Le Tour parfait de Bradley Wiggins

Cyclisme / Tour de France

Le Tour parfait de Bradley Wiggins
Photo DR

Le Tour parfait de Bradley Wiggins

Dimanche 22 juillet 2012 - 18:25

Bradley Wiggins (Sky) est devenu dimanche, sur les Champs-Elysées, à l'issue d'une 20e et dernière étape remportée par son compatriote et coéquipier Mark Cavendish, le premier Britannique à inscrire son nom au palmarès du Tour de France. Une victoire minutieusement préparée et parfaitement remportée par une équipe de choc, toute entière dédiée à son leader.

Classement général

1. Bradley Wiggins (GBR/SKY) 87h34:42.
2. Chris Froome (GBR/SKY) à 3:21.
3. Vincenzo Nibali (ITA/LIQ) 6:19.
4. Jürgen Van den Broeck (BEL/LTB) 10:15.
5. Tejay Van Garderen (USA/BMC) 11:04.
6. Haimar Zubeldia (ESP/RSH) 15:43.
7. Cadel Evans (AUS/BMC) 15:51.
8. Pierre Rolland (FRA/EUC) 16:31.
9. Janez Brajkovic (SLO/AST) 16:38.
10. Thibaut Pinot (FRA/FDJ) 17:17.
11. Andreas Klöden (GER/RSH) 17:54.
12. Nicolas Roche (EIR/ALM) 19:33.
13. Chris Horner (USA/RSH) 19:55.
14. Chris Anker Sörensen (DEN/SAX) 25:27.
15. Denis Menchov (RUS/KAT) 27:22.
16. Maxime Monfort (BEL/RSH) 28:30.
17. Egoi Martinez (ESP/EUS) 31:46.
18. Rui Costa (POR/MOV) 37:03.
19. Eduard Vorganov (RUS/KAT) 38:16.
20. Alejandro Valverde (ESP/MOV) 42:26.

Bradley Wiggins (Sky) a signé la première victoire britannique dans le Tour de France, dimanche, sur les Champs-Elysées à Paris.

Son coéquiper et compatriote, le champion du monde Mark Cavendish, a gagné au sprint la 20e et dernière étape devant le Slovaque Peter Sagan.

Au classement final, Wiggins a devancé Chris Froome (2e à 3 min 21 sec) qui a assuré un doublé tant pour l'Angleterre que pour l'équipe Sky, et l'Italien Vincenzo Nibali (3e à 6 min 19 sec).

Aucun des trois coureurs n'avait encore terminé le Tour dans les trois premiers.

Wiggins, qui est âgé de 32 ans, s'est fait connaître d'abord sur la piste. Trois fois champion olympique de poursuite (1 titre à Athènes 2004, 2 à Pékin 2008), il a enlevé six médailles d'or aux Championnats du monde sur piste.

Dans le Tour, le Londonien, fils d'un ancien coureur de Six-Jours aujourd'hui décédé, avait pour meilleur résultat une quatrième place obtenue en 2009.

Cette saison, Wiggins a dominé les courses par étapes du calendrier mondial, Paris-Nice en mars, le Tour de Romandie en avril, le Critérium du Dauphiné en juin.

Favori logique au départ de Liège (Belgique), le 30 juin dernier, le Britannique a justifié son statut au long des 20 étapes, pour un total approchant les 3500 kilomètres.

Vainqueur des deux étapes contre-la-montre (Besançon et Chartres), sa discipline d'excellence, il a rivalisé avec les meilleurs grimpeurs dans les étapes de montagne. Seul Froome lui est apparu supérieur en l'attendant ostensiblement, notamment dans la dernière étape des Pyrénées, jeudi dernier, à Peyragudes.

La stratégie de l'équipe Sky, qui a privilégié le classement général, a laissé de la place pour les autres sprinteurs. L'Allemand Andre Greipel a gagné trois étapes et Peter Sagan a réalisé des débuts fracassants (trois étapes et le maillot vert du classement par points).

Autre débutant -très- prometteur, le benjamin du Tour, le Français Thibaut Pinot (22 ans), a gagné l'une des plus belles étapes, à Porrentruy (Suisse). Il a surtout pris place dans les dix premiers du Tour, tout comme un autre Français, Pierre Rolland (8e), vainqueur pour sa part de l'étape-reine des Alpes à La Toussuire.

Un autre Français, Thomas Voeckler, a comblé les attentes du public. Un an après avoir porté le maillot jaune pendant dix jours, il a gagné deux étapes (Bellegarde-sur-Valserine, Luchon) et ramené le maillot à pois du meilleur grimpeur.

Dans la dernière étape, longue de 120 kilomètres, Cavendish s'est imposé pour la quatrième fois sur les "Champs", record du genre.

Le natif de l'île de Mans, qui est âgé de 27 ans, est le premier coureur, habillé de la tenue de champion du monde, à gagner cette étape.

Le cyclisme britannique à l'honneur


En remportant le Tour de France, Bradley Wiggins a porté à son sommet le cyclisme sur route britannique, longtemps cantonné dans l'anonymat de quelques individualités avant de connaître un essor très récent.

"C'est fantastique. On n'en aurait jamais rêvé à mes débuts. C'est quelque chose que j'attendais depuis tellement longtemps", exulte Brian Robinson, premier Britannique à avoir terminé le Tour de France, en 1955, et venu dimanche sur les Champs-Elysées assister au sacre de son compatriote.

Avant Robinson, il y avait eu Bill Burl et Charles Holland, les tout premiers à prendre le départ de la Grande Boucle en 1937, mais sans la finir.

L'histoire du cyclisme britannique et du Tour de France débute véritablement dans les années 1950.

En 1953, plus de 55 ans avant le projet Sky, les Britanniques voulaient déjà briller sur le Tour. Cette année-là, le fabricant de cycles Hercules crée une équipe dans ce but.

Robinson en est le membre le plus célèbre. Il sera le premier à remporter une étape sur le Tour en 1958 après le déclassement d'un adversaire, avant d'en empocher une autre l'année suivante au terme d'une longue échappée.

Mais la figure emblématique du cyclisme outre-Manche reste Tom Simpson. Si sa mort sur les pentes du Mont-Ventoux le 13 juillet 1967 a contribué à sa légende, il est aussi le premier sujet de sa Majesté à avoir porté le maillot jaune.

En 1965, il hisse haut les couleurs de son pays en devenant champion du monde. Exception faite de son maillot jaune, il n'a jamais brillé sur le Tour et s'est construit un palmarès essentiellement dans les "classiques".

Comme Simpson, les coureurs britanniques ont tous dû franchir la Manche pour exprimer leur talent.

Fossé culturel


"La course sur les routes publiques a longtemps été interdite en Angleterre, il fallait courir sur des circuits privés ou sur la piste. Les contre-la-montre se tenaient tôt le matin et les coureurs s'habillaient en noir pour ne pas qu'on les identifie", explique le journaliste indépendant et écrivain Richard Moore.

"Quand le Tour est venu pour la première fois en Angleterre en 1974, les coureurs ont fait des allers-retours sur une autoroute. C'était très ennuyeux. A tel point que le lendemain, un journal a titré +Can 50 million Frenchmen be wrong ? (Est-ce que 50 millions de Français peuvent se tromper ?). Ils ne comprenaient pas l'intérêt. Il y avait un vrai fossé culturel avec le continent", raconte-t-il.

"Uncle Barry" Hoban, vainqueur de 8 étapes entre 1967 et 1975, Robert Millar, 4e et meilleur grimpeur du Tour 1984, Paul Sherwen, Graham Jones, Sean Yates, Chris Boardman, David Millar, ont tous dû chercher asile dans les équipes françaises.

En 1997, le sport britannique obtient le financement de la Loterie nationale. Le cyclisme sur piste est le grand bénéficiaire et les résultats ne tardent pas à arriver, avec notamment un certain Bradley Wiggins.

Dave Brailsford, membre de l'encadrement de la sélection sur piste et ancien coureur sur route, décide de créer fin 2004 une "académie de cyclisme sur route". Les premiers élèves à en sortir s'appelleront Mark Cavendish, Geraint Thomas, Ben Swift...

Avec notamment ses 21 victoires d'étape et son titre de champion du monde 2011, Cavendish est aujourd'hui une star dans son pays.

"Pendant longtemps, le cyclisme était totalement +underground+, explique Richard Moore. Apprécier le cyclisme, c'était comme aimer un obscur groupe de musique. Aujourd'hui, c'est devenu cool et respectable mais avant c'était regardé bizarrement".

Froome, le précieux lieutenant


Chris Froome, transformé lieutenant de l'armée Sky auprès du colonel Wiggins, a dû rester cantonné au deuxième rôle bien qu'il soit apparu en pleine lumière dans les arrivées au sommet du Tour de France.

Le "Kenyan blanc", le surnom du coureur anglais qui est né à Nairobi voici 27 ans, a surgi l'an passé dans la Vuelta où il avait fait mieux que Wiggins. Depuis, sa cote n'a cessé de grimper au-delà de l'aspect énigmatique qu'il conserve à cause d'un potentiel inexploré et d'une trajectoire surprenante.

Froome a passé plus de trois saisons dans l'anonymat. Seul le distinguait son parcours, sa naissance "africaine" dans une famille de Brighton partie au Kenya, ses études d'économie dans un collège de Johannesburg en Afrique du Sud, ses débuts dans une modeste équipe de troisième division (Konica) en 2007.

Pendant ses deux années chez Barloworld, un groupe multiculturel d'identité sud-africaine, il découvre le Tour de France qu'il termine à la... 84e place en 2008. Puis, il rejoint Sky, à la création de l'équipe anglaise en 2010. Mais ce n'est qu'à l'été 2011 qu'il se fait un nom. Sa deuxième place dans la Vuelta, devant Bradley Wiggins, censé être son chef de file, le lance alors dans la carrière.

Deuxième de la Vuelta, deuxième du Tour de France... A chaque fois, Froome paye son dévouement à Wiggins, son respect des consignes. L'Anglais qui s'exprimer à voix posée dans un français prudent, reconnaît qu'il aurait pu gagner le Tour d'Espagne, au profil plus montagneux.

En revanche, il affirme ne pas nourrir de regrets dans le Tour au vu du parcours comportant plus de 100 kilomètres du contre-la-montre. Même s'il s'est montré le plus fort des favoris à chaque arrivée en altitude (La Planche des Belles Filles, La Toussuire, Peyragudes).

"L'an prochain, si le Tour est dessiné différemment, on reverra nos plans", a-t-il glissé dans un long entretien accordé à L'Equipe pendant le Tour, sous le regard de l'ancien coureur Dario Cioni passé dans l'encadrement de l'équipe britannique.

Froome, à la taille haute pour un grimpeur (1,86 m), est revenu sur sa maigreur qui confine à l'anorexie: "Essayez de dormir avec la faim, et vous y arriverez. Moi, c'est ce que je fais depuis trois ans."

L'Anglais s'est exprimé aussi sur la maladie parasitaire (la bilharziose) contractée en Afrique, un continent avec lequel il se sent en empathie: "Un genre de parasite qui se glisse sous la peau et vous mange les globules rouges. Je l'ai attrapé en trempant ma main dans de l'eau, probablement dans un fleuve, au Kenya, car j'aime beaucoup pêcher. Le problème, c'est que le parasite reste vivace, on ne guérit jamais. Parfois, j'ai du mal à récupérer."

"Je dois seulement me surveiller, faire des analyses tous les trois mois. La dernière fois, c'était fin mai", a expliqué Froome dont l'avenir passe désormais par les JO de Londres, en tant qu'équipier (encore !) de Mark Cavendish, et surtout la Vuelta.

Le 18 août, à Pampelune, il prendra le départ avec les responsabilités de leader de l'équipe Sky avec laquelle il est lié par contrat. Une nouveauté pour celui qui suscite beaucoup de convoitises de la part d'autres équipes.

Qui est Bradley Wiggins ?


Mais il serait sans doute un peu court d'attribuer à Froome le mérite de cette victoire. Bradley Wiggins a réalisé un rêve de gamin passionné de cyclisme par un travail rationalisé à l'extrême.

"Les gars de Kilburn ne deviennent pas des favoris pour le Tour. Ils deviennent facteurs, laitiers ou travaillent à Ladbrokes (boutique de paris)", ironisait le coureur au départ du Tour.

Trois semaines plus tard, le gamin de ce quartier populaire du nord de Londres qui idolâtrait Miguel Indurain quand ses camarades d'école ne juraient que par le footballeur Gary Lineker est entré dans l'histoire du cyclisme sur route. Après avoir connu la gloire sur la piste (triple champion olympique de poursuite).

Comme beaucoup de ses compatriotes, Wiggins a dû s'exiler sur le continent pour faire ses armes. A partir de 2002, il a enchaîné les équipes françaises (Française des Jeux, Crédit Agricole, Cofidis).

Mais il est alors plus réputé pour sa consommation d'alcool et sa passion de la culture "mod", mouvement anglais qui vénère les Vespas, la danse et la musique (il est fan du groupe The Jam et collectionne les guitares), que pour ses résultats sportifs.

"Il y avait un environnement assez négatif, ajoute le coureur. En France, il y avait un discours de +cyclisme à deux vitesses+. A force de l'entendre, on commence à y croire".

"Ensuite, je suis allé chez Garmin et j'ai vu Christian Vande Velde finir 5e (du Tour en 2008). Il suffit parfois de pas grand-chose pour s'inspirer. Ca a été un tournant".

Il se consacre totalement à la route et termine l'année suivante au pied du podium (4e). Mais il l'admet lui-même: s'il a pris conscience de ses capacités, il n'a pas su gérer l'énorme attente qui l'entourait.

Souvent, il a cédé sous la pression. Attendu sur le Tour 2010 avec l'équipe Sky, nouvel étendard du cyclisme britannique, il termine 23e. L'an dernier, une chute dès la 7e étape lui brise une clavicule.

Wiggins a dompté ses angoisses à force de travail. Il a embrassé avec stakhanovisme une approche scientifique héritée de l'école britannique de la piste. Et y a trouvé la sérénité.

Il maigrit, parcourt des milliers de kilomètres au centre d'entraînement de Manchester et sur les pentes du volcan Teide aux Canaries équipé de capteurs dont il décortique les résultats. Au point que certains se demandent s'il ne fait pas plus confiance aux watts affichés sur son compteur qu'à ses propres sensations...

Ce spécialiste du contre-la-montre apprend à franchir la montagne. "C'est du travail, tout simplement. Du putain de travail, et un putain d'encadrement derrière moi. Et beaucoup de dévouement et de sacrifices dans ma vie", explique-t-il.

A 32 ans, Wiggins le père de famille (deux enfants) acquiert aussi un détachement nouveau.

Celui qui redoutait autrefois "l'échafaud" en cas d'échec rappelle aujourd'hui régulièrement à la meute des journalistes qui le poursuit que "ce n'est que du sport, pas une question de vie ou de mort".

Mais quand on remet en cause ses efforts, l'ex-fêtard s'emporte.

Au soir du 7 juillet, un journaliste lui rapporte les comparaisons qui fleurissent sur les réseaux sociaux entre sa toute-puissante équipe Sky et l'US Postal de Lance Armstrong, sous-entendant du dopage.

"Ce sont des putains de branleurs. Je ne supporte pas les gens comme ça", réplique-t-il. "C'est facile pour eux de s'asseoir derrière un pseudonyme sur Twitter et d'écrire leur merde plutôt que de se lever le cul et d'aller travailler dur pour réaliser quelque chose", a-t-il poursuivi, avant de conclure: "Salopes."

Préparé jusqu'au moindre détail, enfermé dans une bulle avec une équipe de "Galactiques du vélo" (Boasson Hagen, Froome, Cavendish...), il a parcouru les 3.497 kilomètres du Tour de France sans jamais douter de sa force. Et le "bad boy" repenti est devenu un héros national.

Le sport en direct sur votre mobile


Sport-kiff.com, la boutique du sport / Partenaire officiel Sport.fr



Le Zapping Sport.fr de la semaine : Cristiano Ronaldo, Messi, James Rodriguez, Van Persie, Ibrahimovic

Fil infos Sport

A la une

Le buzz du jour

Insolites People

Sport Business

Top articles Sport.fr

Chiffre sport de la semaine

Phrase sport de la semaine