment qualifier la probable victoire de Wiggins, à 120 kilomètres de la consécration sur les Champs-Elysées ?

"C'est une victoire à la Miguel Indurain ou, pour faire une référence française, à la Jacques Anquetil", a estimé le directeur du Tour, Christian Prudhomme, par référence à deux quintuples vainqueurs. "Il a dominé les contre-la-montre et il a résisté en montagne. En réalité, il a fait mieux que les grimpeurs en montagne à l'exception, sans doute, de son coéquipier".

Dans sa conférence de presse d'après-course, Wiggins a répondu aux critiques, à ceux qui ont trouvé le Tour fade, ennuyeux: "Ce sont les mêmes que ceux qui disent tous dopés." Et le Britannique de souligner: "Le Tour est devenu beaucoup plus humain. Si les gens veulent voir des échappées de 220 kilomètres en haute montagne, ce n'est plus réaliste. Aussi magiques qu'elles aient été quand je les regardais lorsque j'étais gamin dans les années 1990, Virenque et les autres... Mais peut-être que ce sport a changé maintenant..."

Wiggins a expliqué la stratégie suivie en montagne au long de cette 99e édition: "Nous nous fixons sur un tempo. Et si quelqu'un attaque on le laisse partir. On sait que c'est impossible de garder un rythme plus élevé longtemps, impossible d'être à 500 watts sur une montée de 20 kilomètres. A moins d'avoir deux ou trois litres de sang en plus !"

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