Laurent Fignon, hommage unanime
Mardi 31 août 2010 - 20:25
Les réactions se multiplient après l'annonce du décès de Laurent Fignon à 50 ans, des suites d'un cancer. Bernard Hinault se dit très touché après la disparition d'un adversaire "honnête" et "combatif". Lance Armstrong, qui a également connu le cancer, évoque "un ami cher et un cycliste de légende". Réactions également du monde politique, notamment de Nicolas Sarkozy, et même de l'écrivain Irène Frain, ancienne professeur de littérature de Laurent Fignon.
Le quintuple vainqueur du Tour de France Bernard Hinault s'est déclaré "très touché" mardi par le décès de Laurent Fignon, son ancien équipier devenu ensuite un adversaire "honnête" et "combatif".
"Je suis très touché. C'était un combattant, il se battait pour la victoire comme moi, mais on menait toujours une lutte honnête, correcte. Là encore (face à la maladie) il s'est battu mais il n'a pas gagné", a déclaré Bernard Hinault, joint par l'AFP.
"Je ne garde que des bons souvenirs de lui. Même si c'était un concurrent combatif sur le vélo, on a partagé beaucoup de bons moments hors du vélo. Je l'ai toujours vu joyeux, heureux de vivre même dans les moments les plus difficiles", a-t-il expliqué.
"Il parlait franchement. Chacun s'exprime à sa manière. Lui, il osait dire la vérité, ce qu'il pensait", a-t-il rappelé en évoquant le franc-parler qui avait fait la réputation de Fignon.
Hinault, 56 ans, a raconté l'une de ses dernières rencontres avec Fignon peu avant le Tour de France, en juin au sommet du Tourmalet lors d'une reconnaissance d'une étape de la Grande Boucle 2010: "Il était présent, il m'avait dit qu'il avait refait un peu de vélo. Je m'étais dit +C'est bon, c'est reparti+. Et puis...".
Laurent Fignon est décédé mardi à 50 ans des suites d'un cancer.
Fignon avait fait ses débuts professionnels en 1982 dans l'équipe de Hinault (Renault), l'aidant notamment à remporter le Tour d'Italie 1982 et le Tour d'Espagne 1983.
Quelques mois après la victoire de Fignon dans le Tour de France 1983, "le Blaireau" avait rejoint l'équipe La Vie Claire créée par Bernard Tapie. L'année suivante, Fignon avait remporté un deuxième Tour devant son ancien équipier, de retour sur les routes après une opération à un genou.
Laurent Fignon (1983, 1984) et Bernard Hinault (1978, 1979, 1981, 1982, 1985) sont les deux derniers vainqueurs français du Tour de France.
L'Américain Lance Armstrong, sept fois vainqueur du Tour de France, a qualifié mardi de "cycliste de légende" Laurent Fignon. "Je viens juste d'apprendre la disparition de Laurent Fignon. Il était un ami cher et un cycliste de légende. Tu vas nous manquer, Laurent", écrit Lance Armstrong sur sa messagerie personnelle Twitter. Lance Armstrong avait soigné un cancer, avant de remporter à sept reprises le Tour de France entre 1999 et 2005.
Marc Madiot (ancien équipier de Laurent Fignon de 1982 à 1987): "On savait depuis quelques temps que la partie était mal engagée pour lui mais on avait toujours l'espoir qu'avec le caractère qu'il avait il franchirait cette montagne. Malheureusement ça n'a pas été le cas. C'est quelqu'un qui ne lâchait jamais rien, qui était intransigeant, qui savait se faire mal, qui donnait en permanence 100 % de ce qu'il avait dans toutes les courses auxquelles il participait. C'est quelqu'un qui avait une grande notion du travail accompli. A partir du moment où on est professionnel on fait ce que l'on doit faire en course, et bien il était exigeant avec lui et demandait la même chose de la part de toute l'équipe. Je me rappelle de quelqu'un qui sous des aspects parfois rugueux était quelqu'un d'extrêmement sociable."
Alexandre Vinokourov (KAZ, en activité): "Son jugement sur France Télévision était parfois dur mais toujours très juste. Il avait une analyse plus forte que les autres car il savait de quoi il parlait. Il aimait le cyclisme et c'est pour cette raison qu'il pouvait en parler aussi bien mais c'est aussi pour ça qu'il avait le droit de le critiquer, de nous critiquer nous les coureurs. Dans mon enfance, loin de la France et de l'Europe, du temps de l'URSS, Laurent Fignon c'était un nom qui nous parlait même si on ne le connaissait pas."
Bjarne Riis (DEN, ancien coéquipier de Fignon, manager de l'équipe Saxo Bank): Je me souviendrai de Laurent comme d'un grand modèle. Sur le vélo, il a été la définition même de l'esprit combatif, de la volonté. Il a eu une grande influence sur ma carrière et je pense souvent aux milliers de kilomètres faits à ses côtés. Il était sans aucun doute un homme de courage, l'un des plus grands sur la route et l'un des observateurs les plus avertis dans le sport."
Nicolas Sarkozy, grand amateur de cyclisme, a également rendu hommage à Laurent Fignon, saluant "un champion extraordinaire, sportif de légende", tandis que François Fillon a rappelé la "passion" du vélo qu'il avait su transmettre.
Exprimant sa "grande et profonde tristesse", le président de la République a salué dans un communiqué "un champion extraordinaire et exceptionnel qui marquera à jamais l'histoire du Tour de France, du cyclisme français" et "restera un sportif de légende qui a écrit parmi les plus belles pages du sport".
"Lors du dernier Tour de France, qu'il a commenté avec une passion intacte et une énergie surhumaine, Laurent Fignon a montré qu'il était un homme qui savait faire face à son plus difficile combat. Il a donné alors, au monde entier, une leçon magistrale de dignité, de courage et d'humanité", a poursuivi M. Sarkozy.
De son côté, le Premier ministre François Fillon a estimé que Laurent Fignon avait "par son talent de sportif et ses qualités d'homme (...) marqué le cyclisme français de ces trente dernières années".
"Après avoir séduit les Français par ses qualités de champion, il avait su transmettre sa passion par ses analyses toujours pertinentes. Nous garderons le souvenir d'un homme sympathique et courageux", a ajouté M. Fillon dans un communiqué.
Christian Prudhomme, directeur du Tour de France: "C'était une grande figure du cyclisme français. Je mêlerai autant le palmarès que l'homme. Il a marqué par sa carrière, ses succès et sa défaite historique en 1989 qui est réductrice par rapport à son palmarès: deux Tours de France (1983, 1984), deux Milan-Sanremo (1988, 1989), une Flèche Wallonne (1986), un titre national (1984)... C'était aussi un caractère, avec un franc-parler qui ne s'est pas démenti pendant trente ans, quand il était coureur et ensuite en tant qu'organisateur ou consultant. Il n'hésitait pas à dire les choses. Il a incarné un cyclisme offensif, fait d'attaques variées et incessantes avec un côté chevaleresque. Dès qu'il est passé pro, on l'a remarqué avec ses cheveux blonds, ses lunettes rondes, sa réputation d'intellectuel... C'est quelqu'un qui avait du charisme."
Richard Virenque, ancien coureur cycliste, au micro de RTL: " Il a totalement marqué son époque par rapport aux performances qu'il a pu faire dans sa carrière, dans le Tour de France et dans d'autres courses. Il a marqué l'histoire du vélo grâce au charisme qu'il pouvait avoir, sa queue de cheval, sa façon de faire, sa façon de s'exprimer... C'était un coureur atypique. Il avait +une gueule+. En plus des résultats, de son style, sa façon de s'exprimer, Fignon était une personnalité dans le monde du cyclisme. C'est quelqu'un qu'on ne pouvait que respecter par rapport à ce qu'il a fait dans le cyclisme et ce qu'il a apporté au cyclisme français."
Le directeur sportif de l'équipe RadioShack, Alain Gallopin, proche de Laurent Fignon présent avec les proches de l'ancien coureur mardi au moment de sa mort, a déclaré avoir "vu jusqu'à la fin un combattant". "C'est un frère que je perds aujourd'hui. J'ai vu jusqu'à la fin un combattant. Hier matin, on sentait encore qu'il se battait, il demandait des renseignements sur le traitement. Ensuite, son état s'est détérioré, il a +décroché+. Ce matin, on sentait que c'était fini", a déclaré à l'AFP Alain Gallopin, qui a été le kinésithérapeute personnel de Fignon pendant plusieurs années.
L'Américain Greg LeMond, qui avait privé pour huit secondes Laurent Fignon de la victoire dans le Tour de France 1989, a exprimé son émotion à l'annonce du décès de son ancien rival, "un homme unique" selon lui. "Pour moi, il était vraiment un homme unique", a déclaré le triple vainqueur de la Grande Boucle (1986, 1989, 1990) interrogé depuis le Minnesota par la chaîne de télévision France 24. L'Américain s'est dit "un peu choqué" d'apprendre la mort de son ancien adversaire, dont il avait eu encore des nouvelles la semaine précédente : "C'est un mec qui ne parle pas beaucoup, c'est un homme privé, mais aussi un homme qui a une forte tête. J'aime bien, il est honnête avec lui-même."
Laurent Jalabert s'est dit "bouleversé" par son décès. "Quand on sait qu'une personne est atteinte d'une maladie qui n'est pas facile à soigner, on craint toujours qu'elle ne s'en sorte pas. Mais, là, ça m'a choqué, ça m'a bouleversé parce que, honnêtement, je pensais après le Tour qu'il était sur la bonne voie", a dit l'ancien champion cycliste. "Je l'ai côtoyé comme coureur cycliste, et j'ai pu me rendre compte que c'était un immense champion", a dit Jalabert, "après j'ai eu la chance de côtoyer Laurent ces quatre dernières années à France Télévisions et d'apprécier ses qualités humaines".
La secrétaire d'Etat aux Sports Rama Yade s'est déclarée "attristée et très émue" par la mort de Laurent Fignon. "J'ai eu l'occasion (...) de le côtoyer sur le dernier tour et de le voir commenter avec beaucoup de passion et de plaisir le duel entre (Andy) Schleck et (Alberto) Contador", a déclaré Mme Yade. "Il avait un souffle de voix, mais quel souffle de voix ! (...) aujourd'hui, j'ai le sentiment qu'on perd à la fois le double vainqueur du Tour mais aussi un combattant, un guerrier, qui a su se battre contre la maladie jusqu'à ses dernières forces", a-t-elle ajouté.
Le sélectionneur de l'équipe de France Laurent Blanc s'est dit "attristé". "Je suis triste parce que j'avais eu l'occasion de le côtoyer notamment sur la route du Tour de France, a déclaré Blanc. On connaît le grand champion qu'il a été. On savait que la maladie dont il souffrait était grave. Mais on n'est jamais préparé à ce que cela aille si vite. Je suis attristé."
David Lappartient (président de la Fédération française de cyclisme): "C'est un champion, un homme qui s'en va trop tôt. Il avait encore beaucoup de choses à accomplir tant sur le plan personnel, professionnel que dans le monde du cyclisme. Je retiens de l'homme Laurent Fignon son immense talent, sa ténacité et la trace qu'il laisse dans notre sport est celle d'un immense champion. C'était un lutteur, un bagarreur tant sur le plan sportif que sur le plan personnel face à la maladie. Il a été aussi un commentateur télé juste, même si parfois son ton était rugueux. Il était tout simplement sans complaisance, droit dans ses idées. Il a toujours gardé une analyse juste de notre sport même si sa voix était plus éraillée sur le dernier Tour de France. Ses commentaires étaient aussi justes que d'habitude."
Union nationale des cyclistes professionnels (UNCP): "Le sport cycliste perd un immense champion mais aussi un homme de conviction qui laissera son empreinte dans l'histoire du vélo. L'UNCP n'oublie pas que Laurent Fignon joua un rôle essentiel dans la rénovation du syndicat des coureurs au début des années 90. Après avoir été vice-président pendant de nombreuses années il en est toujours membre d'honneur."
Pat McQuaid, président de l'Union cycliste internationale (UCI), a fait part de son "extrême tristesse". "On connaissait la gravité de la maladie et on a pu apprécier la force et le courage qu'il a montrés jusqu'au dernier Tour de France. Il n'a jamais cessé de lutter", a déclaré Pat McQuaid.
"L'UCI et toute la grande famille du cyclisme mondial sont extrêmement tristes de cette nouvelle qui nous a tous si profondément touchés, a ajouté le président de la Fédération internationale. Nous garderons en souvenir une combativité exemplaire."
L'écrivain Irène Frain, ancienne professeur de littérature de Laurent Fignon, a dit se souvenir d'un adolescent "assez farceur". "Pour moi Laurent, c'était resté le jeune adolescent de seize ans, à gauche, au 5e rang, avec un pull rouge vif qu'il avait très souvent en laine et des yeux bleus mouillés", a raconté Irène Frain sur RTL, ajoutant qu'"il était assez farceur".
"Sur sa fiche de renseignements -ça m'avait frappé parce qu'aucun autre élève ne mettait ça- à la rubrique distraction, il avait mis vélo", a-t-elle ajouté.
L'écrivain a expliqué avoir "suivi ces derniers temps, avec le coeur serré", l'évolution de la maladie de Laurent Fignon.
"Parfois, j'entendais sa voix, j'étais extrêmement mal et puis je revoyais passer le film de cet adolescent que j'avais connu avec la sensation d'avoir partagé cette grâce de ses moments d'adolescence avec lui", a-t-elle poursuivi.
Se remémorant une farce de Laurent Fignon, elle a raconté qu'elle avait aperçu un jour une rigole jaunâtre au milieu de la salle de classe et avait pensé qu'il avait uriné, avant de réaliser qu'il avait simplement ouvert le radiateur.
"Comme en plus il mâchait du chewing-gum, c'était deux heures de colle. Il m'en voulait encore un peu vingt ans plus tard mais il a dit quand même: +Irène Frain était une prof sévère mais juste+", a-t-elle dit.
