Estanguet, le chercheur d'or

Canoë-kayak / JO 2012

Estanguet, le chercheur d'or
Photo TEAMSHOOT

Estanguet, le chercheur d'or

Mardi 31 juillet 2012 - 19:57

Quatre ans après l'échec de Pékin, Tony Estanguet a réussi son pari de conquérir un troisième titre olympique en canoë, qui plus est en laissant sur la troisième marche du podium son vieux rival Michal Martikan, mardi sur le bassin de Lee Valley.

"C'est magique"

Q: Comment avez-vous vécu cette journée ?
R: "J'espérais n'être que dans le plaisir, mais ce fut plutot dans l'abnégation et le contrôle, car il fallait tout maîtriser. Ce titre a été dur à décrocher. J'étais fier à l'arrivée d'avoir pu tenir. C'est magique d'être capable d'allier précision, ouverture et vitesse. Que c'est bon quand on est dans la justesse, en phase avec les éléments. Je suis fier de ce que j'ai fait !"

Q: Est-ce votre plus beau titre ?
R: "Cette médaille est très belle, ce fut très fort car j'ai vécu un truc de malade. Mais je n'ai pas envie de hiérarchiser. En 2000, c'était super, j'avais 22 ans et j'étais insouciant. En 2004 à Athènes, c'était magique, car j'étais parvenu à renouveler la performance".

Q: Et Pékin en 2008 (9e) ?
R: "Ca reste une belle histoire, car j'étais porte-drapeau. Et du coup, grâce à Pékin (9e), j'ai vécu une belle histoire derrière. Je me suis recentré, j'ai navigué différemment. J'ai travaillé avec mon frangin (Patrice, médaillé à Barcelone) et Sylvain (Curinier, le coach)".

Q: Est-ce la fin de carrière ?
R: "Je ne sais pas. C'est vrai que la fin se rapproche. Mais ce n'est pas sérieux de parler de Brésil (Rio organise les JO-2016, NDLR). Ce sera probablement la décision la plus difficile à prendre. Je vais laisser refroidir et je vais la prendre avec la famille, les entraîneurs. Il va falloir trouver d'autres défis, mais j'ai peur que ce soit fade".

Q: L'avenir c'est l'élection à la Commission des athlètes du CIO ?
R: "C'est un projet qui me tient à coeur. Ce serait super de rester dans le milieu olympique!"

"C'est fantastique, car c'est tellement dur d'être au top le jour-J", déclarait le Palois de 34 ans après avoir chanté la Marseillaise sur la première marche du podium londonien, en choeur avec ses nombreux supporteurs.

Au-delà des limites de son sport, il est devenu le premier français à glaner trois titres olympiques dans la même disciple, mieux que les Lamour et Douillet. Un exploit qu'il n'était pas primordial en ce jour de gloire.

"Je n'étais pas là pour ça. Ce qui me tenait à coeur, c'était de ne pas craquer et être à mon niveau", assurait-il, préférant se réjouir d'avoir réalisé deux parcours propres, "chose qui ne m'était pas arrivé depuis longtemps".

Le premier en demi-finale le laissait au 3e rang derrière le Slovène Benjamin Savsek et l'Allemand Sideris Tisiadis, l'homme qui l'avait privé du titre européen en mai dernier, mais devant Martikan.

La bonne partition


Pouvait-il calculer pour assurer un simple podium quatre ans après la 9e place de Pékin ? Impossible, s'accordaient à dire les connaisseurs, comme le DTN qui affirmait que "Tony n'a pas encore sorti sa course".

Et le triple champion olympique n'a pas calculé, d'autant qu'il s'élançait après un passage de feu et propre du double champion olympique slovaque (1996 et 2008).

"Michal ne m'a pas simplifié la tache", avouait-il. "Je m'étais préparé à ce qu'il fasse claquer un temps. Et quand j'ai entendu le public, je me suis dit: +Reste centré sur ton boulot. Ton défi, c'est la rivière. Essaye de trouver la bonne partition sans chercher des trucs extraordinaires"+.

Un défi qu'il relevait d'une maniière époustouflante, lisant chaque remous, arrachant les passages de portes en courbant le torse, pour finalement franchir la ligne d'arrivée avec 1 sec 75 d'avance sur Martikan.

S'il avait la position de vainqueur à l'arrivée, "car on sait qu'on n'est pas loin du compte quand on est devant Martikan", il a quand même tremblé jusqu'à l'arrivée de Tasiadis qui échouait au deuxième rang.

Le bonheur est sur les rives du bassin. La satisfaction chez l'entraineur Sylvain Curinier, l'homme que Tony est allé chercher pour relever ce quatrième pari olympique, tout comme chez Patrice Estanguet, le frère ainé argenté à Barcelone et qui a travaillé avec le petit frangin.

"Trouver d'autres défis"


Cette troisième médaille venue de très loin a-t-elle une saveur particulière par rapport à 2000 et 2004? "Elle est très belle, c'est très fort, car j'ai vécu un truc de malade mais je n'ai pas envie de hiérarchiser", assurait Tony.

Quand à Martikan, il ne cachait pas sa déception d'ajouter seulement du bronze à un tableau de chasse olympique riche de deux pépites et deux argents (2000 et 2004). "Je serai heureux mais plus tard. Je voulais tellement l'or", glissait le Slovaque.

Adversaires depuis les années juniors, les deux hommes vont-ils poursuivre cette rivalité jusqu'en 2016 ?

"Ce n'est pas sérieux de parler du Brésil aujourd'hui, disait Estanguet. C'est vrai qu'on est plus près de la fin, mais c'est une décision à prendre plus tard. Probablement la plus difficile à prendre".

Le bonheur sportif serait comblé s'il obtenait sa place à la commission des athlètes du CIO, défi pour lequel il a beaucoup oeuvré ces derniers mois, en parallèle de sa préparation olympique.

"Il va falloir trouver d'autres défis, mais j'ai peur que ce soit fade", glissait-il avant de s'éclipser.

Le bonheur sportif serait comblé s'il obtenait sa place à la commission des athlètes du CIO, défi pour lequel il a beaucoup oeuvré ces derniers mois, en parallèle de sa préparation olympique.

Pau fière de son champion


La ville de Pau a accueilli avec fierté mais dans la plus grande discrétion la troisième médaille d'or olympique décrochée mardi par l'enfant du pays, Tony Estanguet, en canoë monoplace aux Jeux de Londres.

Aucun écran géant n'avait été déployé pas plus que d'affiches à la gloire du champion olympique de C1, premier Français à réaliser un tel triplé aux JO dans une même discipline.

Seules une banderole de 4 mètres sur 3 représentant le champion palois de 34 ans sur la façade du centre départemental des sports, loin du centre historique de Pau, et des affichettes rappelaient l'existence de la finale de C1 aux Jeux de Londres.

"C'est une grande fierté", a déclaré le député-maire PS de Pau, Martine Lignières-Cassou, venue assister avec une cinquantaine de personnes à la victoire du champion dans un auditorium du centre.

Applaudissements et encouragements ont accompagné les quelque 97 secondes du parcours d'Estanguet sur le bassin de Lee Valley. Des "Tony, Tony" ont salué l'arrivée du Palois avant que des "Il a gagné, il a a gagné", n'accompagnent la fin de course du dernier concurrent, l'Allemand Sideris Tasiadis.

"Cela prouve que dans la vie rien n'est jamais fait", a ajouté Mme Lignières-Cassou en référence au creux de vague d'Estanguet, après son échec des Jeux de Pékin, où il avait été éliminé en demi-finale il y a quatre ans.

"Tony a réussi à se relancer, avec l'aide de son grand frère, déjà en gagnant sa place pour les JO sur le bassin d'eaux vives de Pau", a rappelé en connaisseur Jean-Pierre Campagnole, un des membres du Club universitaire palois Pyrénées eaux vives (Cuppev 64), cofondé par le père de Tony, Henri Estanguet, décédé en 2005.

Patrice Estanguet, le frère aîné de Tony, avait lui-même été médaillé de bronze aux JO-1996 avant d'être battu par son cadet pour la sélection aux JO-2000, où Tony Estanguet avait conquis le premier de ses trois titres olympiques. Les deux frères travaillent désormais de concert.

"Nous lui ferons une belle fête", a insisté Mme Lignières-Cassou, même si Pau attendra la fin des JO de Londres, dans dix jours, pour célébrer tous les participants du Béarn, "qu'ils soient médaillés ou non", a indiqué le service communication de la mairie.

Les félicitations du Président


François Hollande a adressé mardi ses "plus vives félicitations" à Tony Estanguet. Dans un communiqué, le président de la République dans un communiqué relève que "Tony Estanguet est le premier athlète de notre histoire à obtenir trois consécrations olympiques dans la même discipline". "Avec cette quatrième médaille d'or pour la France, il vient rejoindre Camille Muffat et les quatre nageurs Amaury Leveaux, Fabien Gilot, Clément Lefert et Yannick Agnel. Ces victoires de l'équipe française olympique honorent tous les athlètes de notre pays", conclut François Hollande.

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