Mickey Rourke : "Les boxeurs méprisent les catcheurs"
Samedi 7 février 2009 - 16:32
A l'occasion de la sortie sur les écrans français de "The Wrestler", un magnifique film sur le catch, La Lettre de l'économie du sport a posé trois questions à Mickey Rourke. Impressionnant dans son rôle de champion abîmé par les coups de la vie, l'acteur américain a été auréolé par le Golden Globe du meilleur acteur pour son interprétation.
La Lettre de l'économie du sport n°918
- Mickey Rourke, comment vous-êtes vous préparé pour ce rôle ?
- J'ai suivi un entraînement intensif avec plusieurs grands noms du catch, comme Afa Samoan. Darren (Ndlr : Darren Aronofsky, le réalisateur) a fait installer un ring dans son bureau où je me suis entraîné deux heures par jour. Au début, c'était très dur parce que je viens de la boxe et qu'il a donc fallu que j'aille à l'encontre de toutes les règles que j'avais apprises. En boxe, il faut être aussi rapide que possible et affronter son adversaire sans qu'il ne devine vos coups. En revanche dans le catch, tous les gestes sont chorégraphiés et réglés, comme dans un ballet. (Ndlr : revenant sur sa condition physique) Cela faisait déjà trois ou quatre mois que je faisais de la musculation pour un autre projet quand j'ai appris que j'allais tourner The Wrestler. Mais il m'a fallu prendre près de 20 kilos pour le rôle et j'ai essayé de faire ça bien, en y allant doucement. J'ai absorbé beaucoup de protéines et de fer, et j'ai soulevé des poids plus lourds que ceux que je soulève d'ordinaire. J'avais un entraîneur israélien formidable, lui-même lutteur professionnel. Il m'a astreint à une véritable discipline : il me réveillait à 7 heures du matin tous les jours, et moi je me planquais sous les draps ! J'ai bossé très dur et j'ai fait de la musculation quotidiennement, y compris pendant le tournage au rythme d'une heure par jour.
- Le catch est-il un sport douloureux ?
- Je ne pensais pas qu'on pouvait autant souffrir. J'ai reçu plus de coups en trois mois d'entraînement qu'en seize ans de boxe. J'ai même dû passer trois IRM en l'espace de deux mois ! J'avoue que je n'avais pas beaucoup de respect pour ce sport, d'autant que je viens de la boxe et que les boxeurs ont tendance à mépriser les catcheurs. Une fois que j'ai surmonté mes préjugés, j'ai compris qu'il s'agissait d'un sport très physique où on peut se faire mal.
- L'histoire de The Wrestler rappelle étrangement votre itinéraire. Ancien boxeur, acteur adulé d'Hollywood à la fin des années 80, vous quittez les plateaux de tournage il y a 20 ans pour reprendre les gants. Le métier vous méprise alors...
- Mon personnage est un laissé-pour-compte, vivant dans un mobile-home. Sa femme l'a quitté, sa fille est devenue une junkie. C'est un rêveur qui vit comme une merde. Il vit dans la honte. J'ai fait le parallèle avec ma propre vie il y a 15 ans où les choses n'ont pas très bien marché. J'ai été Randy, j'ai vécu dans la honte. J'ai entendu dire: "Regarde, c'est Mickey Rourke, ce raté". Avec The Wrestler, Darren Aronofsky m'offre une seconde chance. Cette fois je ne vais pas la manquer. Je vais leur montrer, à ces enfoirés, que je ne suis pas fini! Et je vous le dis : je vais décrocher un Oscar!
The Wrestler
De Darren Aronofsky (Pi, Requiem for a dream, The Fountain)
Avec Mickey Rourke, Evan Rachel Wood, Marisa Tomei
Drame, 1h45, Sortie le 18 février