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La "descente aux enfers" du juge
Jeudi 5 novembre 2009
Le juge Patrick Keil, magistrat instructeur de l'affaire Festina dans le cyclisme (1998-2000), révoqué en août pour avoir été soupçonné de corruption, relate dans un livre sa "descente aux enfers" liée selon lui à son combat contre le dopage.
Pas de révélations fracassantes, mais "une sorte de catharsis", dit Patrick Keil, à propos de son livre "Du barreau aux barreaux" (Jean-Claude Gawsewitch éditeur, collection "Coup de gueule", 256 pages, 18,90 euros). A 46 ans, l'ancien juge d'instruction lillois a tout perdu après avoir "involontairement mis à mal la plus grande institution sportive (...) qui s'appelle le Tour de France", glisse-t-il en introduction.
L'auteur dit "mettre l'accent sur un certain nombre de dysfonctionnements de la justice", parce que du jour au lendemain, "on peut se retrouver mis en détention, on peut se retrouver à la rue, on peut se retrouver sans aucune assistance", a-t-il dit à l'AFP.
L'affaire, commencée par l'arrestation le 8 juillet 1998 dans le Nord du soigneur de l'équipe Festina Willy Woet, au volant d'une voiture contenant un stock de "500 doses de produits dopants et assimilés stupéfiants", conduira notamment à l'exclusion du Tour du grimpeur Richard Virenque, chouchou du public français. "Je me souviens que dès les premiers jours, une déclaration émanant du parquet de Lille faisait état que l'on ne toucherait ni au Tour ni aux coureurs. J'ai pris la décision contraire, estimant que, si l'affaire se déclenchait après le Tour de France, la justice risquait d'être ridiculisée", explique l'ancien juge.
Son "indépendance" serait la cause, selon lui, du refus du Conseil supérieur de la magistrature d'acter une mutation à la Réunion, une semaine avant le départ prévu. "Mon seul regret, c'est de ne pas être parti en 2000 de la magistrature comme l'ont fait la plupart des magistrats instructeurs ayant eu des affaires sensibles", affirme Patrick Keil.
L'alcool et une mise en examen pour corruption causeront la perte de son couple et le mèneront pour trois mois en détention préventive, notamment au quartier VIP de la Santé, à Paris, où ses codétenus, parmi lesquels l'ancien préfet Marchiani, le pousseront à écrire.
Le magistrat est soupçonné d'avoir fourni des informations à un ami, dentiste à Montpellier, sur une enquête dont celui-ci faisait l'objet. "Sur le plan déontologique, on ne peut pas donner des conseils à une personne poursuivie pénalement, mais je me suis limité à de simples conseils juridiques, comme l'aurait fait un consultant, un avocat", déclare-t-il.
Patrick Keil dénonce une justice aux ordres, qui fonctionne au rendement et ne sort plus de grosses affaires. Il estime que l'affaire Festina n'a pas changé les mentalités: "je ne crois pas que 2009 soit un tour propre".
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